Lutte contre la maltraitance animale : le Pôle Investigations de la SPA cherche des enquêteurs

Devant l’augmentation d’actes de cruauté et de maltraitance animale, la Société Protectrice des Animaux a créé un  Pôle Investigations en 2021, une structure dédiée à la gestion des enquêtes, avec une capacité de rayonnement sur le territoire national. La SPA recrute des délégués enquêteurs bénévoles sur le terrain pour répondre à l’augmentation des signalements.

Le pôle investigations de la SPA a été créé en 2021. Jean-François Blau, Référent régional Ouest du Pôle Investigations explique l'intérêt de cette nouvelle structure. "Avec l'intervention de bénévoles délégués enquêteurs, ce pôle a pour but de mieux gérer les  enquêtes de lutte contre la maltraitance et de pouvoir rayonner sur  l’ensemble du territoire national,dans des endroits où nous n'avons pas forcément de refuges SPA" Il  insiste sur l’importance de recruter des enquêteurs bénévoles pour aller vérifier le bien-fondé des signalements de maltraitance. L’engagement de la SPA, a été appuyé par une convention signée en 2023  avec le Ministère de l’Intérieur avec des référents de protection animale, formés pour traiter les plaintes de maltraitance animale dans les commissariats, brigades de gendarmerie .

Les enquêteurs bénévoles, chargés des enquêtes sur le terrain seront amenés à travailler en lien avec les services de police, gendarmerie, les mairies ou les bailleurs sociaux "Nous sommes une sorte de référent de la protection et de la lutte contre les maltraitances animales même si d’autres associations font aussi ce type d’enquêtes," explique Jean-François Blau, référent régional Ouest des délégués enquêteurs. Il nous précise les contours de cette nouvelle structure "Le pôle investigations pour la partie maltraitances est organisé en 5 régions, Ouest, Nord, Est, Sud-Est et Sud-Ouest  qui sont pilotées chacune par un référent régional."Dans la région Ouest nous avons 18 départements dans lesquels on a à peu près 200 délégués enquêteurs répartis de la pointe Bretagne en passant par les Pays de la Loire et le sud de la région Centre-Val de Loire avec l’Indre-et-Loire, le Cher et l’Indre jusqu’en Poitou-Charentes. Le Loir-et-Cher et l’Eure et-Loir dépendent de la région Nord et le Loiret de la région Est." Un découpage qui peut sembler étrange mais qui est basé sur l’équilibre de la répartition des refuges au niveau national.

Jusqu’en 2021 les enquêtes de lutte contre la maltraitance animale existaient mais elles étaient centralisées au niveau de chaque refuge de la SPA. 

Comme les refuges de la SPA ne sont pas présents sur l’ensemble des départements il a été décidé de créer ce Pôle Investigations qui  a été découpé en 5 régions sur le territoire national

Jean-François Blau, référent des délégués enquêteurs-région Ouest

. "Dans chaque région les délégués enquêteurs qui sont bénévoles mènent les investigations sur un rayon d’action à partir de leur domicile,(à environ 1 heure de route) ce qui nous permet d’être beaucoup plus présents avec une zone de couverture plus importante qu’en partant simplement des refuges. Aujourd’hui on en compte 64 refuges et maisons SPA sur le territoire."

Depuis 2021, + 52 % de signalements de maltraitance animale

Les signalements remontent aujourd’hui  en totalité à partir du site internet de la SPA. Sur la page d’accueil "Je signale" permet aux personnes de remplir un questionnaire. Ce signalement qui rentre dans la base à Paris est pris en charge par une petite structure qui s’appelle le centre de traitement des signalements qui les redistribue sur le terrain pour que les délégués enquêteurs les plus proches puissent procéder aux enquêtes de lutte contre la maltraitance.

Depuis la création du pôle investigation en 2021, les signalements ont augmenté de 52% par rapport à l’année précédente. Une augmentation qui ne cesse de croître. 24800 signalements en 2022 et 25700 pour l’année 2023.

Le rôle et le profil  des délégués enquêteurs

Le délégué enquêteur a une formation initiale et une habilitation délivrée par la SPA . Le référent régional estime qu’une disponibilité d’environ 4 h, une demi-,journée est indispensable pour arriver à gérer une mission. Analyser le signalement, recueillir des renseignements complémentaires, aller sur le terrain, jusqu’à 2 heures de déplacement aller-retour, vérifier la véracité du signalement, dispenser des conseils au propriétaire, assurer un suivi. Les enquêteurs sont bénévoles mais le coût du carburant est pris en charge.

