Quatre questions sur le don de plasma sanguin, enjeu de santé publique et de souveraineté économique

Le don de plasma s'affiche dès ce 12 mars sur les transports publics à Orléans. L'occasion de sensibiliser à ce don, nécessaire à la fabrication de multiples médicaments. France 3 a pu poser quelques questions à Clara Robert-Motta, autrice d'un livre-enquête sur le sujet.

Un nouvel appel aux bonnes volontés. Pour encourager les donneurs, l'Établissement français du sang (EFS) va s'afficher sur les bus et trams orléanais. L'objectif : communiquer sur le don de plasma, une démarche moins connue que le don du sang, et pourtant nécessaire.

Le plasma, c'est le composant liquide du sang (sans les globules et les plaquettes), particulièrement concentré en protéines. Un don de plasma est plus long - environ une heure - qu'un don du sang, mais est moins demandeur pour l'organisme. Le sang du donneur est en effet centrifugé, permettant d'isoler le plasma. Le reste est réinjecté dans l'organisme, évitant tout risque d'anémie. Si bien que deux dons de plasma peuvent n'être espacés que de deux semaines en France, contre huit semaines entre deux dons de sang.

Au niveau national, l'EFS affiche la volonté d'augmenter de 30% la quantité de donneurs, pour faire face à une demande grandissante et à une nécessité de souveraineté sanitaire. En Centre-Val de Loire, 4 170 donneurs ont réalisé 11 250 dons de plasma en 2023.

Pour évoquer ce sujet et ses enjeux, voici un entretien avec Clara Robert-Motta. Journaliste orléanaise, plume régulière pour France 3 Centre-Val de Loire, elle est l'autrice du livre enquête De l'or dans le sang, enquête sur le commerce mondial de plasma, publié chez JC Lattès.

France 3 : À quoi sert le plasma ?

Clara Robert-Motta : Dans le plasma, il y a des protéines utiles pour la fabrication de médicaments. Notamment les immunoglobulines, pour les personnes immunodéprimées. On peut aussi faire des facteurs de coagulation pour les personnes hémophiles. Quelques traitements de cancer également. À part les facteurs de coagulation, on ne sait pas faire ces médicaments sans plasma. Certaines personnes n'ont donc aucune alternative.

Or, on peut manquer. Le plasma, c'est un marché mondial, extrêmement tendu entre offre et demande. Parce qu'il y a de nouvelles applications à ces médicaments, et de plus en plus de diagnostics, donc la demande augmente.

France 3 : Est-ce qu'on a assez de plasma en France pour répondre à cette demande ?

CRM : En France, on collecte et on transforme le plasma grâce à une entreprise publique, le Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB). Et si l'EFS ne collecte pas assez, le LFB peut aller se fournir ailleurs. L'EFS collecte 800 000 litres par an, ce qui est en deçà de ce qui était demandé par le LFB. Et surtout, le LFB ouvre une nouvelle usine à Arras, qui va doubler ses capacités. On va donc devoir quasi-doubler la collecte de plasma en France. Et si on n'y arrive pas, on ne sait pas où on va aller se fournir.

France 3 : Est-ce qu'on peut compter sur le plasma venu de l'international ?

CRM : Actuellement, 65% des médicaments dérivés du plasma en France sont importés, principalement des États-Unis. Là-bas, les donneurs sont rémunérés, et ils peuvent vendre leur plasma deux fois par semaine. En France, le don de plasma est totalement bénévole, c'est de la collecte éthique. Sauf qu'on est abreuvé de plasma américain rémunéré.

Et se pose une question de souveraineté économique. L'Europe est dépendante des États-Unis pour ces médicaments. Et comme la demande augmente, les États-Unis pourraient arrêter d'exporter vers l'Europe, ou de vendre au plus offrant. Et là, on sera en forte pénurie. C'est une grosse inquiétude pour les associations de patients. Donc il faut produire plus de médicaments en Europe, donc collecter plus de plasma.

France 3 : Comment l'EFS et le LFB peuvent y arriver ?

CRM : L'EFS est dans une situation économique compliquée. Si on veut plus de plasma, ça ne peut pas se faire comme ça. Il y a les questions de la localisation des centres de collecte, de l'investissement dans le personnel, de la présence de médecins et d'infirmières compétentes. Il y a des problèmes parce que les personnels de l'EFS ont été exclus du Ségur de la santé, donc n'ont pas eu de revalorisation de salaires. Ce sont des métiers moins attractifs que ceux de l'hôpital public, qui ne le sont déjà pas.

Et puis de grosses campagnes de communication sont en cours, pour visibiliser ce don mal connu. 4% des Français donnent du sang, et moins de 1% donnent leur plasma. Et on n'est pas encore revenu au litrage d'avant-Covid, où on était plutôt à 900 000 litres par an. Aujourd'hui, on a des centres qui ne collectent plus que du plasma et des plaquettes (comme à Saint-Jean-de-la-Ruelle, ndlr). Sur la question de la rémunération, il n'y a pas d'actualité à ce sujet. Les traditions françaises font que ce n'est pas sur la table, et ça pose une vraie question éthique et morale.