Les Rendez-vous de l'Histoire de Blois maintenus malgré le covid-19 : était-ce bien raisonnable ?

Alors que le gouvernement a annoncé des "mesures contraignantes" dans la région voisine d'Île-de-France, désormais en alerte maximale, les Rendez-vous de l'Histoire de Blois ont été maintenu, du 7 au 10 octobre prochains. Une décision qui interroge, mais les organisateurs se veulent rassurants.

Les Rendez-vous de l'Histoire de Blois revendiquent chaque année plus de 40 000 visiteurs, comme ici en 2017. Photo d'illustration
Les Rendez-vous de l'Histoire de Blois revendiquent chaque année plus de 40 000 visiteurs, comme ici en 2017. Photo d'illustration © J. Dutac / Maxppp
Les 23e Rendez-vous de l'Histoire n'ont pas encore commencé, mais soulèvent déjà des questions sur leur organisation. Le festival, qui revendique chaque année plus de 40 000 visiteurs à Blois, doit en effet avoir lieu du 7 au 11 octobre prochains dans un contexte sanitaire tendu. Depuis le passage de la région voisine d'Île-de-France en alerte maximale, le gouvernement a en effet resserré la vis sur les lieux de rassemblements, notamment les bars et les restaurants.
 

L'histoire au rendez-vous

Mais cette fébrilité n'est visiblement pas arrivée jusque dans le Loir-et-Cher. La préfecture, jointe par France 3, a ainsi pu confirmer que sans passage du seuil d'alerte et avec un protocole sanitaire adéquat, il n'y avait pas de raison d'annuler ou de reporter l'événement. Et ce d'autant plus que les milliers de visiteurs et d'intervenants représentent autant de nuitées potentielles dans les hôtels blésois et de couverts dans les restaurants, minés par la crise.
 

"C'est une bonne nouvelle que ce soit maintenu", confirme Tony Billard, gérant du Boeuf gourmand, fleuron de la restauration blésoise situé juste en face de la Halle aux Grains, le haut lieu du festival. Depuis le confinement, les affaires des métiers de l'hôtellerie-restauration ne sont pas reluisantes, et le festival est aussi une occasion de remettre un peu de beurre dans les épinards. "Il s'agit de l'événement phare à Blois", poursuit-il, et dans un contexte où les affaires des restaurateurs vont mal, un "manque à gagner" terrible.

Néanmoins, plusieurs enseignants et chercheurs n'ont pas manqué de s'alarmer de l'arrivée en masse de public à Blois, un public destiné à affluer dans l'amphithéâtre de la Halle aux Grains ou dans les salles plus étroites de l'IUT, du Château royal ou de la Maison de la BD. "Quelqu'un cherche à se débarrasser des historien.ne.s et profs d'histoire-géo ou quoi ?" s'est alarmée sur Twitter la chercheuse en sciences et histoire de l'éducation Laurence de Cock. "Sincèrement je trouve ça un peu dingue", poursuit-elle un peu plus loin, "Blois c'est toujours saturé de monde." "Si les organisateurs n'annulent pas, c'est aux intervenants et au public de se retirer par précaution" abonde une autre chercheuse.
 

 

"On n'organise pas une soirée mousse !"

Cette inquiétude s'appuie aussi sur le fait que retraités, universitaires, étudiants et enseignants, provenant de régions plus ou moins affectées par le virus, vont se retrouver parfois pendant deux heures dans des lieux fermés. Or, les facultés universitaires et les établissements scolaires sont précisément les lieux où apparaissent près d'un tiers des foyers de contagion, selon Santé publique France. Une situation qui pourrait non seulement favoriser la circulation du virus, mais surtout exposer un public âgé, faisant partie de la tranche d'âge la plus vulnérable au coronavirus.

"Il y a effectivement des gens qui posent des questions", indique Francis Chevrier, directeur et créateur des Rendez-vous de l'Histoire, au premier rang desquels les organisateurs eux-mêmes. "On a eu peur constamment, tous les jours, que le festival soit annulé" raconte-t-il, "c'était une épée de Damoclès". Parmi les facteurs qui ont pesé dans le maintien du festival, il évoque surtout "la chance de le tenir dans le Loir-et-Cher, qui est relativement épargné", mais aussi un protocole sanitaire "strict", instaurant le port obligatoire du masque et des demi-jauges pour les salles.

L'organisateur prévoit également une fréquentation inférieure à celle des années précédente. "Certains ne vont pas venir, notamment des gens plus fragiles, et je ne les encourage pas à le faire, il faut éviter les risques inutiles" poursuit Francis Chevrier. Ce dernier compte également sur le civisme du public des Rendez-vous de l'Histoire, qui "va se conformer au protocole". "On n'organise pas une soirée mousse !"

Dans ce contexte sanitaire et politique tendu, le thème de cette année, "Gouverner", prendra tout son sens. Les organisateurs annoncent ainsi "un millier d'invités, 600 débats et conférences, 300 auteurs, 200 éditeurs, 45 films". Le paléoanthropologue Pascal Picq ouvrira ce 7 octobre le cycle de l'économie par une conférence sur les fondements de la domination masculine et la présidente de cette édition, l'économiste et prix Nobel franco-américaine Esther Duflo, assurera la conférence de clôture le 11 octobre.

Parmi les invités annoncés des Rendez-vous de l'Histoire 2020 on retrouvera également le Premier ministre Edouard Philippe, qui assistera à l'avant-première du troisième épisode de la série documentaire Edouard, mon pote de droite. Mais aussi l'ancien président de la République François Hollande, qui avait fait l'impasse sur l'université d'été du PS, ou encore le philosophe André Comte-Sponville, co-signataire d'une tribune critique sur la gestion de la pandémie par le gouvernement. 



 
Edouard, mon pote de droite, épisode 2 (extrait)
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
vos rendez-vous histoire culture