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La branche professionnelle du bâtiment a fait de réels efforts ces dernières années en matière de salaire, de prévention des risques. Pourtant, les préjugés lui colle à la peau. Les métiers du bâtiment et des travaux publics ne séduisent pas les jeunes.
Nous sommes donc allés à la rencontre d’apprentis, garçons et filles (hé oui !) passionné.e.s, pour qu’ils nous racontent leur parcours et qu’ils nous disent ce qui les a poussés à franchir les portes du CFA bâtiment du Loiret.

Immersion

Notre immersion au CFA bâtiment du Loiret, situé dans le quartier de l’Argonne à Orléans, commence chez la directrice, Patricia Lacour. Dans son bureau, couvert d’affiches de publicité sur l’apprentissage et ses avantages, on remarque une affiche qui se distingue des autres. Il y est inscrit :

Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme de volonté.

Cela donne le ton de l’endroit... Patricia Lacour, travaille dans le secteur du bâtiment depuis 15 ans. D’abord elle-même apprentie, elle est aujourd’hui responsable du CFA. Cela fait 8 ans qu’elle dirige l’établissement de 400 apprentis. Elle est consciente de l’image parfois désuète que les jeunes peuvent avoir sur les métiers du bâtiment. Et ce n’est pas faute d’en faire la promotion. « Nous faisons une quarantaine d’opérations de communication par an. Forum emploi, portes ouvertes, intervention dans les collèges… tout y passe ». Pourtant il n’est pas rare de croiser encore des jeunes réticents à l’idée de se lancer. Parmi les préjugés, il y a la pénibilité du job, les charges lourdes à porter, la dangerosité des chantiers, il y a également les salaires ingrats ou encore la peur de ne pas trouver de chantiers sur lesquels travailler. Quand on lui objecte ces arguments, Patricia Lacour sourit malicieusement.

L’ouvrier et ses 50 kg de briques sur le dos c’est terminer depuis longtemps ! Ces dernières années, le secteur s’est modernisé, mécanisé.

Alors pourquoi cette image parfois négative du secteur ? Patricia a une explication.

« Nous sortons d’une crise de 10 ans. Les apprentis ont été les derniers impactés, juste après les intérimaires sur le marché de l’emploi. Pendant cette période, ils n’ont pas trouvé de patron, alors ils sont allés voir ailleurs. Mais ça y est depuis 2016, la reprise économique est enfin là. En septembre 2017, 39 offres d’apprentissage en entreprise sont restées non pourvues. Pour la rentrée prochaine, j’ai 80 offres qui attendent un jeune. »
Sur le métier d’ouvrier qualifié en bâtiment, beaucoup de choses ont évolué également selon Patricia. A commencer par la rémunération.

La branche a fait beaucoup d’efforts. Elle a voté une grille salariale qui place le salaire de l’apprenti à 40 % du SMIC quand il est à 25 % pour les autres secteurs !  

La sécurité est un enjeu important pour les sociétés de travaux publics. « Il y a une vrai prise de conscience et une vrai prévention des risques sur la gestion de la hauteur, des risques liés à l’amiante, le port de charge etc. » explique Patricia. « Terminer les charges lourdes aussi, aujourd’hui beaucoup de choses sont mécanisées, on travaille avec des imprimantes 3D. Les accidents mortels sur les chantiers sont en net diminution, selon elle.
En effet, les statistiques de la caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés (Cnam-TS) font état d’une baisse des accidents du travail, en 2017, dans le BTP. Le nombre de décès est en baisse de 13,8 %. Plutôt que les chantiers, ce sont notamment les trajets routiers pour rejoindre son lieu de travail et ceux réalisés en journée entre différents sites qui génèrent le plus d'accidents.
Enfin, le taux d’insertion sur le marché du travail est aujourd’hui de 80 %. Il n’est pas rare qu’un jeune ait une promesse d’embauche alors même que son apprentissage n’est pas terminé. Pour s’en convaincre, nous sommes allés vers eux dans les ateliers du centre de formation.

Les métiers du bâtiment réservés aux garçons ? En voilà une idée !

Mercredi matin, cours de d’histoire-géo pour une classe de futures peintres applicateurs de revêtement. Sur la petite dizaine d’élèves, trois sont des filles. Coralie, 15 ans et Madleen 17 ans, toutes les deux en première année du brevet professionnel, acceptent de nous parler de leur parcours.
Du sexisme, il y a en parfois, elles ne le nient pas. Il faut jouer des coudes pour se faire estimer.

