Covid-19 : qui est Nadine Touzeau, la "profileuse" loirétaine qui apparaît dans le documentaire polémique "Hold-Up" ?

Sorti le 11 novembre dernier sur la toile, le documentaire Hold-Up défend la thèse d'un complot mondial autour de la pandémie de Covid-19. Très controversé, il donne notamment la parole à la "profileuse" loirétaine Nadine Touzeau, condamnée en 2014 pour escroquerie et tentative d'escroquerie. 

Nadine Touzeau avait été condamnée en 2014 à 4000 d'amende avec sursis, plus 2500 euros de dommages et intérêts.
Nadine Touzeau avait été condamnée en 2014 à 4000 d'amende avec sursis, plus 2500 euros de dommages et intérêts. © MAXPPP / Jean Louis Borderie.
Musique angoissante, montage rythmé et punchlines chocs : tous les ingrédients sont réunis pour tenir le spectateur en haleine. Disponible sur Internet depuis le 11 novembre dernier et financé par des cagnottes en ligne, Hold-Up - Retour sur un chaos fait intervenir pendant 2h43 un grand nombre de "spécialistes" face caméra.

Selon les mots du journaliste Pierre Barnérias, qui a réalisé ce documentaire en collaboration avec les producteurs Nicolas Réoutsky et Christophe Cossé, cette production a pour ambition de lever le voile sur "une carence d'infos et une manipulation assez grotesque de l'opinion publique" autour de la pandémie de Covid-19. Or, ce parti pris est loin de faire l'unanimité : sur la toile, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer un film complotiste.

Et pour cause : parmi les intervenants, on retrouve des personnalités controversées, à l'image de Christian Perronne, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches et fervent défenseur des théories du professeur Didier Raoult, ou encore de l'ex-députée LREM Martine Wonner, médecin psychiatre, qui a affirmé à plusieurs reprises que le port du masque était inutile. 

Nadine Touzeau, une "experte" loirétaine en sciences du comportement à l'écran

Dans le documentaire, notre attention s'est portée sur la Loirétaine Nadine Touzeau, l'une des dernières personnes à apparaître à l'écran : sur les images, cette prétendue "profileuse", qui affirme avoir acquis sa renommée grâce à son don pour les "profils sur image", se voit confier les photos de deux hommes influents dans la gestion de la crise sanitaire. Elle explique ne jamais avoir vu leurs visages, car elle préfère "s'instruire autrement que par les médias mainstream". Elle procède ensuite à une pseudo-étude de leur personnalité. "Cette personne est extrêmement fausse : ça se voit au niveau des commissures des lèvres et de son regard", dit-elle à propos du premier profil. "Elle est très secrète également : on voit ça au niveau des traits, c'est ce qu'on appelle des "signes" dans notre métier. Il a aussi un côté très méfiant : il est dans un espèce de self-control, il fait attention à ce qu'il dit, à ce qu'il va faire."

Elle poursuit avec la deuxième photo : "Ce monsieur est un suiveur : il est dans la démarche 'je fais ce qu'on me dit, puis je ne réfléchis pas : s'il faut le faire, je le fais, tant que c'est dans mes intérêts'."

Ces propos, qui ne se basent sur aucune preuve concrète, ont en tout cas un but précis dans le film : appuyer la thèse selon laquelle la pandémie serait gérée par des dirigeants malhonnêtes, qui n'ont pas conscience de ce qu'ils font.

La Loirétaine a été condamnée pour escroquerie en 2014

Originaire de la région parisienne et établie dans le Loiret depuis plusieurs années, Nadine Touzeau, 55 ans, se présente sur son site Internet comme "une professionnelle en sciences du comportement depuis 20 ans" et se vante d'être "sollicitée sur plusieurs continents". Mais cette prétendue "spécialiste" est surtout connue pour d'autres faits, beaucoup moins reluisants. 

En 2014, celle qu'on appelait encore Nadine Guyot-Touzeau est condamnée par le tribunal correctionnel d'Agen, dans le Lot-et-Garonne, pour escroquerie et tentative d'escroquerie, pour une affaire remontant à 2012. À l'époque, la "profileuse" avait proposé ses services à un couple agenais, en quête de réponses. Leur fils de 20 ans s'était donné la mort un an plus tôt d'une balle dans le coeur, une épreuve très difficile à surmonter pour les parents. Nadine Guyot-Touzot leur laisse alors entendre qu'une autre piste est envisageable : celle de l'assassinat.

