Artisanat d'art : transmission familiale autour de la marqueterie Boulle dans le Vendômois

Dans l'atelier familial, affection et transmission / © France Télévision
Dans l'atelier familial, affection et transmission / © France Télévision

Depuis un an, le Loir-et-Cher compte un artisan d’art de renom avec l’installation de l’atelier MH Poisson au château de Fretay. Un savoir-faire né sous le Roi-Soleil et qui se perpétue à travers les générations, entre restauration et création.

Par Nathanael Lemaire

Dans la famille Poisson, je demande, le grand-père, le père, la fille et la petite fille…
Marie-Hélène, Colette, Aurore et Jacques Poisson réunit dans l'atelier pour Noël / © MHP
Marie-Hélène, Colette, Aurore et Jacques Poisson réunit dans l'atelier pour Noël / © MHP

Depuis quatre générations se perpétuent des gestes et techniques d’excellence utilisés pour restaurer du mobilier prestigieux. Inventé au XVIIème siècle par André-Charles Boulle, ébéniste de Louis XIV, cette marqueterie a la particularité d’incruster des matières précieuses (laiton, écaille, nacre) dans des bois rares (palissandre, ébène, acajou).

Depuis les fastes du château de Versailles à nos jours, ces meubles de prestige ont intégré notre patrimoine national.

Marie-Hélène Poisson a grandi dans l’atelier parisien de son père.

"À 4 heures et demi, quand l'école était finie, j'allais à l'atelier où la journée n'était pas finie. Et moi, j'avais mon mini-établi et je fabriquais des petites brouettes, je m'en souviens encore, et je jouais aussi avec un gros aimant."

Des heures passées entre l’école et la maison, entre rabot et scie à chantourner, elle a acquis, d’abord en s’amusant, la dextérité de la marqueterie Boulle. À 17 ans, c'est le déclic : "Je veux faire le même métier."
 
Pour finalement se perfectionner à travers des formations, dont la prestigieuse école Boulle, la gravure et au final épouser la profession parentale. Immédiatement, Marie-Hélène Poisson précise " pour faire mon métier, on ne peut pas avoir un parcours classique. Il faut se former à droite, à gauche, en atelier, à l'école, dans les musées, dans les livres, à l'ébénisterie, au dessin, à la gravure, au vernis, à la découpe, etc."

C'est avec une table Napoléon III qu'a commencé l'aventure :

"tout le plateau était manquant, mon pére ma dit, "tu te débrouilles". A l'époque c'était pas le Club Med ...j'ai vite compris comment faire si on voulait que ça marche."

 

Boulle : une poésie de matière, de couleur et de forme


Marqueteuse de renom, elle va reprendre à son compte l’atelier familial, déménager à Vincennes, avant de s’installer dans le Vendômois.

À chaque fois, elle emmène avec elle la réputation de son pére, Jacques. "Il arrive encore que des gens viennent me voir en me disant qu'ils ont connu l'atelier Poisson dans le 9ème arrondissement de Paris".

C’est dans le Loir-et-Cher, à Savigny-sur-Braye, au château de Fretay, qu’elle va installer son atelier. Un déménagement qui réunit, son amour de la ferme et des animaux comme chez ses grands-parents normands, et le prestige de la vie de château, de l’élégance d’un univers culturel et artistique propre à la marqueterie Boulle.
Un château comme écrin / © France Télévision
Un château comme écrin / © France Télévision

Pour la petite-fille : une formation en alternance familiale

apprentissage en cours / © France Télévision
apprentissage en cours / © France Télévision

Sa fille Aurore, 21 ans, a elle aussi suivi le destin professionnel familial avec un parcours à multiples facettes pour acquérir les connaissances nécessaires à la spécifique marqueterie Boulle. À l’âge de 17 ans, elle annonce à sa mère : « Je veux faire le même métier que toi maman ». Aujourd’hui, la quatrième génération travaille deux jours par semaine dans l’atelier pour la plus grande joie d’une maman apte à transmettre un métier rare à « sa fille chérie » et d'ajouter " je ne me suis pas gênée pour lui donner quand même quelques découpages un peu ardus à faire".
 
La jeune Aurore peaufine sa formation d’ébéniste et de marqueteuse au lycée des métiers de Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne, suit des cours à l’école Boulle pour apprendre le dessin ornemental et s’apprête à acquérir les gestes indispensables de la gravure. Pour les stages en entreprise ailleurs que chez MH Poisson, c'est plus difficile. "J'ai bien envie qu'elle aille aussi se former, expérimenter d'autres choses ailleurs, mais, il n'y a que moi qui ne fasse que ça. S'il y a bien, des ébénistes qui font un peu de Boulle, ils ne sont pas préts à partager leur savoir, à transmettre, et ils vont jamais vouloir prendre ma fille". L'objectif est qu'Aurore avec un peu d'expérience ouvre un atelier sur Paris et offre deux adresses à l'atelier Poisson.

La transmission de s’arrête pas là

En proposant chaque vendredi des cours de marqueterie Boulle dans son atelier, Marie-Hélène Poisson transmet son savoir-faire à qui veut l’apprendre sans crainte de la concurrence. Une démarche qui prend le contre-pied des cachotteries qui ont émaillé son apprentissage chez des artisans peu enclins à partager leurs petits secrets. Aujourd’hui, toutes les semaines, l’atelier MH Poisson accueille dans la bonne humeur enfants et adultes autour des scies à chantourner. Elle organise également des stages pour des professionnels comme des amateurs attirés par l'apprentissage manuel.

"J'ai souffert dans ma jeunesse de l'absence de transmission. A l'époque, les ateliers étaient fermés, chacun gardait ses petits secrets [...] Moi, je pense qu'il y a de la place pour tout le monde, ne restent que les meilleurs. La formation, ça crée pour moi une dynamique, ça m'oblige à me poser des questions, à suivre l'actualité" explique Marie-Hélène, avant d'ajouter : "et c'est bien, on est vivants!".

Marqueterie Boulle : un art qui se renouvelle

Marie-Hélène Poisson entre tradition et création / © France Télévision
Marie-Hélène Poisson entre tradition et création / © France Télévision

Après des siècles à reproduire et restaurer du mobilier de prestige, sous l’impulsion de Marie-Hélène Poisson, la marqueterie Boulle connaît un renouveau dans la dimension artistique.Après 33 ans dans la restauration de marqueterie Boulle, elle a décidé "d'apporter sa patte personnelle, de faire évoluer la marqueterie Boulle et faire connaître le métier avec des objets contemporains. Mes premières créations seront des coques pour téléphones portables, après j'ai fait des mobiles, des tableaux, des luminaires". Avec des matériaux modernes et renouvelés, elle découpe, incruste selon les techniques de la marqueterie Boulle des créations artistiques contemporaines. "J'avais très envie de travailler d'autres matières comme la nacre, le plexiglass, l'aluminium". Grâce à ses recherches créatives, elle offre à la marqueterie Boulle un avenir à la disposition des artistes à venir.

Une histoire de transmission à découvrir en vidéo (13 mn)


 


 

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