Ma première journée sur un chantier ? Je me suis pris une main au cul ! 

nous dit Madleen, une grande blonde aux yeux marrons. « Ils faut les recadrer directe ! Sinon ils nous embêterons toujours. Il faut savoir se faire respecter. Malgré ma timidité, et le bâtiment m’a donné cette force, j’ai su m’imposer. Oui je travaille sur un chantier et oui je suis une femme et alors ? » raconte-t-elle déterminée.

La réaction des gens quand elles leur dit travailler dans le bâtiment ? (Rire) « Les gens sont très surpris et ont du mal à le croire, explique Coralie, petite rousse d’un mètre 60.
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Mais le plus dur finalement, c’est de convaincre un patron qu’on est légitime, qu’on est capable ! C’est pas parce qu’on est une fille qu’on peut pas porter un pot de peinture de 25 kg. Il faut parfois rassurer le patron qu’on n’a pas peur de se salir ! J’ai essuyé une vingtaine de refus avant de trouver un employeur !  

« C’est vrai que c’est difficile de convaincre au début, dit Madleen. Mais il faut s’accrocher, être tenace. Et puis quand on a trouvé l’apprentissage c’est super. »
Les jeunes filles semblent, en effet, épanouies dans leur orientation professionnelle. « Être assise en classe toute la journée ce n’était pas pour moi, raconte Madleen. J’avais besoin de faire quelque chose de manuel. Ici, je ne me sens pas comme une élève. Grâce à l’apprentissage (on est 1 semaine à l’école, 5 semaines sur les chantiers), je me sens comme une professionnelle. » Comment voient-elles leur avenir ? « Je ne me vois pas sur les chantiers à 50 ans, j’aimerais bien encadrer une équipe ou devenir architecte si je peux » dit Madleen. Coralie ne voit pas si loin elle. Ce qui l’obsède en ce moment ? Les futures olympiades des métiers qui se tiendront en fin d’année à Caen.

« L’apprentissage LA voie royale vers un emploi »

Dans la classe d’à côté des futures peintres en bâtiment, de futurs charpentiers sont en plein exercice. Leur formateur, s’appelle Bertrand Guilment. C’est un pilier si on ose dire. Cela fait 28 ans qu’il enseigne au CFA.
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 Ici, je m’adresse à des professionnels. On va essayer de casser le modèle scolaire, c’est-à-dire qu’ici quand on utilise un outil mathématique, c’est vraiment un outil qui va nous servir à travailler.

"Bien souvent, à l’école on fait des math ou du français sans trop savoir à quoi ça va nous servir. Aujourd’hui si on parle de pythagore, c’est parce qu’on a besoin de tracer un angle droit. Si on parle de Thalès, c’est pareil c’est pour une répartition des lames de volets par exemple. C’est vraiment des outils pour la caisse à outils des jeunes », explique Bertrand Guilment.
Longtemps considéré comme une voie de garage, l’apprentissage est devenu LA voie royale pour trouver un métier sous la présidence Hollande. Dans la continuité, Edouard Philippe a annoncé un plan avec plusieurs propositions en février 2018.

Je ne pousse pas les jeunes à choisir cette voie. On veut des jeunes motivés, dit Bertrand Guilment, des jeunes qui recherchent l’excellence dans leurs métiers. Nous n’avons pas besoin de jeunes spécialement en échec scolaire. 

Cyril, 19 ans est un des élèves de Monsieur Guilment. Il est très serein quant à son avenir. En dernière année de CAP charpentier, il a déjà dans la poche un CAP menuisier.  En apprentissage chez Servibois, il a déjà l’assurance d’un poste. « Cela va dépendre du salaire, dit-il dans un sourire ». Ce qui l’a décidé à choisir la voie de l’apprentissage ? « Ben déjà on a un salaire. On a la possibilité d’évoluer toute l’année en entreprise, c’est plus intéressant que de rester en classe. » A-t-il un conseil pour un jeune qui hésite à se lancer ? « Il faut y aller, c’est une manière beaucoup plus facile d’apprendre un métier et d’avoir les bonnes bases pour rentrer dans la vie active ! »