La rentrée marque le retour des médecins généralistes partis en vacances, un soulagement pour les habitants qui vivent dans la région métropolitaine la plus touchée par les déserts médicaux.

Jargeau cherche son futur médecin

Niché entre les champs et la Loire, Jargeau est une petite ville du Loiret de 4 600 habitants. Forte de la présence de 5 médecins généralistes il y a encore 10 ans, la commune n'aura plus qu'un seul en octobre 2017.

Les habitants sont inquiets. Michèle va perdre son médecin qui part en retraite au mois de septembre. Pour cette retraitée qui n'a pas de moyen de locomotion « prendre le car en étant malade pour aller à Orléans et puis marcher, c'est difficilement envisageable ». Danièle, elle, est revenue vivre à Jargeau il y a quelques semaines. Elle a d'abord tenté de trouver un médecin puis a vite abandonné pour celui établi dans la commune où elle vivait.

Conscient des difficultés des habitants de la commune, le maire a réuni les professionnels de santé et lancé différents appels afin d'attirer de nouveaux praticiens sur son territoire. Jusqu'à réaliser une vidéo avec l'aide des Gergoliens et Gergoliennes pour promouvoir la ville.




Peine presque perdue. Malgré des dizaines de milliers de vues, trois médecins seulement ont répondu à l'appel. « Deux médecins étrangers ont répondu à l'appel mais il est difficile de communiquer régulièrement avec eux. Quant au médecin français, il  était prêt à venir s'installer mais hors conventionnement, c'est-à-dire avec un tarif de consultation de 57 euros, ce qui n'est pas imaginable pour nous » explique Jean-Marc Gibey, maire depuis 2008.



 

Des médecins aux envies différentes de celles de leurs aînés

Pour les deux médecins qui partent à la retraite, Philippe Meunier et Dominique Dupin, la réticence des jeunes médecins à venir s'installer dans la commune s'explique par leurs envies qui ne sont plus les mêmes des médecins diplômés quelques décennies plus tôt. Beaucoup ne souhaitent plus s'installer en libéral c'est-à-dire en étant employeur, de secrétaire, d'homme ou femme de ménage par exemple. D'autres préfèrent exercer à différents endroits pendant plusieurs années avant de s'installer près de leur université ou de leur région d'origine.

Enfin, d'autres jeunes médecins s'établissent à proximité du lieu travail de leur compagnon. Les études de médecines étant longues, dix ans environ, les conjoints et conjointes des jeunes médecins ont bien souvent terminé leurs études et commencé leur carrière quand ceux-ci sont diplômés. C'est le cas de la médecin qui les a remplacé quelques semaines. « Elle ne souhaitait pas s'installer ici avant de savoir si son compagnon allait poursuivre sa carrière dans les environs » expliquent les médecins. 

Ces différents comportements se transcrivent dans la zone d'installation des jeunes diplômées. Comme l'explique le docteur Meunier, qui a étudié ce phénomène au sein de l'Union Régionale des Professionnels de Santé : « les jeunes diplômés s'installent d'abord dans un cercle autour de l'université où ils ont étudié, ce cercle s'agrandit peu à peu, or nous sommes situés dans l'endroit de France le plus éloigné des facultés de médecine ».



 

Un phénomène qui touche toute la région

Jargeau est loin d'être la seule commune concernée par ce problème. Le Centre-Val de Loire est la région métropolitaine la plus touchée par les déserts médicaux. 

Que ce soit en ville ou à la campagne. À Orléans, la préfecture de région, les habitants sont aussi à la recherche de médecins. Laure, venue travailler dans la région pendant un an, n'a jamais réussi à trouver un médecin de la ville prêt à la recevoir. Et elle n'est pas la seule. Le problème est tel que les internautes sont des centaines à échanger sur ce problème.



Pour Emmanuel Vigneron, directeur scientifique du groupe de prospective "Santé et territoires", deux raisons peuvent expliquer ce phénomène qui dure depuis plusieurs décennies. « La première est le fait que les villes de la région ne sont ni très grandes, ni très nombreuses et toujours situées sur les bords de la Loire. Le reste de la région étant plutôt rurale et agricole avec une population clairsemée, explique le géographe. L'autre raison étant que malgré l'extraordinaire cadre de vie qu'offre la région, peu de médecins vont s'y établir en raison de la proximité du territoire avec Paris. Les jeunes de la région sont longtemps allés à Paris et y sont plutôt restés, la capitale étant  toujours en croissance et en besoin de médecins. »

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Des tentatives qui n'arrivent pas à endiguer le phénomène

Les agences régionales de santé ont été créées en 2010 dans le but de piloter la politique de santé publique et de réguler l’offre de soins à l'échelle régionale. Celle du Centre-Val de Loire a pour première mission de mettre en place des solutions, mais rien n'a su, jusqu'à présent, enrayer le phénomène. Pourtant, différentes pistes ont été lancées et développées . « Nous travaillons sur des dispositifs financiers incitatifs, l'information des atouts de la région, le développement des maisons de santé pluridisciplinaires, nous avons aussi vu l'augmentation du numerus clausus de 20 places à l'université de médecine de Tours, informe Florence . « Nous bénéficions aussi de l'implication des collectivités locales, de l'université de Tours et des professionnels de santé ».

L'un des dispositifs les plus prometteurs est la création des maisons de santé qui regroupent plusieurs professionnels. La région en compte près de 70. Mais cela représente un investissement financier et la présence de professionnels dans la zone concernée par la potentielle construction. 




La perspective des prochaines années ne réjouit guère l'ARS, un tiers des médecins généralistes de la région étant âgés de 60 ans ou plus, les départs à la retraite vont se multiplier et les appels « à la Jargeau » aussi.