Confinement : dans le Loir-et-Cher, "Beaucoup de producteurs de fraises risquent de ne pas s’en remettre"

À l'approche du début de la saison, les producteurs de fraises de Sologne craignent le manque de main-d’œuvre pour la récolte ou la réduction des débouchés. Les pertes pourraient être très importantes.
 

Image d'illustration : cueillette des fraises dans une exploitation près de Cahors en période de confinement.
Image d'illustration : cueillette des fraises dans une exploitation près de Cahors en période de confinement. © LA DEPECHE DU MIDI/MARC SALVET/MAXPPP

2300 tonnes de fraises prévues pour la saison 2020

Elles rougissent actuellement dans la terre de Sologne et aussi hors-sol. 2300 tonnes de fraises prévues pour la saison 2020 par les 27 producteurs du marché au Cadran de Fontaines-en-Sologne (loir-et-Cher) seront bientôt prêtes à être récoltées. Les exploitants qui fournissent 90% de la production en Loir-et-Cher retardent la cueillette au maximum mais ils savent que les plus précoces devront être cueillies dès la semaine prochaine, en prélude de la pleine saison qui durera tout le mois de mai.
 Les producteurs n’en savent rien pour l’instant car l’essentiel de la main-d’œuvre habituelle - des travailleurs venus de Pologne, du Portugal, de Bulgarie ou du Maroc - ne sera pas là. Seuls sont disponibles les saisonniers français qui ne peuvent répondre qu’à 40% des besoins.La semaine dernière, le ministre de l’agriculture lançait un appel à tous les français disponibles pour apporter leur force de travail au monde agricole. Il a visiblement été entendu. Salariés en chômage partiel, retraités et étudiants appellent en nombre les exploitants, mais ceux-ci craignent que la bonne volonté ne soit pas suffisante.

"La cueillette, c’est un métier", explique Franck Guilloteau, producteur de fraises à Fontaines-en-Sologne et président du marché au Cadran.

Il faut savoir utiliser son cerveau pour reconnaître un fruit à maturité. On craint aussi que les gens ne tiennent pas le coup physiquement parce qu’il y a des contraintes physiques. Il peut faire chaud en mai et il faut tenir six semaines.

Si au bout de 3 jours, on perd 50% de nos cueilleurs, on se retrouvera avec des fruits trop mûrs qui ne pourront pas être commercialisés. Des exploitants risquent de ne pas s’en remettre.

"Un mois pour trouver une solution"

Les producteurs du marché au Cadran ne s’inquiètent pas, en revanche, pour la commercialisation de leurs produits. La grande distribution est demandeuse et la baisse de la production en Espagne laisse actuellement de la place pour les produits français. Mais d’autres producteurs solognots sont affectés par des problèmes de débouchés.

C’est le cas au chez Hibry au GAEC de Vazelle à Billy (Loir-et-Cher) qui produit habituellement jusqu’à 6 tonnes de fraises bio.

Des gens qui ont du temps libre, des retraités, des étudiants nous appellent régulièrement donc pour la main-d’œuvre, ça ira. Mais à cette heure, il n’est pas sûr qu’on récolte car on a perdu une grosse partie de nos débouchés.

Nous pouvons encore vendre nos produits à la halle de Romorantin où la fréquentation a tout de même beaucoup baissé. Mais le principal problème, c’est que 50% de notre production est prévue pour les paniers de Val bio qui ne sont plus distribués.

On cherche une solution de remplacement mais actuellement, on n’en a pas. On a un mois pour trouver. Pour le reste, on ne sait pas si on doit planter et en quelle quantité. On vit au jour le jour.

Selon Philippe Noyau, président régional de la chambre d’agriculture, le Centre-Val de Loire a besoin de 10 000 travailleurs pour assurer les récoltes à venir d’ici mai. Ces emplois, normalement rémunérés sur la base du Smic, attirent des candidats. Plus de 200 000 personnes se sont portées candidates sur le site national "Des bras pour ton assiette". Lui-même producteur d’asperges en Loir-et-Cher, Philippe Noyau a reçu beaucoup de candidatures spontanées, mais le dispositif est freiné par les problèmes de transport.

Les gens n’ont pas le droit d’être à plus de deux par voitures. Et beaucoup de ceux que j’emploie n’ont pas le permis. La moitié de notre main-d’œuvre potentielle ne peut pas se déplacer. On espère obtenir l’autorisation exceptionnelle de co-voiturer en montrant qu’on met en place des mesures de protection spécifiques.

Les dérogations de ce type sont possibles dans le secteur agricole puisqu’elles ont été accordées pour le ramassage des volailles. La saison des asperges et des fraises en dépend.
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