S'adapter au télétravail dans la durée : les conseils d'une ergonome de Tours

Dans l'urgence et la contrainte, de nombreux salariés ont dû s'adapter au télétravail pour poursuivre leurs activités professionnelles. Une manière de travailler qui s'applique à l'organisation, à l'encadrement et aux employés plongés dans un environnement familier hors entreprise.
Travailler à la maison
Travailler à la maison © Célia Grandin
Avec l'urgence du confinement, près de 5 millions de Français ont la possibilité de pratiquer le télétravail. Une organisation pratiquée avant la crise du coronavirus mais qui prend une ampleur inédite et semble s'inscrire dans la durée pour beaucoup de salariés.

Au-delà des aspects juridiques et réglementaires, le télétravail sur une longue période, dans un contexte anxiogène et sans préparation préalable, demande une grande adaptation. Avec sa société tourangelle, "La Clé de 7", l'ergonome du travail, Isabelle Tricot a l'habitude d'améliorer les situations de travail inédites. Alors quand la crise du Covid-19 s'est déclarée, elle s'est associée à 80 ergonomes pour créer le site "Ergonomes Solidaires" et offrir des conseils aux entreprises et aux salariés confrontés à la crise sanitaire.

Nous lui avons demandé ses conseils pour nous aider à réussir la mise en situation de télétravail.
 Ce qui change aujourd'hui avec le coronavirus, c'est le caractère contraint du télétravail. Auparavant, c'était plutôt le salarié qui souhaitait être en télétravail pour convenance personnelle.

Aujourd'hui c'est une contrainte pour les entreprises et les salariés. Il y a aussi, avec l'impératif du confinement le 17 mars, une notion d'urgence.

Si certaines entreprises avaient déjà des accords qu'elles ont pu étendre, d'autres sociétés réticentes ont dû mettre en place le télétravail très rapidement, sans réflexion préalable.

Les outils de communication, le matériel informatique, les connexions internet sont devenus des enjeux majeurs pour le monde de l'entreprise. On a vu des salariés partir de leur lieu de travail précipitamment avec leur poste informatique, d'autres s'apercevoir que de chez eux, ils n'avaient pas assez de réseau pour se connecter, etc…
 C'est toute la chaine hiérarchique qui s'est adaptée. Il a fallu donner des outils, revoir le système d'information et redéfinir le contrôle du travail.

Du côté individuel, il a fallu adapter son poste de travail à son domicile. Certains se sont installés sur un coin de table, d'autres au salon ou même dans la cage d'escalier pour être tranquilles.

Le plus compliqué est sans doute de gérer en même temps télétravail et garde d'enfants, d'arriver à se concentrer dans un univers contraint par d'autres activités que le travail, c'est des fois compliqué d'arriver à se créer sa "bulle de travail".
 La bonne pratique du télétravail, c'est déjà d'essayer de retrouver, chez soi, la position de base du travail sur écran. C'est-à-dire avoir une bonne assise avec un siège confortable qui vous maintient le dos droit.

Travailler dans son canapé, affalé sur son lit ou par terre, c'est très mauvais pour le corps.

Comme souvent on travaille sur des ordinateurs portables, il faut essayer de garder un angle droit entre le bras et l'avant-bras pour pouvoir utiliser le clavier longtemps sans se faire mal, idem pour protéger ses cervicales, mieux vaut avoir l'écran à hauteur des yeux.

Certes avec un portable, c'est compliqué, d'où l'intérêt d'avoir un deuxième écran. J'ai déjà des retours de personnes en télétravail 100 % de leur temps, avec des troubles musculo-squelettiques.

Dans le climat anxiogène créé par l'épidémie, on peut avoir aussi des crispations qui se traduisent par des tensions ou des troubles corporels.
 C'est important de se rendre compte du temps qui passe avec l'évolution de la lumière du jour, il faut donc s'installer dans un endroit lumineux, sans que la lumière vienne gêner la vision sur écran.

