"J'étais seule, personne ne m'entendait", surendettée, une éleveuse sauvée par un incroyable élan de solidarité

Éleveuse de chèvres à Néons-sur-Creuse (Indre), Delphine Serreau a lancé une cagnotte en décembre 2023 pour tenter de sauver son exploitation. Grâce à une mobilisation extraordinaire, elle a recueilli plus de 160 000 euros.

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C'est un élan de solidarité inespéré pour Delphine Serreau. Comme nous l'avions raconté en décembre dernier, cette éleveuse de chèvres à Néons-sur-Creuse, dans l'Indre, était au bord du gouffre financier. Son exploitation a croulé sous les dettes après une livraison de foin de mauvaise qualité.

Mais depuis quelques semaines, les choses ont changé. L'agricultrice a lancé un appel au don, largement relayé dans toute la France. La cagnotte a dépassé les 163 000 euros, lui permettant de rembourser une partie de ses dettes et de racheter de la nourriture pour ses bêtes.

Exploitation en crise

En décembre dernier, l'éleveuse a été confrontée à une situation critique après avoir reçu 30 tonnes de foin de Luzerne, préalablement payées, mais qui ont été contaminées par des bactéries.

Préférant ne pas compromettre sa relation avec le fournisseur, Delphine Serreau a refusé de remplacer le foin défectueux par des céréales, trop onéreuses et non conformes aux normes d'un élevage bio. Les conséquences de cette situation ont été dramatiques pour son exploitation, avec une diminution de 75% de la production de lait de ses 80 chèvres en deux mois.

J'avais l’impression d’être dans l’injustice et dans l’impuissance totale. J'étais toute seule au milieu de la ferme, je pouvais crier, personne ne m’entendait.

Delphine Serreau, éleveuse de chèvres dans l'Indre

Malgré la pression financière, elle reste déterminée à sauver sa ferme et décide de lancer une cagnotte en ligne sur le site Leetchi, appelant à la générosité et à la solidarité du public.

Coup médiatique

Pour réussir à toucher un maximum de personnes, Delphine Serreau a fait preuve de ténacité... et d'un peu de réussite. Mi-février, elle n'a plus rien à perdre et tente un coup de poker. Elle monte à Paris avec l'une de ses chèvres pour rejoindre les obsèques de Robert Badinter et profiter de l'exposition médiatique, a raconté sa mère à nos confrères du Figaro.

En arrivant, elle se gare dans une zone réservée par la police et les agents lui demandent de partir. Ce qu'elle refuse : "Je vois quelqu’un de la sécurité qui arrive, il me demande ce que je fais là. Il me dit "vous allez dégager". Le ton commence à monter", raconte-t-elle.

L'intervention de la garde de l'Élysée a conduit l'affaire jusqu'à la cheffe de cabinet adjointe du président, Sibylle Samoyault, qui a ordonné son escorte jusqu'au ministère de l'Agriculture. Sur place, l'éleveuse a été reçue par Olivier Damaisin, le coordinateur national du plan sur la prévention du mal-être en agriculture.

Elle a ensuite été invitée sur le plateau de BFMTV, propulsant ainsi son histoire sur le devant de la scène. La machine médiatique s'emballe. L'éleveuse est conviée dans l'émission les Grandes Gueules sur la radio RMC et les articles de presse se multiplient. Entre le vendredi 16 février et le samedi 17, la cagnotte passe de 60 000 à 160 000 euros en 24 heures. Elle est désormais à plus de 163 000 euros.

Delphine Serreau veut désormais préparer au mieux la traite de ses chèvres au printemps prochain. En attendant, sa cagnotte reste ouverte. Pour définitivement tourner la page de ses soucis financiers.