Au-delà de la disponibilité, le référent régional précise le profil du bénévole délégué enquêteur

"C’est important qu’il fasse preuve de discernement, qu’il ait une forme de maturité et de professionnalisme en vue de pouvoir gérer des situations assez complexes, qu’il ait une bonne gestion de ses émotions, une aisance relationnelle parce qu’il faut pouvoir rentrer en contact avec les témoins, les mis en cause et pouvoir leur apporter un accompagnement de bonne qualité et une aisance informatique . Voilà les qualités attendues d’un délégué enquêteur"

Marie*, 10 ans d’enquêtes au service de la cause animale

Marie, déléguée enquêtrice bénévole du pôle investigations  SPA dans le Cher confirme l’augmentation du nombre de signalements et d’enquêtes. « En ce moment, c’est une à 2 enquêtes par semaine sans compter les appels que j’ai en plus. Pendant notre entretien, elle recevra 2 messages de signalements."

Il y a déjà longtemps que je suis sensibilisée à la cause animale. J’ai changé de voie professionnelle, je travaille dans le social et j’ai un peu plus de temps pour conjuguer mon activité et le bénévolat. Je me suis rapprochée de la SPA et ça s’est fait naturellement

Marie, déléguée enquêtrice bénévole SPA dans le Cher

"Nous on part sur des enquêtes, on a un numéro d’enquête, on nous donne la situation et on essaie d’aller voir exactement ce qui se passe, si on peut rentrer en contact avec les gens. Tout dépend comment ça se présente mais de toute façon on fait toujours un rapport à chaque fois. Prise et envoi de photos, témoignages, description de la situation. Des fois, on y passe du temps, c’est 2 heures le soir. C’est un travail supplémentaire et il y a des règles à suivre."

Le rapport doit être rédigé dans un cadre légal et dans le respect des modes d’action de la SPA. "Je dois quelquefois expliquer aux signalants qui trouvent que ça ne va pas assez vite, que je ne suis pas Zorro" dit-elle en riant."Le rapport est envoyé au référent régional et à partir de là ça part aux juristes." Ensuite c'est à elle de prendre les choses en main sur le terrain. 

"Je fais ce que je peux mais  souvent on manque de places pour accueillir les animaux. Si c’est pour retirer un animal et le laisser enfermé 6 mois ou plus, c’est compliqué. Nous, ce qu’on souhaite, c’est avoir une cession, c’est-à-dire un accord entre le propriétaire et l’organisme à qui la personne confie son animal. C’est l’idéal et c’est ce que j’essaie de faire au maximum dans la plupart des situations que je traite comme ça la SPA devient propriétaire de l’animal et le prend en charge". Quand la situation est plus compliquée ou qu’il y a des actes de cruauté et de violence c’est le procureur qui prend la décision. C’est une réquisition et l’animal est en attente du jugement du propriétaire, une attente qui peut être longue.

"On va avoir des enquêtes où on parle de maltraitance car il faut mettre un terme sur les faits mais quelquefois ce sont des personnes qui font les choses mal. Malheureusement aujourd’hui ça arrive de moins en moins. Avec mon expérience, je constate aujourd’hui que souvent, les gens qui font du mal ou qui négligent leur animal, c’est volontaire." Elle ajoute "C’est ça le souci aujourd’hui, souvent ce sont des gens qui sont en précarité. Moi je connais ce public, c’est malheureux, ils ont des animaux alors qu’ils n’ont rien pour eux."

Marie ajoute :"L'important c'est d' avoir un bon contact, prendre du recul et aussi savoir apprécier les situations.Si c’est une dame ou un monsieur seul, qui est conciliant, avec qui on peut discuter on va peut-être y arriver en douceur et obtenir une petite amélioration de la situation. Elle poursuit "J’ai eu le cas d’une petite chienne qui dormait sur une bâche dans le froid, ses croquettes jetées à terre." Marie est repassée la voir, La chienne avait un abri et ses croquettes au sec. Même si ce n'était pas parfait, Marie  nous confie ne pas forcément chercher à enlever l’animal parce qu’il y en a déjà assez qui sont enfermés mais quelquefois les situations sont catastrophiques.

"Une fois j'ai reçu  un signalement sur des chiens qui sautaient d’une fenêtre à 3 mètres de hauteur." Quand elle se rend sur place, elle découvre que les personnes ont quitté les lieux, fermé la maison et laissé les 4 chiens. "Quand le chien est tombé et que je l’ai vu, je me suis dit ce n’est pas possible. C’était un squelette vivant."

