Perquisitions, garde à vue et espionnage de journalistes : les États généraux de l'information débutent sous haute tension

Les États généraux de l'information s'ouvrent, ce 3 octobre, dans un climat tendu. Plusieurs journalistes ont eu affaire à la justice antiterroriste ces derniers mois dont un photoreporter tourangeau. Les parlementaires spécialistes des questions de Défense en Centre-Val de Loire ne souhaitent pas prendre de positions claires sur le sujet.

Le "secret-défense" justifie-t-il le placement en garde à vue d'une journaliste quand bien même ses révélations relèveraient de l'intérêt général ?

Pour le parquet antiterroriste de Paris, la réponse est oui. Le 19 septembre dernier, la journaliste Ariane Lavrilleux a été perquisitionnée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) puis placée, pendant 39 heures, en garde à vue pour avoir révélé, deux ans plus tôt, un scandale d'État.

Une information qui a créé une levée de boucliers dans la quasi-totalité de la profession. L'association Reporter Sans Frontière a apporté, sur le réseau social X (ex-twitter), son soutien à la journaliste : "Très inquiète de l'existence d'un usage abusif du secret-défense et d'une atteinte au secret des sources".

Les dérives d'une opération secrète

Le 21 novembre 2021, le site Disclose révèle les dérives d'une opération secrète menée conjointement par la France et l'Égypte. Cette opération, baptisée Sirli, doit permettre aux autorités égyptiennes d'obtenir des renseignements dans la lutte antiterroriste avec l'aide d'un avion et d'un équipage français.

Or, comme l'a révélé la journaliste Ariane Lavrilleux, cette opération semble avoir surtout permis au régime égyptien du dictateur Al Sissi d'assassiner des civils. Malgré des alertes des militaires français sur le terrain pour dénoncer ses dérives, l'opération a été maintenue et pourrait être toujours en cours. 

Pour publier son enquête, la journaliste s'est appuyée sur une vaste fuite de documents classés "confidentiel-défense". "Nous avons fait le choix de les porter à la connaissance des citoyens. Une décision d’autant plus justifiée à nos yeux que cette coopération militaire échappe à tout contrôle démocratique", écrivent les fondateurs de Disclose en marge de leur enquête.

D’après les éléments dont nous disposons, l’opération Sirli est financée sur le budget des opérations extérieures françaises. À ce titre, les parlementaires – délégation au renseignement et commission défense – auraient dû en être informés.

L'ONG Disclose

Pas de commentaire des élus en Centre-Val de Loire

Deux de nos parlementaires sont particulièrement concernés par ce sujet. D'abord, Loïc Kervran, député Horizon du Cher. L'homme est vice-président de la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale. Interrogé par France 3 Centre-Val de Loire, l’élu ne prend pas position : "Je ne commenterai pas une décision de Justice. Je suis attaché à la séparation des pouvoirs" balaie-t-il, ajoutant qu'"un journaliste n'est pas au-dessus des lois".

Ensuite, Hugues Saury, le sénateur du Loiret qui siège à la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Lui, assure "ne pas être suffisamment informé" pour apporter "un avis éclairé".

"C'est pour le moins étonnant de voir que des parlementaires refusent de jouer leur rôle", s'agace Ariane Lavrilleux. "C'est à eux de poser des questions au gouvernement. Il pourrait demander si l'opération Sirly est toujours en cours, si le ministère des armées est prêt à publier son rapport interne sur cette opération et si ce dernier dédouane le Ministère de toute dérive..." cite la journaliste en exemple. 

Anne Lavrilleux est loin d'être la seule journaliste concernée par ces affaires. Le 21 septembre, trois journalistes de Libération ont été convoqués par la police judiciaire de Lille. En juin dernier, le photoreporter indépendant tourangeau Yoan Jager-Stuhl a été interpellé par la police antiterroriste. Ce dernier a passé 55 heures en garde à vue en juin 2023.

Des États généraux, pour quoi faire ?

C'est dans ce contexte pour le moins tendu qu'ont débuté, ce 3 octobre, les États généraux de l'information. Pendant neuf mois, des citoyens et des acteurs de la profession débattront pour tenter de réorganiser le secteur : économie, protection des sources, fausses informations, mainmise des milliardaires... Un vaste chantier qui doit déboucher sur des propositions de réforme à l’été 2024.

"Les journalistes sont victimes de pression. Dans le privé déjà, avec parfois la nomination de rédacteur en chef d'extrême droite imposé à la rédaction. Parfois, c'est l'État qui vient arrêter le journaliste pour trouver ses sources, comme pour Ariane Lavrilleux. Il faut revoir la loi qui n'est pas assez protectrice pour les journalistes", dénonce Charles Fournier, le député EELV d'Indre-et-Loire.

L'élu espère que ces États généraux permettront des évolutions dans la protection des journalistes. Reste à en attendre les conclusions et surtout, une éventuelle concrétisation des réformes qui en découleront.

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