“Je me retrouve sans travail, et j’ai toujours mon loyer à payer” : les emplois étudiants précarisés par le confinement

Sur le campus de Tours, un étudiant sur deux travaille pour financer sa scolarité / © Jean-Luc Flémal / MaxPPP
Sur le campus de Tours, un étudiant sur deux travaille pour financer sa scolarité / © Jean-Luc Flémal / MaxPPP

Entre annulation des contrats, réduction des salaires et normes sanitaires peu respectées, les emplois étudiants sont davantage précarisés pendant le confinement.

Par Marine Rondonnier, Salomé Dionisi

Sur les campus de l'académie d'Orléans-Tours, tous les étudiants ne sont pas logés à la même enseigne durant le confinement. Certains sont partis se mettre au vert chez leurs parents, alors que ceux qui cumulaient scolarité et emploi étudiant ont dû rester sur place.

Une inégalité qui ne fait que s'accroître au fil des semaines, puisque ces étudiants salariés se retrouvent confrontés à des difficultés tant financières que sanitaires.

Annulation des contrats

Pour financer leur scolarité, ils travaillent dans la restauration, la garde d'enfants, les centres sportifs, les locaux du CROUS... À l'annonce du confinement et la fermeture des structures dans lesquelles ils étaient salariés, ces étudiants aux revenus financiers déjà limités se sont retrouvés sans travail, et parfois même sans salaire, alors qu'ils sont enfermés dans leur petit studio étudiant.
Ceux qui arrondissaient leur fin de mois grâce aux missions d'interim se retrouvent aujourd'hui sans sollicitations, et donc sans revenus complémentaires.

« Pour l’instant le plus compliqué ce n’est pas le moral, mais le côté financier. Je me retrouve sans travail pendant le confinement, et j’ai toujours mon loyer à payer et mes courses à faire. », déplore Nouhayla, étudiante en droit à Orléans. Depuis le début de ses études, la jeune femme avait réussi à trouver un équilibre financier grâce à ses heures de baby-sitting après les cours.

Aujourd'hui confinée toute seule dans son appartement étudiant, elle doit réussir à se concentrer sur ses cours à distance alors que sa préoccupation première est d'ordre financier.

Une situation critique qui touche également les jeunes employés par des structures pourtant reconnues. Jakie est étudiante sur le campus d'Orléans, et elle travaille habituellement dans les restaurants du CROUS Orléans-Tours pour financer ses études.

Début mars, elle a signé un CDD de deux mois. À l'annonce du confinement, les restaurants du CROUS ont fermé, et les heures de travail de Jakie ont été annulées. La jeune femme se retrouve désormais confinée, en scolarité à distance, et sans revenus. Sa colocataire de confinement et collègue se retrouve dans le même cas.

Informés de ces situations parfois critiques, les syndicats étudiants se sont saisis du problème. Jude Nestor Mandzekele est élu étudiant de l'UNEF Tours (Union nationale des étudiants de France). Il déplore cette situation et souligne les difficultés qu'entrainent la continuité pédagogique.

Nous craignons que tous ces étudiants qui ont des difficultés financières ne réussissent pas à valider le deuxième semestre. Quand on ne mange pas à sa faim et qu'on est stressé pour des raisons matérielles, il est très difficile de se concentrer sur les cours en ligne, Jude Nestor Mandzekele

Aides exceptionnelles

Pour palier ces difficultés financières, le Gouvernement a annoncé le 30 mars dernier une aide d'urgence de 10 millions d'euros, et une exonération des loyers d'avril pour les étudiants qui ont quitté leur logement CROUS durant le confinement.

Une aide positive, mais qui reste encore floue aux yeux du représentant tourangeau du syndicat étudiant : "C'est un bel effort du Gouvernement, mais ce qui pose problème, c'est que les critères d'attribution de ces aides ne sont pas clairs. Il faut que les critères soient clairement définis et mis à disposition des étudiants." 

Le CROUS propose désormais à ses résidents une carte cadeau de 100€ pour acheter des produits de première nécessité en grande surface. Cette aide est cependant proposée après évaluation des critères sociaux de chaque étudiant lorsqu'ils en font la demande.

En réponse à ces annonces, l'UNEF et la FERUF (Fédération des Etudiants en Résidences Universitaires de France) ont lancé une pétition pour demander l'exonération des loyers pour les étudiants restés dans les résidences des campus, et l'exonération partielle des loyers pour ceux qui se logent en résidence étudiante privée.

Une initiative qui pourrait davantage faire évoluer la situation de Nouhayla : "Les seules aides proposées sont destinées aux étudiants vivant au CROUS ou déjà bénéficiaires de bourses. Comme eux, j'ai besoin de payer mon loyer." 

Conditions sanitaires précaires

Souvent, les étudiants qui n'ont pas pu rentrer chez leurs parents pour le confinement tentent coûte que coûte de conserver un job à côté de leurs cours à distance. 

Stages de soignant, livraison de nourriture, nettoyage des rayons dans les supermarchés... Ces missions font partie des rares activités qui ne sont pas à l'arrêt. Elles sont aussi celles qui exposent le plus les jeunes étudiants à des risques sanitaires.

Parfois, comme lors des livraisons de repas à scooter ou à vélo, les normes sanitaires des entreprises n'ont pas évolué depuis le début de l'épidémie.

Ces étudiants sont très exposés au Covid-19 car ils travaillent sans aucune protection et ne peuvent pas arrêter de travailler, car ils doivent payer leur loyer. C'est un cercle vicieux, Jude Nestor Mandzekele, élue UNEF-Tours

En plus d'être souvent confinés loin de leur famille et dans de petits espaces, ces étudiants salariés risquent donc leur santé pour réussir à payer leur loyer et leurs courses. Une double précarité qui touche majoritairement les étudiants étrangers qui n'ont pas pu rejoindre leur pays pour le confinement.
 

Dispositif d'aides matérielles pour les étudiants en difficulté mis en place par l'Université de Tours :

 
L’université de Tours a mis en place un dispositif permettant d’apporter une aide matérielle aux étudiants en difficulté durant cette période de confinement. 
 

  • Des bons d’achat pour des produits alimentaires et d’hygiène d’une valeur de 70 €, dans la limite de deux bons d’achat par mois 

 

  • Une aide exceptionnelle pour les étudiants dont la situation financière a été affectée par cette période de confinement ( perte d’emploi – fin d’un stage rémunéré par exemple) 

 

  • Prêt d’une tablette ou d’un ordinateur pour les étudiants qui en seraient privés.

 
Pour solliciter ces aides vous devez compléter le formulaire disponible sur le lien suivant :
https://sphinx-8080.univ-tours.fr/v4/s/08ugs5

Toutes les demandes seront traitées par l’assistante sociale du service de santé universitaire (SSU) et feront l’objet d’une validation par une commission créée spécialement à cette fin.
 

 
 

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