"Ce n'est pas un lieu public, c'est ma maison, c'est insupportable !" : le maire d'Issoudun victime de vandalisme

Plusieurs tags insultants ont été inscrits dans la nuit du 15 au 16 août sur la façade du domicile de l'édile. André Laignel a porté plainte et dénonce une multiplication des incivilités à l'égard des élus.
André Laignel a découvert des tags insultants sur la façade de sa maison le 16 août dernier.
André Laignel a découvert des tags insultants sur la façade de sa maison le 16 août dernier. © Vincent Isore/IP3/MAXPPP
"Le sang", "Fist de pute, on a faim", "Riche" : voici les mots que le maire PS d'Issoudun André Laignel a découvert sur la façade de son habitation le dimanche 16 août au matin. Des mots jugés "violents" par l'élu, qui a déjà connu un grave incident par le passé.

En mai 2018, sa maison avait été la cible d'un coup de feu. "On n’a pas tiré sur un mur, mais sur une pièce à vivre", avait-il alors déclaré. La balle avait en effet traversé la vitre et atterri dans sa salle à manger, sans faire de victime.  Ce nouvel incident est révélateur d'une intensification des incivilités et des violences en France envers les élus municipaux.

Depuis janvier 2020, 233 élus et adjoints ont été agressés physiquement contre 198 l'an dernier à la même époque, révélait le Journal du Dimanche le 8 août dernier. Une des dernières altercations en date : celle du maire de la commune de Saint-Philippe d'Aiguille (Gironde) le 5 août, roué de coups et hospitalisé après être intervenu pour troubles du voisinage.

En tant que premier vice-président délégué de l'Association des maires de France (AMF), André Laignel veut voir cesser ces tensions. Il a accepté de répondre aux questions de France 3 Centre-Val de Loire. 

Comment allez-vous après les événements de la semaine dernière ?

Avec le calme des vieilles troupes ! Ce n'est malheureusement pas la première fois que cela m'arrive. Mais c'est évidemment toujours désagréable. Désagréable, parce que c'est une intrusion dans ma vie privée. Ça s'est passé dans ma maison : ce n'est pas la mairie, ce n'est pas un lieu public, c'est ma maison ! Et quand on a son fils et son petit-fils qui sont là, ça ne prend pas le même caractère. C'est quelque chose qui est, sur le plan personnel, douloureux et insupportable.

Comment avez-vous réagi en découvrant les tags sur votre façade ?

Avec désolation. Oui, plus avec désolation qu'avec colère. Parce que, en définitive, ce sont des actes lâches. Faire ça la nuit en se cachant, c'est à la fois de la bêtise et de l'inculture. C'est plus triste qu'autre chose.

Avez-vous porté plainte ?

Oui et une enquête est en cours. Mais je ne me fais pas beaucoup d'illusions : l'enquête de voisinage a été faite et personne n'a rien vu ni entendu. Je n'ai pas tellement porté plainte pour moi, mais plutôt pour le symbole : quand on s'en prend à un maire, on s'en prend à un pillier de la République. C'est une offense. La commune, c'est la République du quotidien, c'est la République à laquelle tout citoyen a accès en permanence. Et puis, ça commence souvent par des injures, ça se poursuit par des dégradations, puis c'est des coups et parfois, ça se finit par la mort.

Vous sentez-vous atteint personnellement ?

Le vrai sujet, ce n'est pas mon cas, car ce n'est malheureusement qu'un cas parmi d'autres. Le vrai problème, c'est la multiplication du nombre d'injures, de dégradations et d'agressions physiques à l'égard des autorités. C'est vrai pour les sapeurs-pompiers qui, quand ils viennent éteindre un feu, se prennent des caillassages. C'est aussi vrai pour les élus locaux parce qu'ils sont à portée de citoyens qui sont parfois très énervés. Et je dois dire que le contexte général dans lequel nous vivons conduit à cet énervement. Les gens sont de plus en plus à fleur de peau, même si ça n'excuse pas de tels actes.

Vous êtes-vous déjà senti en insécurité dans l'exercice de votre mandat de maire ?

