Mise à l'abri, parcours d'insertion, cours de français : dans quelles conditions sont accompagnés les mineurs isolés ?

Début janvier, quatre chambre d'un hôtel de Blois ont été fermées temporairement suite à une alerte pour insalubrité lancée par un collectif. Au-delà du fait divers, dans quelles conditions ces jeunes sont-ils pris en charge et accompagnés sur les territoires ?

Du moisi sur les murs, des cafards sur le sol, une forte odeur d'humidité : le 11 janvier dernier, La Nouvelle République révélait les conditions dans lesquelles avaient été accueillis des mineurs isolés dans un hôtel de Blois. Une situation également vérifiée, sur place, à l'hôtel La Renaissance, par une journaliste de France 3.

"Ça prend à la gorge !"

L'alerte a été donnée au début du mois par des responsables du collectif Maraude 41. Suite à une visite sanitaire le 7 janvier; quatre chambres ont dû être temporairement fermées mais le reste de l'hôtel, qui compte 20 chambres, continue à fonctionner. Depuis, des travaux ont été entrepris pour résoudre cette "difficulté liée à l'humidité et à la ventilation", mais l'hôtel n'a pas été considéré comme insalubre. Vanessa Benoît, co-fondatrice du collectif, n'y croit pas. "Pour moi, c'est tout l'hôtel qui aurait dû être fermé" avance-t-elle. "Ça prend à la gorge !"

Le soir où elle découvre l'état des chambre, elle accompagne un jeune qui venait de passer une première nuit dehors. Comme il n'y a personne pour l'accueillir, un autre garçon lui propose de passer la nuit dans sa chambre. Vanessa Benoît les y accompagne pour s'assurer de l'installation du jeune homme, et déchante vite. "La première chambre où on est rentrés grouillait de cafards, et on nous a dit qu'elle venait juste d'être refaite !" Le constat se répète, les jours suivants, sur plusieurs chambres.

Pascal Amar, le directeur de l'hôtel, se défend : selon lui, les jeunes, qui ne restent qu'une poignée de jours dans ces chambres petites, au confort spartiate, mettent le chauffage à fond et n'aèrent pas. "Je passe mon temps à faire des travaux", insiste-t-il. Récemment, il s'est par exemple engagé à faire des rénovations de la chaudière et du système de ventilation. "Avant le coronavirus, quand on commandait une pièce, elle mettait deux jours pour arriver, là, le temps qu'elle arrive, j'ai dû mettre ça", poursuit le directeur en désignant un radiateur d'appoint. Selon lui, les visites insistantes du collectif Maraude 41 visent à lui nuire.

"On n'est pas là pour casser ce qui existe et qui fonctionne", rétorque le collectif, "mais l'hôtel touche 50 euros par jeune et par nuit, qu'on n'aille pas nous dire qu'il ne peut pas les accueillir dans des conditions décentes". De son côté, le Conseil départemental n'a pas eu de retour négatif de la part des jeunes, logés ici au tout début de leur prise en charge. "Ils n'ont pas de papier pour la plupart, ils n'osent pas se plaindre et vu leur parcours ils sont sûrement déjà vu pire", estime Vanessa Benoît, "mais ce n'est pas une raison. Quand on leur pose la question ils ont bien conscience que ce n'est pas normal". "Je crois vraiment que le Conseil départemental devrait parler avec eux et se rendre compte réellement des conditions d'accueil."

Un budget de 4,5 millions d'euros dans le Loir-et-Cher

Pourtant, cette polémique blésoise aura eu le mérite de poser la question des moyens consacrés à l'accueil et à la prise en charge des jeunes isolés. En France, la prise en charge des mineurs isolés est financée à 100% par les départements. Dans le Loir-et-Cher, selon Andréa Maillier, en charge de la direction Enfance et famille au conseil départemental, 4,5 millions d'euros sont consacrés au mineurs non accompagnés sur un budget global de 48,2 millions, dont une grande partie est dirigée vers l'Aide sociale à l'enfance et la Protection de l'enfance. Rapportés aux quelques 130 à 140 jeunes accompagnés par an jusqu'au bout de leur parcours, chacun se voit donc consacrer environ 30 000 euros.

