Documentaire. Abou le King, le nouveau visage de la mode. Le créateur, couturier et mannequin est un modèle d'intégration

Abou est originaire de la Guinée Conakry, un pays d'Afrique de l'Ouest. Il n'est jamais allé à l'école, son père n'en voyait pas l'utilité. Aujourd'hui, il vit et étudie en France, au lycée professionnel Jules le Cesne du Havre. Il a décroché son CAP blanchisserie et vient d'entrer en première année de baccalauréat professionnel métiers de la mode.

Ce parcours, qui peut sembler idyllique quand il est conté en quelques mots, ne s'est pas fait dans un claquement de doigts. Abou ne manque pas de talent, c'est évident ! Il porte en lui aussi cette profonde maturité enseignée par les douloureux obstacles de la vie. Une beauté intérieure qui se prolonge dans l'intensité de son regard. Abou, abou.leking sur son compte Instagram, se met en situation pour partager ses créations. Aérien, il ondule et semble voler dans les airs. Il nous emporte dans son sillage, préparons-nous à aller loin, à aller haut.

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En équilibre - Abou le King, un film d'Ariane Doublet. Une production Squawk et France Télévisions, France 3 Normandie ©France télévisions

Lola - Le Havre, itinéraire d'un réfugié

Les films d'Ariane Doublet ne sont pas des documentaires "sur un sujet, mais avec une personne." Au moment du démantèlement de la jungle de Calais, de nombreux jeunes de quinze, seize ans sont arrivés au Havre. Certains dormaient à la gare. Interpellée par cette situation, avec d'autres bénévoles, elle a décidé d'agir. Ils ont créé une association havraise d'hébergement solidaire pour mineurs isolés étrangers. De rencontre en rencontre, et de fil en aiguille, elle a croisé le chemin d'Abou.

Le jeune Guinéen qui rêvait d'une autre destinée que celle imposée par la pauvreté et l'autorité paternelle a dû quitter son foyer, son village et son pays pour l'inconnu.

"Tout a commencé quand j'ai dit à mon père que je voulais aller à l'école. Mais mon père n'avait pas de moyens pour m'envoyer à l'école. Du coup, il m'a dit non, Abou, tu n'iras pas à l'école. Moi et toi, on va aller aux champs pour travailler, pour nourrir la famille. Je l'accompagnais aux champs, je prenais les choses lourdes, je prenais les fagots. Je vendais du bois pour trouver l'argent pour manger. On chauffait l'eau avec les fagots, on se lavait avec ça et des fois, on dormait sans manger. C'était dur. Un jour, mon père a décidé de me donner à quelqu'un, pour m'emmener ailleurs."

La chose qui était dans ma tête, c'était d'aller à l'école.

Abou

Abou est resté en relation avec sa mère et son petit frère. Il est convaincu que sa maman n'a pas eu son mot à dire parce que c'est ainsi ! Lui, se promet de décrocher la lune pour la femme de ses rêves, il l'imagine libre et heureuse. Quand la vidéo s'éteint, Abou reste pensif, les yeux fixés sur l'absence de celle qu'il aime tant. Dans sa galerie, il a conservé la photo de son père, boule à zéro. La différence de style entre les deux hommes le fait sourire, malgré tout.

Le jeune garçon a voyagé pendant un an et demi de la ville de Lola en Guinée jusqu'en Espagne. Un parcours qu'il a ancré dans le tissu avec des fils rouge et blanc sur un fond noir. Une carte pour résumer cette ligne de vie qui l'éloigne de ses repères et de ses proches. Un destin qu'il accueille avec courage et sagacité.

Il a marché trois jours dans le désert, a traversé clandestinement des frontières. Un itinéraire qu'il appréhende au fur et à mesure des dangers rencontrés, plus ou moins évalués par les guides. Il a ramé avec ses compagnons d'infortune en tournant sur place avant de trouver la bonne synchronisation. Épuisé, mais perspicace, à l'approche d'un goéland, il a finalement réussi à les convaincre qu'ils n'étaient pas loin de la terre ferme. Ils débarquent en zone militaire, vivants et heureux avant de repartir en toute sécurité vers l'Espagne.

Là, j'étais content, mais au fond de mon cœur. Cela ne se voyait pas, mais j'étais très, très content.

Abou

L'école de la mode

Abou a appris à lire. Quand ses camarades jouent à la console, il déchiffre la chèvre de Monsieur Seguin. Quand ils sortent en boîte, il économise pour les lendemains. Lui, qui a mangé du rat, connaît la valeur de ce que l'on dépose dans son assiette. Jamais avare d'un merci ou d'un compliment, il sait exprimer sa reconnaissance aux professeurs et aux bénévoles qui l'entourent. Quand certains investissent dans une console, il s'achète une machine à coudre.

Le jeune homme qui veut devenir un grand créateur, n'a pas tout à apprendre, bien loin de là. Il possède des atouts et un talent qui impressionnent ses enseignants. Abou a un coup de crayon vertigineux et un sens de l'esthétique qui ne passe pas non plus inaperçu sur les réseaux. Il est fréquemment sollicité pour donner des conseils sur son style. "Ils me disent qu'ils veulent être comme moi, ils me contactent d'Allemagne, de Belgique... Sur mon Instagram, mon snap, mon Facebook…"

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Abou a commencé ses études au lycée par un CAP pressing. Un secteur d'activité qui lui convient puisqu'il touche à l'environnement du vêtement et à l'entretien des textiles. Des efforts constants pour avancer fragilisés par les obstacles administratifs. Pour travailler, il faut des papiers. L'employeur où il fait son stage a besoin de lui pendant l'été. Une opportunité qu'il doit refuser, à contrecœur. Abou a tout pour lui, sauf l'essentiel, et cela ne dépend pas de lui. Cette épée de Damoclès qui pourrait le ramener à la case départ menace tout ce qu'il a construit pour en arriver là. À l'image de son parcours dans le labyrinthe subtilement mis en scène par Ariane Doublet, Abou cherche la sortie.

Il est mort mon cœur. Je mange, je dors, mais je souffre. Je ne sais quoi faire pour m'en sortir.

Abou

Généreusement encadré et conseillé, porté par sa persévérance et son courage, il va traverser les obstacles pour poursuivre son dessein. Aujourd'hui, il est en règle avec l'administration et CAP en poche, poursuit ses études dans la filière baccalauréat professionnel Mode. Une spécialisation sur mesure pour aller plus loin.

Abou a toutes les qualités pour devenir un grand créateur et un couturier de renom. Il a aussi le profil et la stature d'un mannequin. Actuellement à la recherche d'une agence sérieuse, il peut aujourd'hui signer un contrat de travail et s'engager dans cette voie. Du talent, du style, de la patience, de la persévérance, de l'ambition, de l'ingéniosité, du charisme. La liste est longue et non exhaustive. Photogénique, il a le sens de la mise en scène pour mettre en avant ses vêtements dans une chorégraphie personnelle.

Abou sera très certainement, là où l'attend : sur les panneaux publicitaires et dans les magazines spécialisés de mode, parce qu'il est fait pour ça.

► Le documentaire "Abou le King" réalisé par Ariane Doublet est à découvrir ce jeudi 9 novembre 2023 sur France 3 Centre Val de Loire et à voir sur France.tv.

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