Réforme des retraites : comment les avocats ont décidé de bloquer la Justice

Mise en scène des avocats de Thionville lors du mouvement de grève de 2018 - Photo d'illustration / © LE REPUBLICAIN LORRAIN/
Mise en scène des avocats de Thionville lors du mouvement de grève de 2018 - Photo d'illustration / © LE REPUBLICAIN LORRAIN/

Avec les cheminots et les employés des raffineries, les avocats rejoignent à leur tour la stratégie du blocage. 

Par Yacha Hajzler

"Totalement incompréhensible", "dialectiques pompeuses", "promesses non-pérénnisées"... La motion votée le 6 janvier en Assemblée Générale par le barreau d'Orléans est explicite. Les avocats de la cité johannique, mais pas seulement, ont décidé de durcir leur mouvement contre la réforme des retraites, détaillée par le gouvernement le 11 décembre.

Ce coup de pression adressé au gouvernement prend, selon Me Hugues Leroy, bâtonnier d'Orléans "la forme d'une grève générale de toutes les audiences, de quelque nature qu'elles soient", notamment en demandant leur renvoi. Souvent cantonnée aux procédures civiles, l'initiative de blocage a donc été étendue. Pas d'avocat commis d'office, pas d'avocat en commission pour décider de l'aide juridictionnelle, pas d'avocats aux comparutions... "Ce qui est assez rare, c'est que ça a été voté pour la semaine. C'est un mouvement qui dure" complète le magistrat. 
 
 

La Justice à l'arrêt


Qui dure, et qui avoir pour effet de bloquer pour de vrai le fonctionnement de la Justice. En effet, certaines procédures ne peuvent se dérouler qu'en présence d'un avocat. "L'avocat doit être là comme gardien des libertés et du respect des principes. Notamment en matière de mineurs : on ne peut pas envisager de juger un mineur s'il n'est pas assisté de son avocat. En matière de reconnaissance de responsabilité pénale, c'est la même chose" illustre Me Leroy. 

Après les cheminots ou encore les travailleurs des raffineries , les avocats veulent eux aussi montrer de quoi ils sont capables. "Par définition, la grève est là pour gêner. Si on commence à ne pas vouloir gêner dans les métiers sensibles, autant ne pas décider la grève. Notre souhait, c'est de parvenir à une situation de blocage. Je le dis ouvertement : c'est le but recherché" assume le coordinateur des avocats. 

Reste à savoir si ce mouvement de contestation va concorder avec la volonté du parquet. "La Justice est une grande famille, s'amuse le magistrat. Tout va bien quand il n'y a pas trop de problèmes. Il est clair que la position du parquet risque d'être différente de la nôtre ! Renvoyer des dossiers en 2021 n'est pas leur objectif, et c'est vrai que gripper la machine n'est jamais agréable."  Le procureur de la République d'Orléans, jusque-là conciliant, pourrait décider de refuser les renvois.
 

"On entend ne pas tirer toutes nos cartouches"


A Tours, Blois ou encore Chartres, les professionnels du barreau sont sur la même ligne de conduite. Seule exception : Montargis. "On a décidé de faire grève de tout ce qui concerne le "service public" c'est-à-dire les désignations d'office, les commissions d'aide juridictionnelle... Toutes les tâches dévolues à l'Etat dans sa mission de fournir un avocat au justiciable, la grève étant une opposition aux décisions d'Etat concernant les retraites" explique Me Charles-François Dubosc.

Les avocats de Montargis veulent éviter, le plus longtemps possibles, de faire porter le poids de la grève à leurs clients. "Cela étant, si la semaine prochaine, la situation n'évolue pas, on sera sans doute amenés à prendre les mêmes mesures que les autres barreaux. On entend ne pas tirer toutes nos cartouches d'un seul coup" glisse Me Dubosc. 
 

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