Les boutiques de prêt-à-porter d’Orléans à l’épreuve du déconfinement

Après deux mois de fermeture, ils attendaient impatiemment de pouvoir faire repartir leur activité, mais ce lundi 11 mai, les gérants des magasins de vêtements doivent composer avec les multiples et contraignantes consignes sanitaires.

Image d'illustration / Les commerçants prêts à rouvrir après le confinement.
Image d'illustration / Les commerçants prêts à rouvrir après le confinement. © Philippe Lavieille/LE PARISIEN/MAXPPP
Habituellement il n’ouvre pas le lundi, mais ce 11 mai 2020, Cyril n’aurait pour rien au monde laissé sa petite boutique "Le shop" fermée un jour de plus. A 9h, il est déjà en train de "courir après un livreur", rit-il. "Je veux vraiment être le premier symboliquement dans ma rue à ouvrir", explique-t-il essoufflé. "Parce que j’attendais que ça ! Il fallait vraiment que j’ouvre parce que je suis très proche de ma clientèle et, pour celles qui vont aller travailler ce matin et qui veulent être là entre midi et deux, je voulais vraiment être là."

Vapeur, gel hydroalcoolique, masques et quarantaine

Pour pouvoir rouvrir, Cyril ne lésine pas sur la sécurité : 3 personnes maximum dans sa boutique,  installation de gel hydroalcoolique, masques pour le personnel et pour les clientes qui auraient oublié d’en prendre, bombe désinfectante spécial surfaces et textiles à chaque passage en cabine : "le gel, c’est aussi moi qui le verserait dans les mains des clientes en entrant et en sortant pour éviter que tout le monde touche le flacon", explique le gérant, qui va également passer tous les vêtements essayés à la vapeur : "J’ai beaucoup de pièces uniques donc c’est contraignant pour les petites boutiques comme moi de mettre les vêtements en quarantaine, mais je vais désinfecter à mort et laisser reposer 3 heures."
 
Dans la boutique de Cyril, tout est prêt pour accueillir les clients
Dans la boutique de Cyril, tout est prêt pour accueillir les clients © Cyril "Le Shop"

Des mesures contraignantes mais pas suffisamment pour démotiver Cyril. Si les pièces sont de taille standard, le service lui est "sur-mesure", avec des rendez-vous pour des essayages privés possibles jusqu’à 21h pour celles "qui ne veulent vraiment pas partager la cabine avec d’autres", détaille le propriétaire. "Il faut s’adapter, se réinventer".

Cyril, qui a ouvert sa boutique il y a 4 ans dans le centre-ville d’Orléans, est plutôt confiant pour cette réouverture, fort d’une activité qui n’a pas cessé durant le confinement. Il a en effet organisé des ventes en live toutes les 2 semaines sur les réseaux sociaux et livré les vêtements à ses clientes. "J’ai fait 300 livraisons environ ! Parfois j’avais 25 commandes dans une journée ! Ça me donne un "boost" supplémentaire".
 
Samedi, il envisage aussi de se mettre en scène pour accueillir ses clientes tout en rappelant les règles sanitaires élémentaires : "Je vais mettre un déguisement de sumo gonflable pour marquer "la distanciation", et parce qu’il faut bien aussi un peu rigoler ".

Ouverture décalée et sens de circulation dans le magasin

Autre rue orléanaise, autre boutique bien connue des fashionistas : "Le nouveau magasin" qui ce matin, avait encore son rideau baissé. L’enseigne de 300 mètres carrés ouvrira demain mardi comme à son habitude, mais aussi aujourd’hui pour pouvoir prendre le pouls de la fréquentation en centre-ville. "On a allégé l’équipe, on en laisse en chômage partiel en attendant de voir comment ça va se passer. Il y a un peu de monde en ville, plus de gens qui se baladent avec des paquets mais pas grand monde dans les magasins", constate Audrey, la responsable.
 
Le temps aussi d’aménager le magasin qui permet, grâce à sa taille, de faire entrer jusqu’à 12 personnes simultanément. Un avantage mais aussi un inconvénient pour maintenir les mesures de distanciation sociale. Alors outre les lavages de mains, port du masque, lavage à la vapeur et mise en quarantaine des vêtements essayés, le magasin a également condamné une cabine sur deux et mis en place un sens de circulation : "On a réaménagé pour faire un circuit avec des marquages au sol pour ne pas que les gens se croisent ou reviennent en arrière", explique la responsable.
 
Installation du sens de circulation dans la boutique.
Installation du sens de circulation dans la boutique. © Audrey, "le nouveau magasin"

La boutique a aussi mis en place un système de rendez-vous le matin de 10h à 13h "pour les gens qui appréhendent le plus de sortir. Mais si les créneaux ne sont pas complets, on pourra faire entrer un nombre de personnes supplémentaires", et elle a réduit ses horaires d’ouverture : "On ferme le soir à 18h car, comme les bars et les restaurants sont fermés, on n’aura pas beaucoup de monde… mais on reste dispos jusqu’à 19h 30 si des gens veulent un rendez-vous. On s’adapte en fonction des besoins", explique Audrey.

"On va s’adapter par rapport à ce qui va arriver, par rapport à la fréquentation qu’il va y avoir"

Dans sa boutique spécialisée dans les costumes de cérémonie et non moins connue des Orléanais, Alain Liger attend le client qui "ne se bouscule pas" ce lundi. Ouvert à 14h, le commerçant comptabilise pour l’instant 3 clients et 6 pièces vendues, "de bons clients sont venus", explique le patron, qui durant le confinement, avait mis en place un système de chèques à venir dépenser à la réouverture.

Ici, pas de rendez-vous pour venir essayer, les 300 mètres carrés du magasin permettant le respect des distanciations sociales. Simplement, le gérant n’acceptera pas plus de clients dans la boutique que de vendeurs disponibles "pour ne pas laisser les gens se balader seuls et toucher à tout".

En plus du désinfectant à l’entrée et du masque obligatoire, Alain Liger a équipé ses salariés de masques chirurgicaux et commandé à une couturière 5 masques en tissu lavable pour chacun : "Ils ont pu choisir le tissu et les customiser ". Il est aussi allé acheter ce matin "un vapo supplémentaire" pour assainir les vêtements essayés et il applique, de manière générale, les bonnes pratiques publiées par la Fédération nationale de l’habillement dont il est le président en Centre-Val de Loire.
 

On essaye aussi de rattraper pas mal de choses. On a dû refaire les vitrines, les livraisons des collections sont en retard à cause du confinement et vont arriver donc il faut les gérer.

Alain Liger lui-aussi a provisoirement réduit ses équipes. Cet après-midi, ils étaient 5 en magasin, patron compris : "On va s’adapter par rapport à ce qui va arriver, par rapport à la fréquentation qu’il va y avoir", explique ce dernier. "Dans l’équipe, il y a à la fois la joie de reprendre le boulot ce matin, mais aussi de l’appréhension".
 
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