Dans l’Indre, les récentes coupes de forêts privées inquiètent élus et populations

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A Valençay, la coupe de plus de 9 hectares de forêt privée ne passe pas inaperçue en forêt de Gâtine. Composée de parcelles privées et publiques, celle-ci souffre depuis le début de la crise sanitaire, et particulièrement ces derniers mois, de déboisages importants sur le massif forestier.

Gilles Branchoux, premier adjoint de la ville de Valençay a lancé l’alerte lors d’un conseil municipal en décembre dernier. Depuis le début de la crise sanitaire, il observe ce phénomène de déboisement, qui prend de l’ampleur affirme-t-il ces derniers mois. Au point de venir mettre en danger les efforts faits par la commune et la communauté de communes pour développer le tourisme vert.

Le circuit touristique Benjamin Rabier menacé, comme les sentiers de randonnée

Ce qui m’importe c’est le tourisme aussi, puisque je suis président de l’office de tourisme du pays de Valençay. A ce titre j’ai des inquiétudes, on a nos chemins communaux, nos chemins de randonnées, notre circuit Benjamin Rabier (illustrateur caricaturiste, "papa" de la Vache qui rit) qui vient de naître et qu’on essaie de valoriser, maintenant si c’est pour le valoriser dans des terrains dévastés….

Face à cette situation, les responsables locaux sont plutôt désarmés et sans interlocuteur bien défini nous explique Gilles Branchoux. A chaque coupe, il faut déjà surveiller, notamment l’état des chemins communaux, car les engins de débardage font de gros dégâts, qui ne sont pas toujours réparés.

Mais ce qui inquiète l’élu, ce sont ces coupes blanches, qui, dit-il, laisse le sol à nu. Et il s’étonne des choix faits par certains propriétaires. "Je vois des plantations de conifères, et du point de vue de la biodiversité locale, je ne vois pas pourquoi un tel choix est fait". Quant aux chênes qui devraient être replantés sur la parcelle qui vient d’être déboisée, Gilles Branchoux rappelle que la croissance très lente de cet arbre ne permet pas la reconstruction du paysage avant au moins vingt ans.  

D'autres coupes suscitent des réactions

A Arthon, l’abattage de centaines d’arbres le long de la route a là-aussi suscité de vives réactions, de la part des amoureux du paysage et des bocages. Indre Nature, alertée, a publié une lettre ouverte auprès des élus, pour leur rappeler quelles interventions ces derniers pouvaient faire pour limiter les dégâts.

"Chaque PLU (plan local d’urbanisme) ou PLUi (plan local d’urbanisme intercommunal) a un règlement associé et dans le cadre de ce règlement, il y a des dispositions qui permettent de protéger, je suis toujours prudent sur cette notion de protection, car cela dépend des dispositifs choisis" nous explique Jacques Lucbert, le Président d'Indre Nature.

Apparemment c’est là que le bât blesse. Ces dispositifs n’ont pas forcément été pris lors de l’élaboration des PLU. "Le dispositif le plus protecteur, on va dire, ce sont les espaces boisés classés, un classement qui permet une réelle protection, sinon il y a d’autres mesures qui sont des protections provisoires ou temporaires, mais qui impliquent, en tout cas avant toute intervention de type coupe, un accord préalable du conseil municipal".

A défaut d’être une garantie totale, ces dispositifs permettent d’alerter les élus et l’opinion sur ce qui est en train de se passer, et de ne pas se retrouver devant le fait accompli comme ce fût le cas à Arthon, où il a suffi de 48h aux dires des témoins, pour que les machines abattent des centaines d’arbres.  

C’est exactement ce qui s’est passé avec le PLUi d’Arthon en place depuis février 2020. "Ce dernier n’était pas suffisant " explique Rick Vandererven, Directeur de la Direction des territoires (DDT). Ce sont ses services qui ont validé le dossier du propriétaire et autorisé l’abattage (NR 21-01) "les règles mises en place dans le PLUi de cette commune ne s’appliquent pas si un plan simple de gestion est respecté".

Les plans simples de gestion sont des outils au service de l’entretien des forêts privés. Lui aussi précise qu’il est possible de renforcer le champ d’action des plans locaux d’urbanisme en y intégrant des mesures qu’on appelle les orientations d’aménagement et de programmation.

Elles permettent de définir des objectifs bien précis dans un territoire. Les élus ont donc toujours la possibilité de vérifier le contenu de leur PLU et de le modifier si nécessaire.

Une décision qui implique l’ouverture d’un débat démocratique où chaque force en présence doit discuter et faire passer l’intérêt général au premier plan. Cela concerne notamment le respect des paysages bocagers, sources de biodiversité trop souvent niées.

Quant aux forêts privées, qui sont en fait des cultures d’arbres, dont la croissance est lente, il faut s’habituer à les voir évoluer au gré des "récoltes". Ce qui est sûr, c’est que le bois est redevenu un bien très convoité par d’autres pays, et notamment la Chine, accélérant peut-être un peu le négoce.

Quelles sont les règles en matière de forêts privées

Dans l’Indre 90% de la forêt est détenue par des propriétaires privés. Ils sont 30 000 sur des surfaces parfois très petites. Fransylva Indre, la Fédération qui rassemble ces propriétaires estime à 3000 ceux qui possèdent plus de 4 hectares.  

Laurence de Gressot, sa Présidente nous explique comment est organisée cette activité. 

En fonction de la surface le PSG, le plan simple de gestion est obligatoire à partir de la possession de 25 hectares de forêts par un même propriétaire, pas forcément d’un seul tenant. Le PSG dresse un état des lieux de votre forêt, un calendrier des travaux, coupes et plantations, sur la durée est variable, on peut choisir dix ou vingt ans.

Les propriétaires sont tenus de faire ce à quoi ils se sont engagés, avec un délai de plus ou moins quatre ans. Par exemple des travaux prévus en 2022 ont pu commencer en 2018 ou se faire jusqu’en 2026.

"Dans l’Indre" précise-t-elle, "les coupes sont en moyenne de 5 hectares, et il existe aussi des coupes prélèvement d’arbres dans une parcelle, par ci par là". Les raisons des coupes sont diverses, arbres arrivés à maturité, ou arbres qui souffrent d’attaques de ravageurs, comme les pins sylvestres en Brenne, et depuis quelque temps, arbres qui souffrent du climat.

Et bien sûr les arbres sont remplacés, les propriétaires essayant de choisir des essences plus adaptés à la sécheresse.    

300 hectares de forêts renouvelés dans l’Indre, 400 000 arbres plantés  

La Présidente de Fransylva Indre, à qui nous avons posé la question, nous a répondu que les coupes allaient se multiplier. "Dans le cadre de France Relance, il y a un volet forestier qui est prévu pour aider à ce renouvellement forestier, à l’adaptation de la forêt aux changements climatiques".

Dans l’Indre cette mesure a été saisie au bond par les propriétaires.

On a environ 300 hectares qui vont être replantés dans le cadre de France Relance. Soit 400 000 arbres nouveaux qui vont prendre la place d’anciens, dans le département en 2021/2022

D’où la multiplication des coupes, puisqu’il s’agit de renouvellement forestier. On commence à le voir, mais cela va s’amplifier ».

Des essences plus adaptés au changement climatique seront implantées sur le territoire. La forêt gardera le caractère diversifié cher aux amoureux de la nature. Des chênes, des charmes, des merisiers.

Le challenge est maintenant de trouver les bons pépiniéristes, ce qui n’est pas forcément si aisé que cela, le marché jusqu’à présent se résumant à quelques espèces emblématiques par région.