Comme le relate Le Parisien, elle remet alors à la famille plusieurs rapports, facturés 6 000 euros : dans l'un d'entre eux, elle explique notamment que le corps du jeune homme a été retrouvé "en position de prière" lors de sa mort et "orienté dans le sens de La Mecque". Selon elle, l'homicide aurait donc pu être perpétré par un djihadiste.

Pour poursuivre son enquête sur cette piste, elle réclame 60 000 euros supplémentaires au couple. Ce dernier refuse et porte plainte contre elle. Nadine Guyot-Touzeau sera par la suite condamnée à leur verser 2 500 euros de dommages et intérêts, en plus d'une amende de 4 000 euros avec sursis, selon un article de La République du Centre de l'époque. 

En 2013, elle avait également approché une famille orléanaise après le décès de leur fils Maxime, dont le corps avait été retrouvé dans la Loire. Les parents n'avaient toutefois pas souhaité avoir recours à ses services.

"Elle est dangereuse et folle !"

Sylvie Zecca a créé l'association "Jeunesse Volée", après la mort de son fils Vincent, retrouvé mort dans la Garonne en 2012. C'est à la même époque que cette ancienne capitaine de police fait la connaissance de Nadine Guyot-Touzeau, qui l'aide à travailler sur le dossier. Elles témoignent d'ailleurs toutes les deux dans un reportage de Karl Zéro sur l'affaire des "noyés de la Garonne".

"C'était une femme pleine d'aplomb, extrêmement sûre d'elle et très carrée. Elle était venue chez moi avec ses enfants, je me rappelle même que nous avions joué au tarot", explique-t-elle à France 3 Centre-Val de Loire. Bien qu'elle ne lui ait pas demandé d'argent, la "profileuse" s'était servie à son insu du réseau de membres de l'association pour proposer ses services à d'autres parents en situation de détresse. "C'est comme ça qu'elle a fait la connaissance du couple d'Agen et de la famille orléanaise", se rappelle Sylvie Zecca.

Elle se souvient aussi des méthodes et des convictions de cette "experte" peu ordinaire.

Pour elle, une grande partie de ces affaires tournait autour d'un vaste complot, orchestré par les musulmans. Elle a toujours été complotiste, c'est pourquoi je ne m'étonne même pas qu'elle intervienne dans "Hold-Up". Elle est dangereuse et folle ! Elle a besoin d'exister. D'ailleurs, je suis persuadée qu'elle témoignera bientôt dans un documentaire contre le vaccin.

Sylvie Zecca, ex-présidente de l'association "Jeunesse Volée"

Une personnalité très présente sur les réseaux sociaux

La "spécialiste" en sciences du comportement ne mène pas seulement des enquêtes policières : elle dispense aussi des conférences, écrit des livres et enseigne ses techniques de profilage.

Sur sa chaîne Youtube, qui comptabilise à ce jour un peu moins de 5000 vues, elle donne aussi régulièrement son avis sur des thématiques aussi variées que sujettes à polémique. Dans une vidéo du 2 novembre dernier, intitulée "Pensez-vous avoir encore votre libre arbitre ?", elle compare même la gestion actuelle de la pandémie à la situation politique sous le Troisième Reich. Difficile donc d'apporter du crédit aux propos de la "profileuse". D'autant que sur son profil LinkedIn et son site Internet, ses compétences et son parcours professionnel restent peu étayés, noyés sous une masse de publications et de certificats obtenus à l'étranger.

Pour autant, cela n'empêche pas Nadine Touzeau d'avoir ses admirateurs, à en croire l'existance du groupe privé "Amis qui aiment Nadine Touzeau" sur Facebook. Sur ce même réseau social, la cinquantenaire partage d'ailleurs des publications qui la touchent : elles concernent pour la plupart la technologie, la cybersécurité ou encore les théories du complot. "Le pire dans tout ça, c'est qu'elle croit vraiment ce qu'elle lit et ce qu'elle dit", conclut Sylvie Zecca.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société documentaires polémique internet réseaux sociaux