"Pour moi, il allait forcément recommencer": soupçonné du meurtre d'Audrey à Tarbes, son ancien compagnon avait déjà tué en 2003

Une femme de 41 ans, coach dans une salle de sport, a été retrouvée morte ce week-end dans les Hautes-Pyrénées, près du cadavre de son ex-compagnon. L'hypothèse du féminicide suivi d'un suicide est privilégiée. En 2006, Samy Dioumassy avait déjà été condamné pour le meurtre d'une précédente compagne dans l'Indre. Les deux affaires comportent des similitudes troublantes.

Dimanche soir, les policiers ont découvert deux cadavres dans un bois de la commune de Laloubère, à quelques kilomètres de Tarbes (Hautes-Pyrénées): celui d'Audrey Felice portant des traces de blessures par arme blanche, et celui de son ancien compagnon, Samy Dioumassy, pendu. La disparition de la coach sportive de 41 ans avait été signalée samedi 13 mai. "D’après les premières constatations, Audrey Felice semble décédée à la suite de blessures reçues au niveau de la gorge, tandis que Samy Dioumassy a été retrouvé pendu, vraisemblablement dans un geste suicidaire", a déclaré dans un communiqué la procureure de Tarbes, Bérangère Prud'Homme.

Ce jour-là, Samy Dioumassy était venu chercher Audrey à la sortie de son travail en raison de fortes pluies. Bien qu'ils soient séparés, l'homme continuait en effet de conduire son ex-compagne, qui n'avait pas de véhicule, jusqu'à son travail, explique le parquet de Tarbes. La voiture du meurtrier présumé a été aperçue une heure plus tard à Laloubère, ce qui a permis la découverte des corps.

En 2003, Samy Dioumassy avait assassiné Zina, 23 ans

Si la procureure de la République de Tarbes précise qu'aucun fait de violences n'avait été signalé entre eux, Samy Dioumassy n'était pas inconnu de la justice. Il était sorti de prison il y a deux ans, après avoir été condamné par la cour d'assises de l'Indre pour l'homicide d'une jeune fille de 23 ans, Zina Ali, avec qui il avait entretenu une relation amoureuse et avait eu un enfant.

Comme Audrey, Zina venait de se séparer de Samy Dioumassy. Le 5 septembre 2003 vers minuit, elle aussi était enlevée, violement jetée dans le coffre d'une voiture à l'angle des rues Marcel-Proust et Paul-Valéry à Châteauroux. Des témoignages permettaient rapidement de remonter la piste jusqu'à Samy Dioumassy.

Les vêtements tachés de sang, il se présentait à 4h du matin chez ses grands-parents à Nuret-le-Ferron et prétextait un accident de voiture. Il était finalement interpellé à Paris le lendemain.

De nombreuses similitudes entre les deux affaires

Le 7 septembre 2003, sur ses indications, le cadavre de Zina Ali était découvert dans un bois à Nuret-le-Ferron, le corps lardé de coups de couteaux. L'autopsie révèlait l'horreur des faits : le corps de Zina comportait 29 plaies dont 22 avaient été causées par une arme blanche. Les autres correspondaient aux traces des roues de la voiture de Samy Dioumassy qui lui avait également roulé dessus.

Autre point commun avec le meurtre d'Audrey : au cours du procès en 2006, Samy Dioumassy avait selon son entourage tenté de se suicider par pendaison. Il avait semble-t-il installé des cordes pour se pendre à son domicile mais aussi chez ses grands-parents et dans un bois. A l'époque, la partie civile avait estimé qu'il s'agissait d'une mise en scène pour attendrir le jury.

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En 2003, Zina Ali était enlevée et tuée par son ex-compagnon dans l'Indre. En 2006, il a été reconnu coupable d'assassinat et condamné à 25 ans de réclusion. ©France Télévisions / INA

Celui que les experts avaient qualifié de "psychopathe, impulsif et égocentrique" a été condamné le 14 octobre 2006 à 25 ans de réclusion dont 15 ans de sureté pour l'assassinat de Zina. Libéré en 2020, il n'était plus suivi par les autorités judicaires depuis la fin d'exécution de sa peine en décembre 2021 mais n'avait plus fait parler de lui.

"C'est le genre de personnes qui ne faisait pas la différence entre le bien et le mal."

En 2003, l'assassinat de Zina avait provoqué une vive émotion dans l'Indre et notamment dans la commune de Thenay où vivaient ses parents.

Sous l'impulsion du père de la victime, l'association "Zina, solidarité contre les violences" avait vu le jour. Ses membres, des habitants de la commune et des proches de la famille, avaient organisé une marche silencieuse le 28 septembre 2003 à la mémoire de la jeune femme.

"Non c'est pas vrai... C'est atroce!" s'exclame Monique Mathé, son ancienne présidente lorsque nous lui apprenons que le drame s'est vraisemblablement répété. "Je suis vraiment catastrophée. C'était tellement dur, cette affaire. Penser qu'il ait pu y en avoir une deuxième, ça m'épouvante."

L'association a été dissoute en 2021 mais elle a accompagné durant près de 20 ans des victimes de violences conjugales en milieu rural.

Monique était cependant bien loin d'imaginer que l'affaire qui a provoqué sa création referait surface 20 ans plus tard. "Je ne m'y attendais pas du tout mais il y avait quand même des signes lors du procès. Il ne se remettait pas du tout en cause. Il était incapable de reconnaitre ses actes et n'avait aucune empathie pour la victime. C'est le genre de personne qui ne faisait pas la différence entre le bien et le mal."

La famille de Zina n'a pas résisté au tsunami provoqué par l'affaire. Peu de temps après le procès, ses parents se sont séparés et son père est retourné vivre en Tunisie, son pays d'origine. Seul son frère, Samy Ali, est resté à Thenay où il dirige une entreprise de travaux électriques.

"Ça ne m'étonne pas", déplore-t-il lorsque nous lui détaillons le meurtre d'Audrey. "Au procès, il était très calme, n'avait pas de remords. Ce sont des personnes qui recommencent tout le temps. Pour moi il allait forcément recommencer." Samy Ali avait assisté à l'audience en 2006. Il n'avait que 16 ans. "Aujourd'hui encore, j'y pense régulièrement, je ne tournerai jamais la page. Que l'assassin de ma sœur soit mort j'en suis très content. Justice est désormais faite", estime-t-il.

Je suis désolé pour la famille de cette femme. Ils doivent être dans la pire des douleurs comme nous on a pu l'être. Je voudrais leur dire qu'ils peuvent me contacter s'ils veulent que l'on partage cela ensemble.

Samy Ali - Frère de Zina

Une enquête a été confiée à la police judiciaire de Toulouse et à la brigade de sureté de Tarbes pour permettre d'apporter de nouveaux éléments sur l'heure et les circonstances de la mort d'Audrey Felice. Le meurtre d'Audrey est le 42eme féminicide recensé en France depuis le début de l'année.