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Le 23 avril 2013, la loi qui visait à étendre le mariage aux couples homosexuels était votée. Cinq ans plus tard, opposants et partisans décrivent une situation apaisée. 

"A l'époque, je suis allé au mariage d'un couple d'amis. Ils avaient passé 70 ans, pas d'enfants, pas de patrimoine. J'ai demandé pourquoi ils le faisaient. Mon ami m'a répondu : "Je suis vieux, je suis malade, je vais mourir bientôt. Je ne veux pas qu'il soit marqué célibataire sur mon certificat de décès, alors que j'aurais vécu 37 ans avec Marcello." Si je l'avais su avant, ça m'aurait fait un bon argument..."

Au centre, Christophe Desportes-Guilloux, lors de la Marche des fiertés d'Orléans, en 2016. / © Facebook / Thomas Photographie
Au centre, Christophe Desportes-Guilloux, lors de la Marche des fiertés d'Orléans, en 2016. / © Facebook / Thomas Photographie

Il y a cinq ans : "dignité" contre tradition

Encore un peu ému, Christophe Desportes-Guilloux. A l'époque où la loi sur le mariage pour tous entre dans le débat public, le militant orléanais porte une double casquette. Il est référent "lutte contre les discriminations" au sein du Groupe Action Gay et Lesbien (GAGL) du Loiret, et est en fonction au sein d'un groupe associé au parti socialiste, "Homosexualités et socialisme".

Il milite pour l'adoption de cette loi. Selon lui, c'est une question non pas seulement d'égalité, mais aussi de dignité. "Certains opposants au mariage pour tous considéraient que deux personnes homosexuelles ensemble ça ne forme pas un couple. Qu’il n’y a pas de projets, pas d’avenir, pas de légitimité. Pas de dignité, en fait."

La trame de la loi sur le mariage pour tous.  / © Gouvernement.fr
La trame de la loi sur le mariage pour tous. / © Gouvernement.fr

Opposition plus ou moins violente... et plus moins sincère ​

En face de lui et ses alliés, l'opposition qui prend plusieurs formes. La première violente, absurde. "On est venus taguer ma porte, le siège PS, le groupe GAGL... Sur ma porte, c'était des insultes homophobes, ou des slogans comme : "t’as eu un père et une mère, à bas le mariage homo". C'est très fin comme vous voyez. Mais je n'ai jamais eu ces opposants face à moi. J'ai le sentiment que ces acteurs-là étaient plutôt lâches."

Il y a ensuite l'opposition des associations religieuses, notamment les associations familiales catholiques, qui se sont "jetées dans la bataille, avec leurs finances. On n'était pas de taille contre ça."

Une manifestation contre l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, en 2013, à Orléans.  / © PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE
Une manifestation contre l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, en 2013, à Orléans. / © PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE

La dernière, c'est évidemment une opposition politique, qui semble plus schématique : à gauche, on est pour ; à droite, on est contre. Mais derrière les postures, ça se complique. "Certains élus, au fond, se foutaient un peu d'étendre le mariage, mais ne voulaient pas voter pour, parce que leurs électeurs n'auraient pas compris. Il y en a qui me l'ont dit droit dans les yeux."

Le grand pouvoir​ du quotidien

Et puis la loi passe, les grands discours aussi. On se fait pragmatique.

Jacqueline Gourault est ministre auprès du ministre de l'intérieur Gérard Collomb. Elle a été pendant 25 ans maire de La Chaussée-Saint-Victor, dans le Loir-et-Cher, puis conseillère régionale du Centre et conseillère générale du Loir-et-Cher. 

En 2013, elle s'exprime contre la loi Taubira. "Ma position exacte était de supporter l’union civile c’est-à-dire un prolongement du PACS, que notre société réclamait à juste titre étant donné l’évolution des situations familiales, explique-t-elle à France 3. J'étais plus embêtée par le terme "mariage", parce que je pensais que ça pouvait heurter les consciences d’un certain nombre de gens. Mais je n'étais pas une militante de ce sujet dans un sens ou un autre." 

La ministre Jacqueline Gourault, à la sortie du conseil des ministres, avril 2018.  / © MAXPPP
La ministre Jacqueline Gourault, à la sortie du conseil des ministres, avril 2018. / © MAXPPP

Absente lors du vote final, elle est en revanche présente pour le vote du premier article de la loi. "La violence verbale pendant les débats m'a presque poussée à dépasser ce que je croyais, c’est-à-dire à voter pour. Je condamne tous les excès qu'il y a pu avoir pendant cette période." 

Aujourd'hui, pour elle, plus question de revenir sur ce point. "Je ne reviens pas sur ce que j’ai dit au moment où je l’ai dit, mais je ne reviendrai pas sur cette loi non plus. C'est voté, c'est du passé, et maintenant, c'est la loi."

Elle n'est pas la seule à s'être rangée derrière les textes, selon Christophe Desportes-Guilloux. 

"Dans le Loiret, à l’époque, le député maire d’Orléans Serge Grouard, avait voté contre, disait qu’il se sentirait mal à l’aise s’il devait marier ces couples. Au final, il n’y a jamais eu le début du commencement d’un problème pour célébrer un mariage homosexuel. L’année dernière, il y avait un à deux mariages homosexuels par mois. C’est la routine."

Est-il toujours autant invité à ces mariages, lui qui écrivait en 2013 ces histoires de vie particulières au milieu de tous ces rites centenaires et un peu ridicules ? "Je vais seulement au mariage de mes amis maintenant ! rit-il. Mais souvent, pour les gens, ça reste leur premier mariage homosexuel. On entend des "Oh, bah c'est un mariage comme les autres." Ça rend banale la question de l'homosexualité, dont on est pas obligé de faire tout un plat en permanence."