L'idée, explique Andréa Maillier, est de construire un "cercle vertueux", où les jeunes, qui ont souvent traversé un parcours éprouvant et affrontent des difficultés d'intégration, "quittent le dispositif avec un logement autonome, une formation rémunérée, voire un emploi". Mais ce parcours peut être long.

Environ 130 jeunes accompagnés sur 359 "mises à l'abri" en 2021

Tout commence, à Blois, par l'étape de la "mise à l'abri". Sur 359 jeunes mis à l'abri en 2021, une extrême majorité provient d'Afrique subsaharienne. "Souvent, ils ont derrière eux un parcours de vie compliqué, certains ont des traumatismes liés à un conflit armé, d'autres sont en situation de conflit familial, et enfin il y a ce qui relève de la migration économique, qui cherchent simplement un avenir meilleur", résume la directrice à l'enfance et à la famille. "La majorité a un parcours migratoire difficile."

Arrivés à Blois, souvent orientés depuis Paris, les jeunes sont systématiquement mis à l'abri dans un hôtel choisi sur appel d'offre public, en l'occurrence, la Renaissance. C'est dans le cadre de cette mise à l'abri, et du début de la prise en charge, que les problèmes d'humidité et de ventilation se sont révélés.

Sous cinq jours, ils doivent faire l'objet d'une évaluation de leurs parcours social et de plusieurs vérifications de la part de la préfecture et de la police. Les fonctionnaires établissent si la personne est déjà connue en tant que majeur, s'il a un parcours délinquant, et ses empreintes sont relevées. A partir de là, près de 70% des jeunes mis à l'abri ne rentrent pas dans le cadre du dispositif, souvent parce qu'ils ne sont pas reconnus comme mineurs. Ils relèvent alors du droit commun et sont signalés aux services de la préfecture. En d'autres termes "ils sont virés de l'hôtel", lâche Vanessa Benoît. "Il y en a plein qu'on a réussi à reloger sur Paris, avec l'aide d'autres associations, la plupart travaillent."

La construction du "cercle vertueux"

Ceux qui restent entrent dans un parcours de prise en charge longue. Sous trois mois, ils obtiennent un bilan médical complet et, si nécessaire, on leur enseigne le français. A partir de là, différents dispositifs en partenariat avec des entreprises locales visent à faciliter l'insertion sociale et économique des jeunes une fois majeurs. Dans la plupart des cas, selon Andréa Maillier, le système fonctionne : "Il y a toujours un ou deux qui entrent dans un parcours délinquant, mais pour la plupart ce sont des jeunes particulièrement résilients, volontaires, avec une capacité d'adaptation incroyable." Les employeurs partenaires du dispositif de formation s'y retrouvent également, et sont même "demandeurs", poursuit-elle. "Les jeunes se donnent vraiment du mal, et cette prise en charge favorise une insertion et une intégration réelle dans le territoire."

A la sortie, d'après les chiffres obtenus auprès du Conseil départemental, 95% des jeunes non accompagnés sortent de cette prise en charge avec une autorisation de travailler et un contrat jeune majeur et 86% font état d'un logement et d'une autonomie financière. "Il faut souligner l'importance de l'investissement des professionnelles, des femmes pour la plupart, et de leur implication émotionnelle dans cette prise en charge", souligne Andréa Maillier, qui espère un changement du regard porté sur les jeunes accompagnés par le Département, dont le parcours est souvent méconnu. "Ce sont des enfants, qui ont besoin d'être protégés et qu'on leur donne une perspective d'avenir." Sans nier les efforts consentis par la collectivité, l'alerte lancée par Maraude 41 tend pourtant à montrer qu'il existe une marge notable d'amélioration.