ZooParc de Beauval : de la petite volière à un empire international

Le panda beauvalien Yuan Meng a fêté ses deux ans en août 2019 / © ZooParc de Beauval
Le panda beauvalien Yuan Meng a fêté ses deux ans en août 2019 / © ZooParc de Beauval

Impossible de ne pas connaître le ZooParc de Beauval. A quelques mois du quarantième anniversaire du zoo, comment la modeste volière de Françoise Delord s'est-elle transformée en une entreprise dont le chiffre d'affaires 2019 atteint 70 millions d'euros ?

Par Bertrand Mallen

Les habitants de Saint-Aignan le savent : pour visiter Beauval, l'automne est sans doute la meilleure saison. A partir de septembre, le flot de touristes qui se déverse sur la départementale depuis le mois de juin se tarit enfin. Aussi ponctuels que les hirondelles, ils reviendront aux beaux jours. Tous les matins, dès 8h30, ils déboucheront de l'A85 sur la départementale 976, formeront une longue file le long de la zone d'activités, et s'agglutineront sur le rond-point où ont poussé plusieurs chambres d'hôtes, un McDo et un Patàpain. Enfin, ils traverseront à une allure d'escargot l'unique pont et le charmant bourg de Saint-Aignan, antichambre pittoresque de l'un des plus grands zoos d'Europe.

Et l'épithète "grand" n'est pas usurpé. Avec plus de 70 hectares de terrain, sans compter les trois hôtels construits aux environs, le ZooParc de Beauval occupe à lui seul près de 12% de la superficie agricole utilisée de Saint-Aignan. En 2019, année marquée par l'ouverture du téléphérique en mars et la naissance du girafon Kimia le 22 juillet, le zoo a battu un nouveau record de fréquentation, avec 1,6 millions de visiteurs estimés sur l'année malgré une saison en demi-teinte. Le chiffre d'affaires, lui, est pour la première fois en léger recul avec 70 millions d'euros attendus sur l'exercice 2019 contre 72 millions en 2018.


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Quand le zoo se taille la part du lion

Dans le bourg de Saint-Aignan, malgré des pics de circulation qui rendent le déplacements très difficile sur l'unique pont enjambant le Cher, l'influence du zoo reste plutôt bien vue. "C'est que du positif !", se félicite le maire de la commune, Eric Carnat. "Économiquement parlant, touristiquement parlant, Beauval permet de faire connaître toute la vallée du Cher." Lorsqu'ils viennent pour Beauval et les châteaux, les touristes ont besoin de se loger, de consommer, de faire leurs courses, d'occuper leur soirée : autant d'opportunités qui ont contribué à ré-animer la vie commerciale et culturelle locale.

"On a l'obligation, quand on est maire de Saint-Aignan, d'avoir une vision différente", poursuit l'édile. Et, en particulier, de calquer son fonctionnement sur les saisons du zoo. De mars à octobre, "je gère la commune de 3000 habitants comme si j'avais une commune de 300 000 personnes, parce que j'ai 1,7 million de visiteurs à gérer." Une gestion qui s'opère aussi bien en concertation avec les pouvoirs publics départementaux et régionaux qu'avec le ZooParc de Beauval lui-même. "On travaille dans une harmonie de territoire avec le zoo", poursuit Eric Carnat, qui voit dans le développement du parc la "volonté de s'intégrer au territoire".

Pourtant, certaines questions restent en suspens, comme celle du pont sur le Cher, l'unique point de liaison à plusieurs kilomètres à la ronde entre la sortie de l'autoroute et le zoo. Lors d'un pic de fréquentation comme celui observé en mai 2019, ce sont jusqu'à "14 ou 15 000 voitures" qui peuvent y passer dans une seule journée. Mais, côté dynamisme, les résultats sont là. D'après les chiffres fournis dans son bilan 2019, le zoo estime à 71 millions d'euros les "retombées économiques" de son activité, via notamment les investissements, le fonctionnement, les taxes, les salaires, et les dépenses des visiteurs hors du zoo. 
 
 

Une "entreprise familiale" de 380 salariés

Quasiment depuis le premier jour, les besoins en main d'oeuvre du ZooParc de Beauval n'ont pas cessé de croître en même temps que le zoo lui-même pour devenir l'un des plus importants employeurs dans toute la vallée du Cher. "A l'année, nous avons 380 collaborateurs permanents", détaille Sophie Delord, directrice des ressources humaines. "En pleine saison nous pouvons atteindre voire dépasser les 800 salariés." Et pourtant, le zoo se décrit toujours comme "une entreprise familiale" dirigée par le fils de la fondatrice, Rodolphe Delord. Une famille qui s'élargit à chaque embauche.

"Un emploi à Beauval représente deux emplois et demi induits à Saint-Aignan ou dans la région", poursuit Sophie Delord. A leur tour, ces créations d'emplois font revenir des habitants dans la vallée du Cher, et participent à rajeunir la population. Du côté de la commune de Saint-Aignan, 81 logements en résidence sociale doivent être terminés d'ici 2022 afin de compléter l'offre immobilière locale, qui attire les employés du zoo. Une mini-crèche de dix places doit même ouvrir en juillet 2020. "On les prend dès le berceau !" plaisante la DRH.

