“J'ai encore des choses à faire au pays du judo” : Sandrine Martinet, judokate paralympique de l’US Orléans

Dans quelques semaines, Sandrine Martinet, judokate de l'US Orléans, disputera les cinquièmes Jeux Paralympiques de sa carrière. L'occasion de revenir sur son parcours, dans lequel elle alterne entre vie de famille, professionnelle et carrière sportive.
Sandrine Martinet lors des Jeux Olympiques de Rio, en 2016
Sandrine Martinet lors des Jeux Olympiques de Rio, en 2016 © Jens B�ttner/dpa/picture-alliance/MaxPPP

Douze fois championne de France, un titre européen, championne du monde à trois reprises et trois médailles olympiques, dont une en or : en vingt ans de carrière, Sandrine Martinet s’est fait un nom dans le paysage du judo. Cet été à Tokyo, la n°1 mondiale dans sa catégorie des -48kg portera une nouvelle fois les couleurs françaises, mais aussi celles de son club, l’US Orléans.

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Le judo comme rempart face aux moqueries

Sandrine Martinet débute le judo à l’âge de neuf ans à Vincennes, là où elle a grandi. “Mes frères en faisaient au lycée et le sport de combat m’attirait beaucoup. Le fait que ce ne soit pas un sport de balle, je me suis dis que visuellement ça serait plus adapté”. Elle s’identifie également dans les valeurs du code moral, affichées dans chaque dojo, comme le respect, l’honneur et la sincérité. Jusqu’à l’âge de 20 ans, elle s’est entraînée avec des valides.

Mais l’une des raisons pour lesquelles elle a choisi ce sport, c’est aussi pour mieux s’intégrer parmi les élèves de sa classe. Atteinte d’une achromatopsie, qui lui fait craindre la lumière et lui empêche de distinguer les couleurs, elle est la cible de moqueries au sein de son école. “J’avais très souvent les yeux fermés, ou j’avais des lunettes de soleil en classe et le style de l’époque était assez dur à porter *rire*".

J’ai eu droit à “la taupe” et comme je faisais 1m10 les bras levés, j’entendais aussi “la naine”. Grâce au judo, j’ai pu sortir de manière positive toute ma colère et mon énergie.

Sandrine Martinet, judokate paralympique de l'US Orléans

Après l’obtention de son bac, la jeune femme redouble sa première année de biologie, avec des semaines de six heures de cours. “C’était la première année où les féminines paralympiques pouvaient être sélectionnées pour les Jeux Olympiques d’Athènes (de 2004, ndlr). J’en ai donc profité pour faire les championnats de France, où je fais première, et les championnats du monde où je termine deuxième.” Pour ses premiers Jeux Olympiques, elle repartira avec la médaille d’argent.

Vie familiale, professionnelle et carrière olympique

Depuis ses 20 ans, Sandrine Martinet concilie vie étudiante, puis professionnelle en tant que kinésithérapeute, avec sa carrière sportive. Lorsqu’elle a eu des enfants, cela a nécessité “beaucoup d’énergie et d'organisation. En 2017, nous sommes passés de la fédération handisport à la fédération de judo donc ça nous a permis d’avoir des aides personnalisées plus importantes”. Le club contribue également à cette aide financière afin que les athlètes puissent mettre leur métier de côté pour se consacrer à leur préparation physique, “mais quand on est pas médiatisé, c’est difficile aussi d’avoir des sponsors” regrette la judokate. Elle a pu arrêter de travailler neuf mois avant les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, finalement repoussé d’un an.

La judokate de 38 ans avait prévu de prendre sa retraite sportive après les Jeux Olympiques de Rio en 2016 pour s’occuper de ses enfants. “Je n'arrivais pas à faire la transition. J’avais encore des choses à faire, puis c’est Tokyo. C’est le pays du judo !”. La mère de famille s'entraîne une semaine sur deux  : chez elle à Mâcon dans une salle adaptée et financée par le département, à l’INSEP, dans des pôles France, notamment au sein de celui de Lyon et à Orléans où elle a son entraîneur Cyril Pages. “Je me suis licenciée là-bas parce qu’ils veulent développer le para judo et le jujitsu. Ca me permet de rayonner par rapport au sport féminin, le sport santé et le para judo là où je vis mais aussi là où je suis licenciée”

Direction Tokyo ... et après ?

A quelques semaines du début des Jeux, Sandrine Martinet confie se sentir “plutôt bien” malgré sa descente dans la catégorie des -48kg (elle n’a fait que deux compétitions dans cette catégorie). “Je ne pense pas à la pression d’être la personne qu’on attend, la numéro un. Je veux être dans les meilleures conditions possibles pour décrocher cette deuxième médaille d’or. Je veux surtout prendre du plaisir, parce que des fois avec les blessures et à presque 40 ans, y’a la dureté du niveau et de se séparer de sa famille”.

Pour la première fois de sa carrière, la judokate est aussi candidate pour être l’un des porte-drapeau de l’équipe de France. C’est également une première : le comité Paralympique et Sportif Français propose cette année au grand public de sélectionner l’athlète masculin et féminin qui les représenteront aux Jeux Paralympiques de Tokyo. Une façon “d’augmenter la visibilité du paralympisme” selon Sandrine Martinet.

Envisageant de terminer sa carrière après les Jeux de cet été (même si rien n’est encore joué), Sandrine Martinet ne manque pas pour autant d’objectifs à atteindre par la suite. “J’ai aussi envie de retrouver mon travail, de développer mes compétences en kiné du sport et puis pourquoi pas me former pour être kiné d’une équipe olympique ? Je veux aussi utiliser mon histoire et mon vécu pour sensibiliser un plus grand nombre de gens”. Enfin, la judokate entend bien profiter des moments avec son mari et ses enfants.

Quelle différence entre judo et judo handisport ?

Les judokas paralympiques ne peuvent être que des déficients visuels. A la différence des valides, ils débutent le combat en ayant les mains déjà posées sur le kimono de l’adversaire. Après, tant qu’il y a du contact et qu’une main n'est pas lâchée pendant trop longtemps, le combat se déroule normalement. Toutes les infos dans les mains. En France, de plus en plus de clubs de judo font travailler leurs pratiquants les yeux fermés, parfois même des enfants.

Autre légère différence avec les combats des valides : l’arbitre reste le plus possible au centre du tapis. Il constitue un point de repère pour les athlètes. Lorsqu’il prononce "Jogai", cela signifie que le duo est à la limite de la surface de combat. Au judo, sortir intentionnellement de la surface de combat ou forcer l’adversaire à sortir peut être sanctionnée d’une pénalité (que l’on appelle shido).

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