"Ça va finir en drame ! ", Un réseau d’aide à l'hôpital pour sortir de la spirale de la violence conjugale

Depuis 2015, à l'hôpital de Saint-Malo, des soignants reçoivent et donnent la parole à des victimes de violences familiales.

Chaque vendredi matin dans une petite salle anonyme de l'hôpital de Saint-Malo, des femmes viennent raconter à un médecin qui les écoute, les violences conjugales dont elles sont victimes. Un premier contact, un pas gigantesque pour celles qui subissent parfois depuis de longues années, sans rien dire, les injures, les menaces et les coups.

La peur, la honte, la culpabilité de livrer leur vie familiale, tout les retient. Jusqu’au jour où quelqu’un leur tend la main, avant qu'il ne soit définitivement trop tard, pour sortir de cet enfer.

Le personnel soignant de l'hôpital est formé pour aller au-devant des patientes, en leur posant des questions personnelles, plus ou moins directes, susceptibles d'accueillir une confidence. Un réseau d'aide composé de médecins, d'infirmiers, de membres du service social, des urgences et du service pédopsychiatrie.

Un affichage contre les violences conjugales les informe de l'existence de consultations gratuites et anonymes. Dans son documentaire "S'il sait que je suis là, il me tue", la réalisatrice Brigitte Chevet fait écho de ces échanges qui ont su fendre le silence et ouvrir la parole.

Les mots qui font mal

Rien ne justifie de subir, dénigrement, insultes et injures au sein de son foyer. Vivre au quotidien dans ce climat entraîne une perte de confiance en soi. Un déséquilibre et des repères mouvants qui se modulent au fil des changements d'humeur de son conjoint. À disposition, sa compagne n'a pas le droit d'exister en dehors de son contrôle. Toute initiative est impossible, morte dans l'œuf, tant qu'elle n'est pas validée et remodelée par celui qui sait !

Une nouvelle coiffure, le choix d'une tenue, d'une sortie, la liste des courses, tout et n'importe quoi. Le mot de la fin appartient toujours au même. "Il fallait toujours écouter, aller dans son sens." Peu à peu, la personnalité de la victime s'efface, se fond dans ce modèle imposé, qu'elle subit, pour esquiver une bataille perdue d'avance. "

Je ne fais jamais les choses assez bien, jamais, jamais !

Victime de violences conjugales

Des mots d'amour et des insultes au fil de 300 messages dans la même journée. L'interdiction de voir les siens, l'obligation de se filmer à un endroit précis pour prouver que l'on est bien là, à tel moment.

Comment aller à sa propre rencontre quand tous les chemins sont envahis par des ronces blessantes ? "Il est tout le temps dans ma tête", omniprésent, même quand il n'est pas là, il prend toute la place et bâillonne cette petite voix censée être propre à chacun.

Chaque reproche martelé laisse une blessure qui s'infiltre comme un poison et brûle à petit feu l'estime de soi. Le jugement de l'autre prend le dessus. "Je me dis que c'est lui qui a raison, il te traite de merde, de sous-merde parce que tu en es une, c'est vrai que tu ne fais pas les choses correctement." Sous influence et sous emprise, dans la culpabilisation et intoxiquée par des paroles dégradantes et un fonctionnement aliénant, la victime a perdu tous repères. "Il se comporte comme un gourou", fait le vide autour du couple pour mieux s'approprier sa proie.

"Ce soir-là, il m'a giflée fortement."

Avec les mots, le premier geste, une empoignade, une gifle... La spirale de la violence ne s'arrêtera plus. L'alcool est un bien mauvais ami qui réveille les démons. Les blessures du passé, une fracture ouverte qui n'a pas pansé les douleurs d'hier. Les excuses sont souvent les mêmes, mais rien ne justifie de trouver un exutoire en violentant sa compagne. Toutes les classes sociales sont concernées, des cités, des villages et campagnes, aux beaux quartiers.

Entre ces crises, hors de ces murs, bien souvent, rien ne laisse imaginer ce cauchemar. La victime se persuade maintes fois, qu'elle est en partie coupable de ce qu'on l'accuse. Le fautif présente ses excuses, promet que cela ne se reproduira plus.

Jusqu'à la prochaine fois !

Le chantage au suicide est une arme qu'il manie en désespoir de cause quand sa chose risque de lui filer entre les doigts. Une tactique qui a fait ses preuves !

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Les cycles de la violence ©France télévisions

Une emprise, une épée de Damoclès qui s'abattra tôt ou tard, au moment parfois où elles s'y attendent le moins.

