Scolarisation, lien familial, visibilité des associations... Choeur de Gamers, le jeu vidéo comme solution sociale

Créée en 2018 par Frédéric Rochette, l'association Choeur de Gamers montre à travers ses actions que la société serait bien inspirée de faire davantage confiance au monde du jeu vidéo.
Des consoles de jeu dans un salon, en Allemagne - Photo d'illustration
Des consoles de jeu dans un salon, en Allemagne - Photo d'illustration © Ina FASSBENDER / AFP
Et si la solution, finalement, ce n'était pas d'adapter le jeu vidéo à la société, mais d'adapter la société au jeu vidéo ? "La jeune génération utilisera l'écran d’un téléphone portable, d’une tablette, d’une console ou d’un ordinateur lors de sa formation, lors de son éducation, c’est un maillon qui fait intégralement parti de la chaîne de notre vie", explique l'association Choeur de Gamers.
 

Le jeu vidéo, un fait de société


En 2019, le secteur du jeu vidéo représentait en France un chiffre d'affaire de 4.8 milliards d'euros. En 2018, l'e-sport, son pendant professionnel et compétitif, a rapporté plus de 23 millions d'euros. Le profil des joueurs réserve lui aussi des surprise à ceux qui regardent tout cela de loin : 46% de femmes se déclarent joueuses de jeux vidéo, comme 78 % des 35-44 ans. 28 % des Français disent par ailleurs y jouer "tous les jours ou presque". "Dans certains métiers, aujourd'hui, on a des passionnés de jeux vidéos qui arrivent à des postes importants, où ils sont à même de gérer un recrutement. On n'a plus le même regard quand on voit un CV qui arrive avec "jeu vidéo compétitif". On va se dire : "cette personne a joué à un jeu d'équipe, elle a l'habitude de travailler en groupe" ou "c'est un jeu où il faut passer énormément de temps à faire des tâches très redondantes"... Selon le poste que je veux lui confier, ça m'aide à adapter le profil", illustre Tony Helynck, vice-président de Choeur de Gamers.

Le jeu vidéo, ses pratiques, sa culture et ses codes sont désormais omniprésents. Et cette association créée en 2018 veut prouver que le secteur peut non seulement se structurer, mais également structurer la société autour de lui.

"On travaille sur trois axes, détaille Tony Helynck. D'abord, améliorer la visibilité des associations caritatives. Ces actions leur permettent d'atteindre un secteur auquel ils n'ont pas vraiment accès, un public qu'elles ne touchent pas actuellement. Ensuite, nous faisons de la communication sur comment les métiers du jeu vidéo peuvent s'engager dans le bénévolat. Et nous faisons également de la sensibilisation sur l'addiction, la précarité familiale ou économique."
 

"On se dit qu'on a peut-être la solution"


A l'origine, Tony Helynck est chef de projet informatique. Mais, de 2002 à 2005, il était joueur professionnel de CounterStrike. "A l'époque, il n'existait pas de contrat, le maximum du professionnalisme, c'était d'être défrayé à 100 % et d'avoir le matériel payé par des structures informatiques", se souvient-il. En 2018, son fils développe une relation addictive au jeu vidéo. Contrer l'addiction, sans bannir la console, Tony Helynck prend le pari. "On prend les meilleures façons d'utiliser le jeu vidéo. Ça fonctionne comme un sport, on prend un rythme qu'on s'oblige à suivre. Je mange à des heures régulières, je mange tels aliments, et de telle heure à telle heure, j'ai sport..." Prendre le jeu vidéo au sérieux, même très au sérieux : la formule a fonctionné. Mais face à l'absence d'action public sur le sujet, le père de famille monte une première association dédiée à la question, avant de rejoindre Choeur de Gamers fin 2019.

"J'ai rencontré des jeunes dans des situations très complexes, que j'ai pu aider, et ça m'a marqué. L'impact d'une personne qui connaît le secteur, ça amène à recevoir le message de manière positive, certifie Tony Helynck. Car je comprends cet aspect où on ne pense qu'à ça, où on a envie que de ça. Je pense à un jeune qui depuis trois ans n'était plus scolarisé, il était complètement enfermé dans sa chambre. En six mois, il a retrouvé le chemin de l'école, l'envie de passer du temps avec ses parents, de revenir à table... Quand on arrive à faire ce genre de choses, on se dit qu'on a peut-être la solution."

L'association finalise en ce moment un dossier avec l'Education nationale, pour intervenir dans les collèges et lycées. Des modules de 2 heures, de la 6ème à la Terminale, pour promouvoir une utilisation bienveillante du jeu vidéo, mais aussi orienter correctement ados et parents vers les métiers du jeu vidéo. Choeur de Gamers intervient également auprès des jeunes de quartiers "prioritaires" pour les orienter vers l'e-sport et le sport.
 

Le gaming solidaire, phénomène en expansion


Au centre de l'attention, les jeunes rendent bien à l'association le soin qu'elle leur porte. Ils sont notamment au rendez-vous pour les marathons et live caritatifs, comme celui qui s'est déroulé du 23 au 27 avril. 62 500 euros ont été récoltés, et partagés entre les Petits frères des pauvres, et la Fondation Hôpitaux de France. D'autres projets attendent l'association dans les mois et les années à venir. Choeur de Gamers intervient auprès des personnes âgées en Ehpad pour aider à développer du lien familial autour du jeu vidéo. Auprès d'APF France handicap pour rendre le jeu vidéo plus accessible aux personnes handicapées. Auprès des pièces jaunes, avec un gros événement prévu en 2021. Et même, prochainement, avec le CHU de Tours, même si les détails ne sont pas encore arrêtés.

Du ZEvent, marathon emblématique du gaming caritatif, au Stream Reconductible, qui alimentait les caisses de grève contre la réforme des retraites, de nombreuses initiatives solidaires nées ces dernières années tendent à le montrer. Le jeu vidéo est bien un jeu de société.
Choeur de Gamers recherche des bénévoles
Pour ses actions à venir, notamment auprès de l'Education Nationale, Choeur de Gamers recherche un nombre "illimité" de bénévoles dans toutes les régions de France. Vous pouvez adhérer à l'association via ce lien, ou contacter l'équipe depuis le site internet ou au 06.65.12.22.37.
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