Black Lives Matter Orléans : la manifestation et ses répercussions

Les messages étaient nombreux, à Orléans, dans le Loiret. Tous, contre le racisme et les violences policières. 

© Image Florian Branchoux

"I can’t breathe". C’est sans aucun doute le message le plus glaçant lu sur les pancartes hier. Les derniers mots de George Floyd avant de mourir étouffé sous le genou d’un policier de Minneapolis, dans le Minnesota, le 25 mai dernier. Cette exécution filmée, abominable à regarder et pourtant vue par le monde entier, est suivie quelques jours plus tard par un nouveau rebondissement dans l’affaire Adama Traoré. Une contre-expertise confirme la mort cet homme de 24 ans, à la gendarmerie de Persan (Val-d'Oise) en juillet 2016, par asphyxie suite aux compressions thoraciques exercées par les gendarmes.

Ces deux drames ont rouvert des plaies, à peine refermées. George Floyd et Adama Traoré sont érigés en symboles des violences policières et du racisme. Plusieurs milliers de personnes se reconnaissent dans ces immondices, plusieurs autres milliers ne supportent plus l’idée d’une société comme celle-ci. Réunis, cela forme des mouvements de contestation d’un bout à l’autre de la planète, comme à Orléans, hier soir.

Plus de 2000 personnes se sont réunies à l’appel du tout jeune mouvement Black Lives Matter Orléans. (Littéralement« Les vies noires comptent »).

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"Nous sommes dans la continuité de ce qui se passe aux Etats-Unis et à Paris, explique Etienne, lycéen de 17 ans à l’origine du rassemblement pacifique. Nous voulons essayer de sensibiliser les gens et de changer les choses à notre échelle. Hier, j’ai vraiment senti que les gens étaient avec nous par conviction".

Gabrielle, elle aussi membre du BLM Orléans, renchérie. "Il faut ouvrir les yeux sur le racisme et les violences policières. C’est aujourd’hui rentré dans les mœurs et plus personne ne le voit".

 

Ces derniers mois, nous parlions beaucoup de l’épidémie de Covid que nous subissons. Aujourd’hui, une autre pandémie est mise en lumière : celle du racisme.

Sommes-nous capables de lutter massivement contre ce virus mental comme nous le faisons avec le virus sanitaire ? 
Sommes-nous capables de répondre à des centaines d’années d’oppression envers les personnes noires ?



Deux fléaux

 

"On en est capable oui, mais ça va être extrêmement dur, regrette Ali Jefrani, président de l’association "Stop aux discri » du Loiret. Quand on voit le CSA qui autorise certaines personnes à déverser leur haine sur les plateaux télé sans rien dire et que les gens le prennent comme argent comptant, on n’est vraiment pas sur la bonne voie. (Eric Zemmour sur CNews "On en est à ce que des Blancs s’agenouillent devant des Noirs. On en est là aux Etats-Unis. Ils leur demandent pardon"). D’un autre côté, quelle joie de voir que le peuple se réveille. La marche d’hier est une lutte que l’on ne doit pas arrêter. Après, je mentirais si je disais que je n’avais pas de doute… Il y a toujours eu du racisme, il y en a toujours et il y en aura toujours je pense. On renvoie les gens à leurs origines… On s’en fou, on est français point final ! Est ce que les français noirs et bronzés se font plus contrôlés que les blancs ? Oui c’est un fait. Typiquement, je suis systématiquement controlé par la police mais comme il est difficile de prouver que le contrôle au faciès existe, les gens ne le sauront jamais. Quand j’entends Christian Jacob dire qu’il n’y a pas de racisme dans la police, là franchement je me demande s’il est idiot ou complètement déconnecté des réalités".

Dans son rapport annuel remis en 2018, le défenseur des droits, Jacques Toubon, avait tout de même pu aborder la question des contrôles au faciès. D'abord, les jeunes entre 18 et 24 sont bien plus souvent contrôlés que la moyenne. Plus problématique : "Parmi cette population, pour la même période, les jeunes hommes qui déclarent être perçus comme noirs, arabes/maghrébins sont tout particulièrement concernés : 80 % d'entre eux rapportent avoir été contrôlés au moins une fois par les forces de l'ordre."