Aimer, ce n'est pas ça ! Ce n'est pas posséder, contrôler, maîtriser, commander et punir. Aimer, c'est tout le contraire, mais ils sont si nombreux à être persuadés du contraire. Parfois, elles n'ont jamais rien connu d’autre que cette relation toxique pendant dix, vingt ans et davantage encore.

Entre les crises, c'est un autre homme, "C'est quelqu'un d'extrêmement gentil et bienveillant, le cœur sur la main dans cette phase de lune de miel."

"Le truc est là, c'est que je l'aime."

Faire voler en éclats ce semblant d'équilibre complètement chaotique. Se positionner en dehors de son cercle d'influence. Prendre l'initiative pour ne plus subir. Il en faut du courage ! Mais bien qu'elles en doutent souvent, elles n'en manquent pas !

Quand j'ai crié au secours, il a eu un moment de frayeur et il a dit : "Pourquoi tu as fait ça ?

Victime de violences conjugales

Parce qu'il faut que ça s'arrête avant qu'il ne soit trop tard, pour soi et pour les enfants qui subissent cette violence familiale. "J'ai peur, je me dis que ça va dégénérer, que mes enfants vont m'en vouloir de porter plainte contre leur père. ","Je vais devenir la méchante."

Dans cette ambiance familiale, les enfants ne sont pas dupes, et même s'ils ne sont pas directement attaqués par les brimades, la violence verbale et physique, ils la subissent ! Les enfants savent, les enfants sont témoins et ils en souffrent. Ce sont même souvent eux, quand ils sont plus âgés qui poussent leur mère à porter plainte.

Ma fille maigrit à vue d'œil, mon fils ne parle plus, ne se lève plus, ne se lave plus. Il va péter un plomb et je crains qu'il s'en prenne à son père.

Victime de violences conjugales

Rien ne changera sans action, toutes les promesses sont vaines, il ne suffira pas d'y croire ! Maintenir le cap et sortir du silence pour se faire entendre et trouver de l'aide. Marquer un stop pour ne plus accepter l'inacceptable, pour poser des limites.

Le dépôt de plainte est fait pour ça. Il n'est pas contre vous, il est là pour vous protéger, pour qu'il arrête.

Docteur Boué

Si vous êtes vous aussi victime ou témoin de violences faites aux femmes, appelez-le 3919.
Le numéro est gratuit, anonyme et accessible 24h/24 et 7j/7.

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Témoignage d'une victime dans le cabinet du docteur Bouet ©France télévisions

Combien de femmes vivent dans un climat de violence et de terreur, poussées à bout par leur conjoint ?

"Une femme sur 10 est victime de violences au cours de sa vie. Un tiers de ces violences apparaissent au cours du premier trimestre de la grossesse. Une femme sur 10, c'est nous, c'est autour de nous, c'est la boulangère, la voisine du dessus... Aux urgences, c'est une par garde. "

Ce parcours de soins à l'hôpital est primordial, parce que le monde de la santé à un rôle à jouer. Aller au-devant des victimes, être à l'écoute, ne pas se contenter d'un "Je suis tombée dans l'escalier" et ouvrir un dialogue pour aller au-delà des soins ciblés. "Ne pas passer à côté de cette femme prise en charge pour son cancer, battue à chaque retour de sa chimiothérapie". Détecter la maltraitance, puis la signaler aux services compétents, aux forces de l'ordre. "En tant que soignant, ne rien faire, c'est cautionner la violence."

Un violentomètre affiché dans la salle d'attente et le service permet aux patientes d'évaluer et de se positionner par rapport au curseur de la violence dans leur relation. Il est aussi distribué sur les points de prévention et d'informations.

S'il le faut et pour les déculpabiliser, la plainte peut être déposée par un tiers au sein de l'hôpital. "C'est un signalement, c’est-à-dire que c'est nous qui prévenons le parquet madame, parce que pour nous, c'est grave. Vous n'êtes plus seule."

Les victimes sont en grande majorité des femmes, mais des hommes, eux aussi subissent, sans mot dire la violence physique et psychologique de leur compagne. Une situation qui met à mal leur virilité et les réduit, au silence.

" S'il sait que je suis là, il me tue", un documentaire de Brigitte Chevet produit par France 3 Bretagne Squawk, Aligal, à voir ce jeudi 7 mars à 23 h sur France 3 Centre-Val de Loire et à revoir sur france.tv.

 

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