Procès de la catastrophe de Brétigny-sur-Orge : après la bataille d'experts, les réquisitoires attendus

Au procès de la catastrophe ferroviaire de Brétigny, le procureur rend ce mercredi 15 juin ses réquisitions à l'encontre de la SNCF, SNCF Réseau et d'un ancien cheminot, poursuivis pour "blessures involontaires" et "homicides involontaires".

Depuis déjà un mois et demi, témoignages et analyses techniques se succèdent au tribunal correctionnel d'Évry, pour faire la lumière sur la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge. Le 12 juillet 2013, dans cette gare de l'Essonne, le déraillement d'un train Intercités Paris-Limoges fait sept morts et plus de 400 blessés psychologiques et/ou physiques. Certaines victimes étaient originaire du Loiret et du Berry. 

Depuis le 25 avril dernier, trois prévenus sont jugés : la SNCF (héritière pénalement de SNCF Infra, chargée de la maintenance), SNCF Réseau (ex-Réseau Ferré de France, gestionnaire des voies) et un ancien cadre cheminot, qui avait réalisé la dernière tournée de surveillance. Les réquisitions, prévues ce mardi, ont finalement été repoussées de 24 heures. 

Encore beaucoup de questions

La SNCF et SNCF Réseau, qui encourent chacune jusqu'à 225 000 euros d'amende, auraient-elles dû renouveler l'appareil de voie de manière anticipée ? La vitesse de circulation des trains aurait-elle dû être réduite ? Les effectifs augmentés ? L'ancien cheminot, qui encourt jusqu'à trois ans d'emprisonnement, a-t-il manqué de vigilance ? De nombreuses questions ont été abordées au cours du procès et l'accusation, représentée par le procureur Rodolphe Juy-Birmann, livrera son point de vue mardi matin. 

"Je m'attends à ce que le procureur aille dans le sens des victimes", déclare à l'AFP Florence J., l'une des 215 parties civiles, dont la mère est décédée des suites de ses blessures. "J'aimerais surtout que la SNCF reconnaisse une part de responsabilité", ajoute-t-elle en amont des réquisitions. Car pour cette quadragénaire, qui est venue chaque semaine au tribunal, les prévenus n'ont eu de cesse "de vouloir nous embrouiller avec des normes et des référentiels" techniques.

Les sept semaines d'audience ont donné lieu à d'intenses débats techniques, faisant intervenir plusieurs experts pour confronter la thèse de la SNCF et celle des magistrats instructeurs. Après sept ans d'enquête, ces derniers ont notamment conclu à des défauts de maintenance. Une analyse contestée par la SNCF, qui impute l'accident à un défaut indécelable de l'acier d'un morceau d'appareil de voie.

Version contre version

Après une bataille d'expertises effrénée, ponctuée d'échanges souvent houleux entre la défense et les parties civiles, le tribunal a recueilli la parole des victimes et de leurs proches. "C'est moi qui ai mise ma mère dans le train qui l'a tuée", a ainsi témoigné Florence J., qui demande, à l'instar de nombreuses autres parties civiles, des indemnisations pour ses multiples préjudices ("préjudice exceptionnel propre à la catastrophe ferroviaire", "d'angoisse et d'inquiétude", "de souffrances endurées"...). "Ca a fait du bien d'être entendue, aussi bien par la présidente du tribunal que par les représentants de la SNCF", confie Florence J., qui loue l'approche "humaine" de la présidente.

Dès le premier jour, Cécile Louis-Loyant a donné "espoir" à Florence J. en livrant une lecture des faits incarnée, se glissant dans la peau de cheminots et de passagers du train accidenté. "17h10, à l'approche de Brétigny-sur-Orge à 137km/h, je suis assise à côté de ma petite fille, ma nièce, de mon mari, d'un inconnu... Je lis un roman policier, des lunettes sur le nez", avait ainsi commencé la présidente.

Survient alors "le fracas des tôles, des linceuls de fumée, puis de poussière" : "17h11, c'est l'heure qui apparaît sous le cadran brisé de la montre". Le train a déraillé.
"17h12, c'est le temps jusque-là suspendu du bonheur, du voyage qui se brise, qui explose".

Neuf ans plus tard, l'heure est aux réquisitions pour cette "grande dame" qu'est la SNCF, selon l'expression choisie par la présidente pour qualifier l'entreprise publique. Suivront les plaidoiries de la défense, avec l'avocat de l'ancien cheminot, Me Philippe Valent, et celui de SNCF Réseau, Me Antonin Lévy. La SNCF devrait être défendue jeudi par Me Emmanuel Marsigny, avant la mise en délibéré de la décision du tribunal.

Mise à jour du 14 juin à 15h : ajout du report des réquisitions.