"Ca fait 10 ans que je suis enquêtrice, par expérience il m’est arrivé des choses sympa et en ce moment c’est des situations pas très sympa. Maintenant je travaille beaucoup plus avec la police. Je viens de finir une enquête où j’étais obligée à chaque fois de me déplacer avec la police car sinon ça aurait pu mal se terminer. Il y a des gens qui vont comprendre la situation et d’autres qui sont des fortes têtes. Il y a des moments, même sans prendre de risque, on ne sait pas sur qui on tombe"

"Mon chien, il est heureux"

Marie a l'habitude des enquêtes  mais ce n’est pas toujours facile de faire face aux situations de cruauté ou de maltraitance "C’est des chevaux, des chèvres, des chiens, des chats, c’est une catastrophe et les gens vont souvent vous raconter des mensonges. On vous dit "Mon chien, il est heureux" Vous avez des bergers australiens ou des huskis  qui sont enchainés toute la journée. Il faut faire comprendre les choses aux propriétaires. Quelquefois, c’est peine perdue, ce n’est pas un dialogue mais un monologue."

Malgré tout Marie continue ses missions. Avec 3 autres enquêteurs éparpillés dans le Cher, elle est souvent seule pour ses enquêtes mais prête à chaperonner de nouveaux enquêteurs. Des enquêteurs qui ont reçu une formation mais la réalité du terrain, peut s’avérer plus compliquée.

"Je ne vais pas les emmener partout, on va commencer par des choses soft  comme les visites post adoption, chez les nouveaux adoptants. Mais je vais leur dire aussi qu’il y a la théorie, on te dit qu’il faut faire ci ou ça mais tout dépend de la situation. L’enquêteur va aussi avoir le choix de dire non, je ne veux pas aller sur quelque chose de trop dur. Mais elle ajoute "Il y a des choses agréables aussi, moi je sais que dans tout ce que je fais, j’ai une satisfaction de me dire, voilà maintenant l’animal est en sécurité."

Pour moi, un enquêteur est quelqu’un qui doit avoir un bon contact, je pense que c’est important ,savoir garder son sang -froid, se renseigner auprès de personnes qui ont déjà plus d’expérience et puis après , si c’est possible, c’est mieux de travailler à deux. On va avoir un regard différent, c’est mieux.  C’est le souhait du pôle investigations, avoir un vivier d’enquêteurs bénévoles important pour privilégier le travail en binôme. Marie nous raconte une de ses interventions. "La dernière fois que je suis parie avec une équipe de police  ils étaient 4 et j’ai pris avec moi un jeune enquêteur pour m’accompagner et voir comment ça se passe. Il a observé et écouté après quand on a débriefé, il m’a dit, tu vois le policier a réussi à dialoguer. Chacun a son rôle, les policiers sont là pour nous sécuriser mais aussi pour expliquer qu’on m’a demandé de venir contrôler, ce qui n’est pas toujours bien pris".

Marie conclut par ses mots "On ne fait pas ça par hasard, si on a un peu de temps à perdre. Il faut avoir une certaine sensibilité, aimer les animaux, vouloir les protéger. Moi j’aime ça depuis toute jeune, je me suis formée au secours animalier, je vais jusqu’au bout des choses et il y a de belles rencontres quand même. Je suis une bonne râleuse mais je continue quand même.

Aujourd’hui le nombre de signalements continue à exploser. Dans le département du Loiret qui compte 21 délégués enquêteurs, il y a déjà 82 signalements enregistrés depuis le début de l’année.En Indre et-Loire, qui compte 11 enquêteurs bénévoles, il en manque pour pouvoir répondre à tous les signalements. 3 enquêteurs sont sur le terrain avec Marie dans le Cher et l’Indre a désormais un unique enquêteur recruté il y a tout juste 2 semaines. Pour tout savoir sur ces missions bénévoles de délégué-enquêteur, rendez-vous sur le site de la SPA

3900 animaux sauvés en 2023

En 2023 au niveau national, 1139 bénévoles délégués enquêteurs du pôle investigations se sont mobilisés pour vérifier les signalements de maltraitance reçus par la SPA. Au total 27642 signalements ont été traités, soit 16% de plus qu'en 2022 et 17819 enquêtes ont été menées sur le terrain.dont 1505 par la CAT, cellule anti trafic de la SPA. A la suite de ces enqu^tes 3900 animaux ont été sauvés et cédés à la SPA .

(*Le prénom de Marie a été modifié)