Sauv Life, l'application qui aide le Samu à sauver des victimes de crises cardiaques, arrive dans le Loiret

Publié le Mis à jour le
Écrit par Thomas Hermans
Entraînement au massage cardiaque sur un mannequin, image d'illustration.
Entraînement au massage cardiaque sur un mannequin, image d'illustration. © Patrick Hertzog/AFP

Après trois ans d'existence, Sauv Life est utilisé par plus de 500 000 citoyens, disponibles pour venir s'occuper d'une victime en attendant l'arrivée des secours. Elle vient d'être lancée dans le Loiret ce mercredi 15 décembre.

Les chiffres donnent l'ampleur du besoin : chaque année quelque 50 000 personnes sont victimes d'un arrêt cardiaque soudain en France, avec un taux de survie de seulement... 5%. Sur les heureux survivants, 4 sur 5 avaient bénéficié rapidement de gestes qui sauvent dans les premières minutes, comme le sacro-saint massage cardiaque, avant même l'arrivée des secours.

C'est en partant de ce constat que l'application Sauv Life s'est étendue un peu partout en France depuis trois ans. Son principe est simple : des citoyens peuvent télécharger l'appli et s'inscrire comme volontaire. Ils pourront dès lors être prévenus par le Samu lorsque celui-ci est informé d'un arrêt cardiaque. Avec la géolocalisation, "tous les gens à moins de 1000 mètres de la victime vont recevoir un SMS leur demandant s'ils veulent intervenir", explique Arnaud Libert, confondateur de l'application. Une fois sur place, le volontaire est appelé par le Samu et guidé dans ses gestes, en attendant l'arrivée des secours. 

L'initiative, adoubée par plus de 500 000 utilisateurs, aurait permis de faire repartir 341 cœurs, revendique l'association qui gère l'application, augmentant la probabilité de survie après arrêt cardiaque. Bien qu'elle soit déjà implantée dans une soixantaine de départements de France, seul le Cher était jusqu'à présent concerné en Centre-Val de Loire. Ce mercredi 15 décembre, après d'information auprès des médecins régulateurs et des assistants du Samu, le dispositif a été officiellement lancé dans le Loiret, où il y aurait un arrêt cardiaque tous les jours, selon le Samu. 

10% du cerveau détruits chaque minute

Et le projet fait sens dans la région, particulièrement touchée par la désertification médicale, avec certaines zones situées à plusieurs dizaines de minutes du moindre service de secours d'urgence.

Le problème, c'est que chaque minute passée sans irriguer l'organisme en sang "détruit définitivement 10% du cerveau", précise le docteur Pascal Cendrie, responsable de la salle de régulation du Samu 45. Donc après 10 minutes, "on aura beau faire repartir le cœur, ce qu'on sait faire, le cerveau sera détruit". Et à en croire le médecin, "la moyenne d'intervention des secours professionnels dans le Loiret est de 10-13 minutes". Un temps de latence qu'il appelle "un trou dans la raquette" de toute la chaîne de survie, qui va de l'arrêt cardio-respiratoire à la sortie de l'hôpital.

Alors pas besoin d'être formé aux premiers secours pour être volontaire sur l'application, car "il vaut mieux un mauvais massage cardiaque que pas de massage cardiaque du tout", assure le cofondateur de Sauv Life.

Ce jeudi, jusqu'à 17h, Sauv'Life tiendra un stand au centre commercial Place d'Arc d'Orléans pour expliquer aux passants le massage cardiaque, le défibrillateur et l'application. Le tout "en moins de cinq minutes, parce qu'on sait que les gens n'ont pas forcément le temps ni l'envie". Objectif affiché : former 500 personnes au cours de la journée. 

Cuture du sauvetage

L'idée est avant tout de dédramatiser ces procédures :

Beaucoup de gens s'imaginent qu'il faut être ingénieur de la NASA pour faire fonctionner un défibrillateur, alors qu'il y a juste un bouton marche/arrêt et un bouton "Choc". Et il y a marqué où il faut mettre les patchs sur l'abdomen de la victime. Tout est standardisé, c'est très simple.

Arnaud Libert, confondateur Sauv'Life

Pareil pour le massage cardiaque, un geste que l'équipe va essayer de "graver dans la mémoire de gens, et il pourront l'utiliser si besoin dans des années". Car finalement, ce n'est pas plus compliqué que "deux mains qui appuient sur le sternum et le font baisser de 5-6 centimètres", assure-t-il. 

"Certaines personnes ont peur de mal faire en intervenant, donc ils n'interviennent pas du tout", regrette de son côté le docteur Pascal Cendrie. Alors que, en s'engageant d'emblée comme volontaire avec Sauv Life, "le cerveau est déjà préformaté et osera intervenir". Pour lui, l'application contribue à "une culture", une sensibilisation générale du grand public à ces gestes qui sauvent. 

20 000 euros de maintenance par mois

L'association propose par ailleurs un suivi psychologique après une intervention d'un particulier, avec une cellule d'écoute et un débrief. L'application est ouverte à toutes les personnes majeures, et même aux plus de 15 ans sur autorisation parentale. Car des formations aux premiers secours sont de plus en plus dispensées aux élèves dès le collège ou le lycée, et "des jeunes adolescents ont déjà fait des massages cardiaques avec Sauv'Life", se souvient Arnaud Libert.

Dans le Loiret, 3 500 personnes ont déjà installé l'application. L'initiative étant téléchargeable totalement gratuitement, l'association cherche constamment des donateurs. "Après des mois de demandes auprès des pouvoirs publics mais sans succès, on s'est fait financer un an et demi par Uber, mais ils ont arrêté." Car chaque mois, l'application coûte 20 000 euros de maintenance et de frais de SMS. Le prix à payer pour sauver des vies.

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