Ce n'est pas dans ma nature. J'ai des responsabilités, je les assume et je ne me pose pas la question tous les matins. Quant à la confiance de la population d'Issoudun, nous sortons des élections et j'ai obtenu quasiment 75 % des voix au premier tour : je me sens soutenu par les Issoldunois. Après vous savez, il y a des fous, des imbéciles et des lâches partout, mais fort heureusement c'est une infime minorité.

Le lendemain des dégradations à votre domicile, l'élu d'opposition Christopher Albarao a, à son tour, été violemment agressé par des individus en pleine nuit... 

Ces deux événements ne sont en aucun cas liés. Ce sont les péripéties nocturnes de Christopher Albarao qui sont en cause, mais ça n'a aucun rapport avec son mandat. D'après ce que je sais, ce qui lui est arrivé est purement personnel.

En tant qu'élu local, vous sentez-vous soutenu par l'État face à l'incivilité ?

Non, malheureusement l'État n'a pas été jusqu'à maintenant à la hauteur des événements. C'est pourquoi, il y a quelques semaines, avant qu'il ne m'arrive quoi que ce soit, j'avais rédigé avec François Barouin un communiqué demandant à l'État d'être ferme sur ses positions : d'apporter des réponses judiciaires et de refuser le laisser-aller.

Prévoyez-vous des solutions à l'échelle locale pour enrayer ce phénomène de violence ?

Les violences sont nationales, pas locales ! Avec les autres élus, nous avions déjà dénoncé ce phénomène après la mort du maire de Signes l'année dernière. Et depuis des mois, on voit que les incidents continuent de grimper dans toute une série de villes en France...

Comme à Issoudun ?

Ce qu'il s'est passé la semaine dernière à mon domicile n'est pas anodin, mais ce n'est pas pire qu'ailleurs. Issoudun n'est pas une commune où la violence explose. Nous ne sommes pas dans une ville insécure et dire le contraire, c'est fabuler !

Avez-vous reçu des soutiens depuis votre mésaventure ?

J'ai reçu des soutiens politiques, à commencer par l'AMF. Le Premier ministre Jean Castex m'a appelé, la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault m'a appelé aussi. Le gouvernement a pris en compte la mesure de l'événement. Le Premier ministre m'a laissé entendre qu'il allait apporter des réponses dans les jours ou les semaines à venir. C'est toujours ce qu'on dit dans ces cas-là ! J'attends. Il m'a dit qu'il me rappelerait, on verra bien.
 
L'élu d'opposition Christopher Albarao répond aux propos d'André Laignel

À la lecture de notre entretien avec le maire d'Issoudun, Christopher Albarao a souhaité réagir. L'élu d'opposition a été agressé dans la nuit du dimanche 16 au lundi 17 août, au niveau du parc François Mitterrand, alors qu'il rejoignait son véhicule vers 1h30 du matin. Insulté et frappé d'un coup de poing par un individu, il a été hospitalisé et s'est vu prescrire 2 jours d'ITT. 

"Ce qui m'a choqué dans les propos d'André Laignel à mon encontre, c'est leur caractère insidieux. Quand il dit que ce sont mes 'péripéties nocturnes' qui m'ont valu cette agression, il laisse entendre que je traînais dans la rue ou que je faisais la fête. Ce ne sont pas des mots neutres. Je n'attendais pas de soutien de sa part, bien qu'un message de compassion m'aurait fait plaisir. Il ne m'a rien envoyé. Il faut savoir que lorsque j'ai subi cette agression, je sortais juste d'une session de télétravail pour la mairie : j'étais à mon domicile et je m'apprêtais à rejoindre l'un de mes proches. J'ai même envoyé un e-mail professionnel à cette heure-là qui le prouve. Je ne m'attendais absolument pas à me faire agresser et cet incident m'a d'autant plus blessé que je travaillais pour la collectivité juste quelques minutes plus tôt. Je suis d'accord pour dire que cette agression aurait pu arriver à n'importe qui, ce n'est pas mon statut d'élu qui est en cause. J'étais juste au mauvais endroit au mauvais moment. Mais parler de 'péripéties nocturnes', c'est vulgaire."

Christopher Albarao nous confirme ce dimanche 23 août qu'il a porté plainte pour diffamation contre André Laignel auprès du procureur de la République de Châteauroux.
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