Guerre en Ukraine : "J'ai entendu des gens me dire que c'est à cause de nous", témoignent des expatriées de Russie et du Donbass

Publié le
Écrit par Romane Sabathier .

Le 24 février dernier, le président russe Vladimir Poutine a lancé une offensive contre l'Ukraine. Les combats s'intensifient et la situation devient de plus en plus pesante pour les ressortissants ukrainiens, mais aussi russes vivant en France.

"C'est terrible de dire ça, mais je suis habituée à la guerre". Née d'un père russe et d'une mère ukrainienne, Marion* vivait jusqu'au mois de septembre au Donbass, une région de l'est de l'Ukraine, contrôlée par les séparatistes prorusses. Depuis 2014, cette zone est au centre du conflit entre eux et le pouvoir ukrainien. "Chaque jour, il y avait des bombardements", raconte-t-elle. Ses parents, d'origine russe, "voulaient que je quitte le pays alors je suis partie toute seule pour rejoindre la France". Elle habite désormais Orléans.

Aujourd'hui, son père a rejoint la Russie tandis que sa mère se trouve toujours en Ukraine avec sa grand-mère. Malgré le danger encouru, hors de question pour elles de quitter le pays. "Malheureusement, les vieilles générations veulent mourir dans leurs maisons, elles ne partiront pas. J'essaye de faire venir mes amies aussi, mais elles ne veulent pas quitter leurs maris qui se cachent pour ne pas être envoyé au combat". La jeune femme explique que beaucoup d'entre eux voyaient dans cette intervention l'espoir que la Russie allait les sauver de la guerre civile, qui dure dans les régions séparatistes depuis plus de huit ans. "Je pense qu'ils ne s'attendaient pas à ce qu'elle frappe aussi fort".

De son côté, Evguenia, professeur de russe également installée à Orléans, va tout faire pour que sa mère, vivant en Russie, gagne le territoire français. "Dès qu'elle peut, elle vient en France, ne serait-ce que pour avoir une vie plus stable". Elle confie cependant que sa mère se montre jusqu'à présent rassurante dans ses messages, que la vie à Moscou est plutôt "calme"... la faute à "la loi [qui] interdit toute manifestation en soutien aux opposants du pouvoir". Malgré cette interdiction, presque 2 000 personnes ont été arrêtées à Moscou durant des manifestations contre la décision de Vladimir Poutine selon le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme.

Un conflit qui en pâtit sur leurs relations sociales

Marion* le constate : depuis le début de la guerre en Ukraine, ses relations amicales avec les Français ont été impactées : "J'ai posté sur Instagram des images de la guerre et une fille m'a écrit en me disant  : "Ah tu vas aller faire la guerre toi ?" Je n'ai pas cherché à discuter : je l'ai bloquée".  

Mes amis ukrainiens ne me parlent plus, sans me demander mon opinion. J'ai entendu des gens me dire que c'est à cause de nous que la guerre s'est déclarée. Je suis triste, ça me fait mal, mais il faut vivre avec.

Marion*, habitante d'Orléans originaire du Donbass

Elle dit avoir "peur" de leur comportement envers elle, encore plus envers son fils, redoutant les discriminations dont il pourrait être la victime à l'école. Une peur que partage Evguenia jusqu'à en avoir des nausées. "Je me sens assez nerveuse parce que je ne veux pas que les enfants soient touchés par les attitudes négatives".

"Il faut chercher les coupables des deux côtés"

Avant d'être professeure de russe, Evguenia embrassait en Russie la carrière de journaliste. Elle s'informe sur ce qu'il se passe en Ukraine via les médias russes et français. Avec du recul, elle trouve dans ces derniers beaucoup "d'accusations unilatérales". "Il faut chercher la cause du conflit et elle est beaucoup plus profonde. C'est mal présenté à la population, c'est très catégorique alors qu'il faut chercher les coupables des deux côtés". Une idée également soulevée par divers candidats à la présidentielle avant l'invasion russe, à l'image de Marine Le Pen, Eric Zemmour ou encore Jean-Luc Mélenchon. Pour eux, les manœuvres militaires de Poutine sont une forme de réponse à l'encerclement progressif de la Russie par l'OTAN, organisation que souhaitait rejoindre l'Ukraine. 

Marion* regrette quant à elle que la situation au Donbass, où "depuis huit ans, des gens meurent tous les jours", ne soit pas davantage évoquée dans les médias français. Pour autant, elle n'a d'autres choix que ces canaux pour s'informer des évènements sur place, le mieux restant, selon elle, d'appeler ses amis pour prendre des nouvelles. "Une façon de trouver du soutien".


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