CARTE. Punaises de lit : comment combattre cette invasion silencieuse qui progresse en France ?

Éradiquées dans les années 1950, les punaises de lit font leur retour dans de nombreux pays développés depuis les années 1990. En France, la population et les collectivités se retrouvent désarmées.

Quand elles sont chez vous, vous ne les voyez pas tout de suite. Et quand vous les apercevez, il est déjà trop tard. Très vite, vous retrouvez leurs œufs partout. Dans vos draps, sous votre matelas, dans les interstices de vos murs et de vos entrées d'aération.

La nuit, vos rares heures de sommeil ne vous apportent que des rêves de lance-flammes, alors qu'elles rampent le long de vos jambes pour sucer votre sang. Malheureusement, cette scène digne d'un film d'horreur n'a rien d'une fiction, comme le savent les quelques millions de Français à avoir fait l'expérience d'une infestation de punaises de lits.

"Dévorés par les insectes"

Longtemps considérée comme un problème secondaire, elle pourrit la vie d'un nombre croissant de nos compatriotes. À cause de leurs piqûres, mais surtout parce qu'il est extrêmement difficile de s'en débarrasser. À la rentrée 2022, la présidente de l'association O'Sem, qui vient en aide aux étudiants d'Orléans, s'alarmait de résidents du CROUS réveillés "toutes les nuits à cause de piqûres, vers 3-4h du mat'" et "dévorés par les insectes".

En cette rentrée 2023, la situation n'est guère plus brillante, des étudiants logés par le CROUS d'Orléans témoignent déjà de cas d'infestations, explique Jean Karkach, élu UNEF et représentant étudiant au CROUS. "Certains étudiants vivent un vrai calvaire", poursuit-il, pointant du doigt des efforts de traitements insuffisants, appartement par appartement, qui permettent dans certains cas aux parasites de revenir quelques mois après avoir été exterminés. "On a le sentiment que le CROUS n'a toujours pas pris la mesure du problème."

Un problème de santé publique

De fait, loin d'être un phénomène isolé, l'invasion de punaises de lit risque de devenir un urgent problème de santé publique. Quasiment invisible en journée en raison de son caractère nocturne et de sa petite taille, la punaise de lit est un parasite dont la présence ne se révèle en général que lorsqu'il est trop tard.

Incroyablement tenace et capable de se reproduire à un rythme très élevé, la punaise de lit charrie en outre des pathogènes et provoque de très désagréables démangeaisons. Sans compter les effets psychologiques entraînés par sa présence : insomnies, anxiété, voire dans certains cas paranoïa et dépression.

Selon un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) daté de juillet 2023, jusqu'à 10% des logements ont été infestés entre 2017 et 2022. Plus récemment, les premières semaines de septembre ont vu fleurir des témoignages concernant des salles de cinéma, des hôpitaux, des trains régionaux ou des TGV, comme le montre une vidéo devenue virale et tournée dans au cours d'un trajet Paris-Lille-Flandre par une voyageuse.

Parmi les enseignements de cette enquête, on constate que les critères de salubrité ou de revenu du ménage ne sont pas forcément pertinents pour expliquer cette expansion. En revanche, vivre en appartement, en tant que locataire, et dans certaines régions de France expose davantage au risque.

Pour repérer les régions les plus sensibles au phénomène, les auteurs de l'étude se sont appuyés sur différents critères, comme le nombre d'entreprises spécialisées dans la désinsectisation et spécifiquement dans la lutte contre les punaises de lit. Ils ont aussi pris en compte, grâce à Google Trends, les territoires où l'on cherchait le plus des informations ou des traitements contre cet encombrant parasite.

Il ressort en revanche de cette étude que la densité de population et le tourisme expliquent en grande partie la prévalence des punaise de lits dans certains départements. Ainsi, en Centre-Val de Loire, le Loiret, département plus dense et proche de la région parisienne, est en première ligne. Nationalement, certains départements peu denses, mais qui voient de forts mouvement touristiques, comme la Lozère ou la Haute-Corse, s'avèrent aussi particulièrement exposés.

Comment se débarrasser des punaises de lits ?

Pour lutter contre les punaises de lits, plusieurs possibilites de traitement sont explorées par l'Anses. Les méthodes "physiques" comme la congélation des vêtements et des petits objets, comptent parmi les plus efficaces. Mais lorsqu'un logement entier est infesté, la mise en œuvre de solutions chimiques devient nécessaire. Coûteuses, ces solutions nécessitent souvent le relogement des habitants en raison de leur toxicité pour l'être humain et les animaux domestiques.

Mais il manque encore, rappelle l'Anses, une véritable politique de santé publique axée sur les punaises de lit. En 2019, la députée LFI Mathilde Panot avait déposé une résolution pour un plan d'urgence de prévention et de lutte contre les punaises de lit. En mars 2022, le gouvernement a lancé un "premier plan interministériel", suivi d'une campagne de communication en juin 2023.

Or, à défaut d'une politique sanitaire musclée, la charge de l'éradication des punaises de lit retombe sur des particuliers ou des institutions locales déjà débordées. Pour reprendre l'exemple des logements étudiants, l'Anses explqiue que "les CROUS supportent entièrement la charge financière associée à la mise en œuvre de la lutte contre les punaises de lit", depuis la désinsectisation jusqu'à la remise en état des locaux en passant par le relogement des résidents.

À l'inverse, ces mêmes CROUS "ne bénéficient d'aucune aide d'État spécifique à la lutte contre les punaises de lit". Aurement dit : on peut toujours se gratter.

L'actualité "Société" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Centre-Val de Loire
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité