“Notre crainte, c’est que les salles ne rouvrent pas avant l’automne” : l’inquiétude des cinémas indépendants

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Écrit par Barbara Gabel
Les Studios à Tours, Les Carmes à Orléans, L’Apollo à Châteauroux et Les Lobis à Blois. Montage France Télévisions
Les Studios à Tours, Les Carmes à Orléans, L’Apollo à Châteauroux et Les Lobis à Blois. Montage France Télévisions © Montage France Télévisions

Salles fermées du jour au lendemain, événements et avant-premières annulés au moins jusqu’à mi-juillet : le secteur du cinéma est durement touché par la crise sanitaire. Les cinémas indépendants de la région partagent leurs questionnements et leurs craintes.

En Centre-Val de Loire et ailleurs, les projecteurs des salles de cinéma sont éteints depuis plus d’un mois. Alors que les salles resteront fermées au-delà du 11 mai, date choisie par l’exécutif pour amorcer le déconfinement, l’inquiétude grandit, notamment du côté des salles Art et Essai de la région, destinées à promouvoir le cinéma indépendant.
 

100 000 euros de perte par mois

Pour l’heure, aucune date de réouverture des salles obscures n’a été annoncée. De quoi inquiéter l’Association des cinémas du Centre : "Notre crainte principale, c’est que les salles ne rouvrent pas avant l’automne", commente Nathalie Ferrand, déléguée générale de l’association qui soutient et accompagne 45 salles indépendantes de la région. "Pour le moment, les salles tiennent le coup, mais si le gouvernement envisage une réouverture à la rentrée scolaire 2020, ça va être très compliqué."

Dans la région, les salles Art et Essai s’accordent à dire que la viabilité financière à court terme, sur deux ou trois mois, est envisageable, notamment grâce aux subventions, mais pas au-delà. À Tours, Pierre-Alexandre Moreau, le président du cinéma associatif Studio, le plus important cinéma art et essai de France, estime à "100 000 euros par mois" la perte engendrée par le confinement. Malgré tout, pour l'instant, "les salaires des 17 salariés au chômage technique ont pu être maintenus à 100 %", en complétant les 84 % du net qui doivent être remboursés par l'Etat.
 
Au cinéma Les Carmes à Orléans, une quatrième salle de projection de 43 places était en cours de construction. "Les travaux sont suspendus et on ne sait pas quand on va pouvoir les reprendre", se désole Michel Ferry, gérant du cinéma orléanais. Romain Prybilski, directeur du cinéma Les Lobis à Blois, veut croire à une réouverture mi-juillet. "C’est ce que les syndicats demandent, puisque les grands événements et festivals ne seront autorisés qu'à partir de la mi-juillet." D’autres, sont plus pessimistes, comme Camille Girard, responsable de l’Apollo, cinéma indépendant à Châteauroux :

Je ne vois pas comment envisager une réouverture avant septembre. Mon inquiétude, c’est qu’il y ait une saturation d’activités à la rentrée 2020, qu’il s’agisse d'événements culturels ou sportifs. Les gens auront-ils vraiment envie d’aller au cinéma ?
Camille Girard, responsable du cinéma l’Apollo à Châteauroux


Peur de l’après-confinement

Car, chez les exploitants de salles de cinéma, les questions autour du "jour d’après" se multiplient. Espaces de socialisation essentiels, les cinémas, au même titre que les théâtres, lieux de concerts ou d'expositions, risquent en effet de souffrir à la sortie de cette crise sanitaire. Michel Ferry des Carmes en est persuadé, "rien ne sera plus comme avant. Les gens auront changé leurs habitudes après deux mois de confinement, de privation de sociabilité et d’accès aux lieux culturels." 
 

Et de poursuivre : "C’est une profession qui fonctionne sur le désir autour d’un film. Mais avec l’annulation de tournages, comment créer ce désir ?" Un sentiment partagé par Camille Girard de l’Apollo : "Le fait qu’il n’y ait pas de Festival de Cannes, c’est assez bizarre pour notre salle. C’est cet événement qui donne la couleur, le tempo de l’année. Sans cet événement, on n’a aucune vision sur l'après."

Pour autant, les salles art-et-essai du Centre-Val de Loire ne baissent pas les bras et rivalisent d’ingéniosité pour maintenir le lien avec leurs fidèles. Newsletters, propositions de films en vidéo à la demande (VOD), échange de suggestions… 
 

Un lien avec le public malgré le confinement

Les cinémas Studio et Les Carmes sont notamment présents sur La Toile, une plateforme internet qui propose une sélection de films en VOD. Coût de la séance : de 2 à 6 euros selon la date de sortie du film. Et il y en a pour tous les goûts. Films anciens ou récents, français, internationaux, des documentaires, du jeune public, ou encore de l’animation.

L’Apollo à Châteauroux a récemment rejoint le rang des cinémas présents sur cette plateforme. "Ce qui m’aurait paru invraisemblable il y a encore quelques semaines, car perçu comme une sorte d’ennemi des salles de cinéma, c'est aujourd’hui l’un des seuls moyens pour proposer des films à notre public”, estime Camille Girard.
 
Un lien avec les habitués devenu nécessaire pendant cette crise et qui remonte le moral aux exploitants de cinéma. "Ce qui nous fait chaud au coeur et qui nous fait tenir, c’est de voir à quel point les Tourangelles et Tourangeaux ont un rapport très sentimental avec les Studios", se réjouit Pierre Alexandre-Moreau, qui assure recevoir de nombreux de message de soutien sur les réseaux sociaux.

Selon les résultats d’un sondage réalisé fin mars par Vertigo Research, 52,2 % des Français veulent retourner au cinéma dès que le confinement sera levé. De quoi confirmer l’attachement des Français au 7ème art et rassurer en partie les exploitants des salles.
 

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