Olivier Savignac, "Je suis satisfait, maintenant je vais continuer à me battre pour les autres victimes de pédophilie"

Victime d'abus sexuels en 1993, alors qu'il était âgé de 13 ans, Olivier Savignac s'est dit satisfait du jugement rendu hier au tribunal d'Orléans (Loiret) : l'abbé Pierre de Castelet a été condamné à 2 ans de prison ferme et l'ancien évêque d'Orléans, André Fort, à 8 mois de prison avec sursis.

Olivier Savignac, en tant que partie civile, lors du procès de l'abbé Pierre de Castelet et André Fort, au tribunal correctionnel d'Orléans, le 22 novembre 2018
Olivier Savignac, en tant que partie civile, lors du procès de l'abbé Pierre de Castelet et André Fort, au tribunal correctionnel d'Orléans, le 22 novembre 2018 © PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE/MAXPPP
Soulagé. Au lendemain du jugement rendu par le tribunal correctionnel d'Orléans, qui a condamné l'abbé Pierre de Castelet (69 ans) pour agressions sexuelles sur mineurs et l'ancien évêque d'Orléans (2002-2010), André Fort (83 ans) pour non-dénonciation d'actes pédophiles, c'est un homme de 38 ans rasséréné qui a répondu à nos questions. Après avoir été abusé sexuellement en 1993, alors qu'il avait 13 ans, Olivier Savignac peut enfin tourner la page. Un quart de siècle après.


France 3 Centre-Val de Loire : Que pensez-vous du jugement rendu ?
Oliver SavignacNous sommes satisfaits car il y a eu une condamnation pour les deux. Aussi bien pour l'agresseur, Pierre de Castelet, que pour André Fort, le supérieur de l'Eglise qui l'a protégé. Surtout, la sanction qu'André Fort a reçu est historique. Il s'agit de la plus haute condamnation qu'ai reçu un évêque pour non-dénonciation d'actes pédophiles dans l'histoire de France. [le seul précédent en France pour non-dénonciation d'actes pédophiles remonte à 2001 : Mgr Pierre Pican, évêque émérite de Bayeux, avait été condamné à 3 mois de prison avec sursis.]

Même si la condamnation n'est pas celle requise par le procureur, elle représente un signe fort : ce jugement va marquer l'histoire des procès de cette nature. Il va créer un précédent dans ce type d’affaires. [le procureur de la République d'Orléans, Nicolas Bessonne, avait demandé de la prison ferme, assortie d'un mandat d'arrêt, contre André Fort]

Dans quel état d'esprit êtes-vous désormais ?
C’est une page de 25 ans qui se tourne. Mais c'est aussi une nouvelle page qui s’ouvre, car je pense aussi aux autres victimes. Je vais continuer à me battre pour elles. Pour toutes celles qui sont toujours dans leur combat.

Comment ?
En étant à leurs côtés le plus possible. Notre association La Parole Libérée va sûrement être dissoute, mais ce sera pour créer un nouvel organisme, plus structuré et plus efficace. Il aura pour mission de recueillir la parole des victimes et d'accompagner ces dernières dans leurs démarches. Elles seront entourées d'un personnel compétent, composé notamment d'un juriste et d'un psychologue. Nous communiquerons plus en détail dessus prochainement.

Quel message adressez-vous à ceux qui, comme vous, ont été abusés sexuellement par des membres de l'Eglise ?
De libérer la parole. C’est important de parler... Même si c’est difficile, c'est important de se livrer. A un proche, une personne de confiance ou même aux autres victimes.

J'insiste aussi pour que toute personne étant au courant de faits concernant des agressions sexuelles sur enfant fasse part de son témoignage à la justice. Et qu'importe si les faits remontent à plusieurs décennies. Si certaines personnes sont au courant, elle se doivent d'apporter leur témoignage. C'est important. Même plus : c'est indispensable.
 L'abbé de Castelet (69 ans) a été mis en examen en 2012 après des agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans lors d'un camp d'été en juillet 1993. Il était reproché à l'ex-évêque orléanais, André Fort, mis en examen en 2017, de n'avoir pas dénoncé l'abbé Pierre de Castelet alors qu'il avait pourtant été informé des soupçons portés sur le prêtre. 

L'évêque d'Orléans, monseigneur Jacques Blaquart avait indiqué l'année dernière que l'enquête avait mis en évidence 8 ou 9 cas d'attouchements sur mineurs, des victimes âgées d'une douzaine d'années. Trois d'entre eux se sont constitués partie civile. 

Les faits avaient été révélés en 2008 par l'un des plaignants auprès de l'évêché dans un courrier où il faisait état d'attouchements en 1993 lors d'un camp du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) où officiait l'abbé de Castelet en tant qu'aumônier.
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