L'idéal, c'est d'être perpendiculaire à l'éclairage, pas de lumière de face ou dans le dos.
 Dans les risques psycho-sociaux, il y a toute la difficulté de relation à distance avec les collègues.

D'habitude, en entreprise, quand vous avez un doute ou une question, vous allez voir une personne ressource, un collègue à côté de vous. Avec le télétravail, il faut appeler ou envoyer un mail et attendre la réponse deux heures après.

Il y a en présentiel une fluidité dans les relations et les échanges que l'on ne retrouve pas en télétravail. L'entraide collective qui fait la richesse de l'entreprise quand on est ensemble sur un même lieu, vous ne l'avez plus à distance avec des outils de communication.

À distance, le collectif de travail est rompu et peut laisser place à de l'isolement et de la solitude pour le télétravailleur.

De loin, vous n'avez plus l'opportunité de rencontrer un collègue à la machine à café et d'échanger quelques mots sur le match de foot de la veille. Avec le télétravail, dans vos échanges via les nouveaux moyens de communication, vous essayez d'être le plus efficace possible.

Il n'y a plus de convivialité, de surprise ou d'imprévu dans les relations humaines, on ne peut pas s'offrir un café pour raconter la dernière blague.
 Le fait que cette situation de mise à l'écart avec le collectif de travail va se prolonger, va durer encore de nombreux mois, présente un risque évident de perte de repères.

Nous, on conseille aux managers de maintenir à tout prix la cohésion et l'échange avec leur équipe même à distance, c'est un acte managérial à part entière impératif en cette période.

Bien sûr, cela s'ajoute, à leur mission d'organisation d'une équipe éclatée et de gestion de la charge de travail à distance. C'est aux managers de détecter les facteurs d'isolement, de solitude ou de risques psycho-sociaux qui s'installent.
 Au niveau de l'hygiène de vie dans cette période de confinement, c'est bien d'essayer de rythmer sa vie, de garder un temps consacré au travail et un temps consacré à la vie privée.

C'est une des richesses du télétravail : pouvoir choisir son temps de travail. On a le choix !

Si vous êtes plus efficace en fin de journée ou très tôt le matin ou plus au calme dans des horaires décalés, le télétravail offre cet avantage.

En revanche, il y a des entreprises qui ont mis en place des outils de contrôle du temps de travail pour voir si vous êtes connectés et souvent cela se révèle à double tranchant. Vous pouvez préférer vous connecter le soir quand les enfants sont couchés, et ce n'est pas compté en temps de travail, alors que vous pouvez être inefficace sur des plages horaires contraintes.

Mais il faut trouver aussi des temps communs si vous avez besoin de vous appeler ou faire des réunions via les réseaux sociaux. D'une manière générale, il est préférable de sauvegarder un rythme de travail pour ne pas dériver.

C'est aussi une source de satisfaction personnelle, pour s'octroyer sereinement ensuite un droit à la déconnexion.

Si on a fait son temps en télétravail 5 jours par semaine, il n'y a aucune raison de se connecter le week-end, même si on est tenté de le faire. Je conseillerai de faire au plus proche de la situation de travail classique, en termes de rythme.

Heure de réveil, douche, petit déjeuner, habillage, mise en route de l'ordinateur, pause, ponctuent efficacement la journée de télétravail.
Isabelle Tricot a déjà des entreprises qui préparent la reprise. Un redémarrage de l'activité avec la mise en place des gestes barrière qui demande souvent de revoir l'ergonomie de l'activité.

Une adaptation du monde du travail à la présence du coronavirus qui amène aussi son lot de contraintes au sein de l'entreprise.

► Pour aller plus loin sur l'ergonomie : Le télétravail selon le Ministére du travail

 
C'est quoi un ergonome selon Isabelle TRICOT
Pour moi, l'ergonome est la personne qui observe l'activité de travail afin d'en identifier les contraintes et les ressources.
En remettant le travail au centre du débat, cela va favoriser un échange entre entre les différentes personnes concernées.
Cette espace de dialogue et de temps va permettre de construire ensemble des adaptations et ré-ouvrir le champ des possibles
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