C'est pour ainsi dire le cas de Marion Menu. Engagée pour deux semaines en octobre 2017, la jeune femme signe un nouveau CDD d'un mois dans l'un des restaurant du parc en janvier. Après deux saisons à travailler dans plusieurs restaurant du zoo elle se voit finalement offrir un CDI au 1er novembre 2019. "J'habitais en campagne, dans l'Indre, et il y avait très peu de travail", se souvient-elle. "Je savais que le zoo était une très grande entreprise alors je me suis dit 'pourquoi pas ?' et je suis venue moi-même apporter mon CV."

A 21 ans, deux ans après ses débuts, Marion ne semble pas regretter son choix. Elle s'est même installée en location dans un appartement de Saint-Aignan. Malgré un travail intense en pleine saison, "il y a une solidarité dans l'équipe, on la ressent beaucoup", commente la jeune femme. "J'ai été très vite intégrée."
 
IMPERIAL. D'inspiration chinoise, les Pagodes de Beauval ont ouvert en 2015 à quelques centaines de mètre du zoo. / © F3 / Bertrand Mallen
IMPERIAL. D'inspiration chinoise, les Pagodes de Beauval ont ouvert en 2015 à quelques centaines de mètre du zoo. / © F3 / Bertrand Mallen
 

Delord dans les mains

Pourtant, les débuts ont été modestes. En 1980, Françoise Delord est une passionnée d'oiseaux de toute sorte. Pour offrir un peu d'air frais à ses protégés toujours plus nombreux, elle leur fait quitter Paris et emménage dans une maison disposant d'un parc de cinq hectares au lieu-dit "Beauval". De 400 individus, sa collection atteint 1500, puis 2000 oiseaux, et son terrain devient un parc ornithologique où les gens du coin viennent admirer ses spécimens. En 1989, le zoo accueille ses premiers fauves et primates et prend le nom de parc zoologique.

"Et puis après ça a été un terrain, un deuxième, un troisième, vendu par des voisins et des agriculteurs", se souvient Sophie Delord, qui connaît bien la bâtisse pour y avoir habité "pendant vingt ans". En 1991, le zoo accueille ses premiers tigres blancs, une première en France. La fréquentation double et atteint pour la première fois 150 000 visiteurs par an. Au cours des années viennent les reptiles, les grands herbivores africains, les gorilles, les lamantins, les koalas... A l'heure actuelle, plus de 7000 animaux de 600 espèces différentes cohabitent au sein du zoo.


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Et c'est loin d'être fini, puisque l'année 2020, marquant les quarante ans du zoo, va voir l'ouverture de l'immense serre tropicale, "la petite véranda" de Rodolphe Delord, véritable "zoo dans le zoo". Ces agrandissements incessants vont-ils s'arrêter un jour ? "Non !" rétorque presque sans rire Sophie Delord, avec l'assurance joyeuse de ceux à qui rien ne peut arriver. "Quand il y a des routes, nous faisons des passerelles et des ponts pour les franchir. Un jour nous ferons peut-être même des souterrains et des grottes pour passer par-dessous !" En 2012, l'accueil à Beauval de deux pandas géants de Chine, pour la première fois en France, fait définitivement de la "petite volière" de Françoise Delord un parc incontournable.

 

Un réseau international de la préservation

L'agrandissement progressif du zoo ne s'est pourtant pas déroulé sans accrocs. Depuis plusieurs années, les zoos et les parcs aquatiques font l'objet de critique de la part d'associations de protection des animaux. "Dans la nature, les animaux peuvent parcourir des centaines de kilomètres, chercher leur nourriture, élever leurs petits, explorer, jouer et avoir des relations sociales complexes tandis que dans les zoos, leur vie est restreinte entre quatre murs", explique l'association Peta, qui revendique la fermeture des zoos.  Le succès du zoo attire aussi des convoitises criminelles : en mai 2015, sept tamarins-lions dorés, dix ouistitis argentés et deux tortues sont volés. Les animaux, extrêmement fragiles, ne seront jamais retrouvés.

Des critiques qui ont poussé les entreprises zoologiques à ré-orienter leur discours. Les zoos ne sont plus simplement des lieux de divertissement, mais aussi de préservation à l'exemple du zoo de Vincennes, qui a opéré une refonte complète entre 2008 et 2014. En 2016, le ZooParc de Beauval renonce à son projet de delphinarium après de vives protestations contre la captivité des cétacés.

Le zoo s'est donc investi dans son rôle d'avant-poste de la préservation des espèces et de l'environnement au sein d'un vaste réseau. La fondatrice Françoise Delord est d'ailleurs présidente d'honneur de l'Association française des parcs zoologiques (AFdPZ) tandis que Rodolphe Delord en est le président. Au-delà, Beauval est membre de l'EAZA et de la WAZA, les associations de zoos à l'échelle européenne et mondiale. Les parcs membres veillent notamment aux échanges entre établissements, à la réintroduction d'individus et à la diversité génétique des espèces nées en captivité. Pour enfoncer le clou de l'avant-gardisme écologique, Beauval a même installé en 2014 une unité de méthanisation afin de transformer les déchets animaux en énergie et en fertilisant.

Avec l'ouverture en 2020 du dôme tropical, le ZooParc de Beauval se prépare à souffler la quarantième bougie d'un gâteau où il s'est taillé la part du lion. Pôle touristique majeur dans le Loir-et-Cher et plus gros employeur de la vallée du Cher, ses espoirs ne paraissent pas devoir faner de sitôt. En tout cas, pas tant que les zoos garderont auprès du grand public leur image de dernier refuge pour des espèces de plus en plus menacées sur leur territoire d'origine. Si la bataille de la préservation de l'environnement s'avère ardue, celle de l'image semble bien gagnée.

 

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