Orléans, Bourges : les commerces non-essentiels retrouvent de l’oxygène

Pendant de longs mois, les petits commerces ont dû baisser leurs rideaux, victimes du Covid-19. Etiquetés non-essentiels, ils se sont sentis stigmatisés car suspectés d’être des clusters. Leur réouverture est une véritable bouffée d’oxygène pour des salariés qui rongeaient leur frein.

Le temps d’une photo, elles ont tombé leur masque. En cette belle journée ensoleillée, l’ambiance dans le magasin est joyeuse et primesautière. Dao Denis. 17 ans dans la profession. Elle supervise. Flavy, c’est la jeune stagiaire, en 1ère Année de BTS.

"Notre marque de vêtements est anglaise, inspirée de l’univers américain avec du graphisme japonais".

Les deux jeunes femmes sont intarissables. "On habille tous les âges. Majoritairement, les trentenaires. On a une gamme junior 10-12 ans puis la gamme studio qui s’adresse à une clientèle féminine qui suit l’actualité de la mode. C’est très épuré. Puis l’original vintage. Des Sweets iconiques et des zippés..."

La fermeture de leurs magasins a été un crève cœur pour tous ces petits commerces de Centre-ville.

On a fermé trois fois à raison d’un mois et demi à chaque fois. C’était dur.

"Depuis l’ouverture, on a freiné les livraisons. Normalement à cette période de l’année, on ne devrait plus avoir des sweets avec un gros coton d’hiver. Mais la météo est changeante. Notre magasin fait 90m2. On a énormément de références. On a un bel emplacement. Notre boutique est chouette. On attend que les clients reviennent. Il faut renflouer les caisses. Les fêtes du calendrier vont booster les ventes avant les soldes qui, heureusement, ont été différés".

Un parcours atypique : de la Sorbonne à la Grande distribution

Antony Pinon, jeune chef d’entreprise de 32 ans, sort des chemins balisés. Après des études à la Sorbonne, il découvre ce qui va faire sa vocation, la grande distribution et le prêt-à-porter. Parmi ses faits d’arme, l’organisation du Festival de Bourges et l’ouverture en 2015, du Centre Commercial de Centre-ville, Avaricum à Bourges également.

Propriétaire d’un magasin de prêt-à-porter à Orléans, il est par ailleurs Directeur de l’Avaricum. 70 heures hebdomadaires, même pas peur. Il ne redoute pas l’élongation.

"Quand vous êtes dans l’habillement, vous avez du stock qui est périssable. Les collections changent tous les 3 à 6 mois suivant les enseignes. Passé ce délai, le stock doit être soldé. Pour créer de la valeur ajoutée, il faut que les entreprises aient de la marge. Que se soient les PME ou les Grandes enseignes, quand vous soldez, vous perdez de l’argent et vous mettez en difficulté l’entreprise. Vous la fragilisez".

Les gérants des petits commerces ont très durement vécu leur mise à l’écart, ce qui a fragilisé leur trésorerie. D’où cette demande insistante afin que Bercy repousse la date des soldes. Les aides pour les maintenir à flot vont progressivement disparaître. Fin échelonnée du "quoi qu’il en coûte".

"Nous avons été énormément pénalisés. Plus de six mois au total de fermeture. Notre perte financière est réelle. L’état d’esprit, c’était de l’inquiétude. On redoutait d’avoir des stocks sur les bras. Il y avait un sentiment d’injustice aussi car il n’a jamais été prouvé qu’il y avait une circulation plus rapide du virus dans nos magasins".

Les magasins ont constitué des stocks qui sont vécus comme des boulets

"Notre préoccupation c’était d’avoir le maximum de temps, c’est à dire une marge pleine sans promotion. Nous, commerçants indépendants, sommes contents d’avoir été entendus par Bercy. Les soldes différés au 23 Juin, ça fait passer la Fête des pères sans promotion".

Ce n’est pas pendant les soldes que l’on gagne de l’argent. Les soldes servent à déstocker.

"Je suis typiquement le mec qui est assis entre deux chaises..."

"Je suis gérant d’un magasin de prêt-à-porter. Et je dirige un Centre commercial avec des enseignes nationales qui demandaient d’avancer la date des soldes. Les grandes enseignes ont des marges que les commerces indépendants n’ont pas. Je crois que le gouvernement a fait un choix d’équilibre.

Avaricum, c’est 150 salariés et 95% de magasins qui ont été fermés. On a été extrêmement impactés. Les trésoreries ont été mises à mal. On a aidé les magasins sur leurs loyers pour alléger leur trésorerie. Les clients ont pris des axes de consommation sur le canapé. Il faut les faire revenir.

On va créer de l’attractivité et des animations. On va par exemple installer une immense plage de sable dans l’enceinte de l’Avaricum.

Après les crises, il y a des chocs de consommation. Si la crise sanitaire est gommée par les vaccins, je suis optimiste.. Le soleil est devant nous.."