Le déroulement de ces interpellations est souvent plus violent. Les jeunes hommes de couleur "témoignent en outre de relations plus dégradées avec les forces de l’ordre et font état de tutoiements (40 % contre 16 % de l’ensemble), d’insultes (21 % contre 7 % de l’ensemble), ou de brutalités (20 % contre 8 % de l’ensemble) subis lors du dernier contrôle". 

A l'occasion de la sortie de son nouveau rapport annuel, ce 8 juin, Jacques Toubon a rappelé la "réalité sociologique" de ces contrôles au faciès. Il a également déclaré auprès des médias avoir "demandé des sanctions qui souvent ne viennent pas" pour des policiers coupables de violences.

Les violences policières sont pointées du doigt

L’un ne va donc pas sans l’autre ? Les violences policières sont-elles une conséquence du racisme ?

"Quand on est marqué par des stigmates, on est plus à même de se faire contrôler par "des" policiers qui veulent faire des excès de zèle. C’est très difficile de prouver le racisme lors des violences policières, et puis, même avec des preuves on arrive à avoir des non lieux alors on y croit plus, regrette Ali Jefrani. En revanche, et j’insiste dessus, on demande de ne pas faire d’amalgame alors n’en faisons pas non plus. Les policiers violents, c’est comme le cancer : c’est une minorité qui fait du mal à une majorité. Ne faisons pas de généralités. Il y a beaucoup de très bons policiers mais leur travail est détruit par certains autres".

Difficile d’encaisser toutes les récentes accusations pour Bruno Berger, d’Alternative Police.

"On est choqué de l’ampleur que cela prend. C’est complètement illusoire de calquer l’image de la police américaine sur la police française ! Aux Etats-Unis il y a les armes à feu, beaucoup plus de violences et les policiers ne sont pas recrutés de la même manière. Je ne sais pas qui n’est pas choqué par ce qui s’est passé avec George Floyd, je n’ose même pas repenser à cette atrocité. Mais ça n’a rien à voir avec des interventions ici. J’entends que des policiers ont peut-être dérivé mais nous sommes les premiers à dire qu’ils n’ont rien à faire dans la police et qu’ils doivent être sanctionnés. Il faut vraiment arrêter les raccourcis parce-que ce n’est pas juste envers la grande majorité des agents". 

Tolérance zéro

Christophe Castaner a justement voulu montrer que le problème était pris au sérieux par le gouvernement. "Je refuse de dire que l’institution est raciste, mais oui, il y a des policiers racistes (…) J’ai demandé à ce qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes." Le premier flic de France a également ordonné l’abandon de la méthode d’interpellation policière controversée de la prise par le cou, dite de l’étranglement. "Personne ne doit risquer sa vie lors d'une interpellation. C'est une méthode qui comportait des dangers", et rajoute qu’il sera dorénavant interdit de "s'appuyer sur la nuque ou le cou" d'une personne pendant une interpellation.

Des déclarations difficiles à encaisser chez les forces de l’ordre.

"Puisque le policier est raciste et violent, nous avons décidés de ne plus interpeller les gens qui sont véhéments et qui s’opposent à leur interpellation, s'indigne Bruno Berger. Si maintenant le gouvernement ne nous soutient plus, tant pis pour eux. On en a marre d’être de la chair à canon. (…) Les annonces ministérielles pour lutter contre le racisme apparaissent comme une véritable stigmatisation de la police nationale et la volonté d’une chasse aux sorcières".

Le gouvernement semble donc sous pression… de tous les côtés. La mort de George Floyd a visiblement allumé une étincelle. Heureusement, la manifestation orléanaise s’est, elle, déroulée dans le calme hier et ses organisateurs espèrent renouveler l’opération dans la même ambiance.

"On aimerait planifier de nouvelles marches pacifiques mais nous n’arrivons pas à voir plus loin pour le moment, conclut Etienne. Nous allons voir comment évolue le mouvement nationalement mais ce qui est sûr, c’est que malgré les propositions politiques que nous avons eues, nous ne souhaitons pas être rattaché à un parti politique".
 

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