Vaccination obligatoire des soignants ? Au CHRU de Tours et d'Orléans, on mise plutôt sur la pédagogie

Plusieurs médecins en France dénoncent le faible taux de vaccination chez le personnel soignant dans les hôpitaux. La réticence de certains à se faire vacciner incite plusieurs grands noms de la médecine à demander au gouvernement de rendre obligatoire le vaccin anti-covid pour les soignants. 

Dans la région, si les craintes contre AstraZeneca, le personnel hospitalier est plutôt favorable à la vaccination.
Dans la région, si les craintes contre AstraZeneca, le personnel hospitalier est plutôt favorable à la vaccination. © Luc Nobout/ MaxPPP

Le débat sur la vaccination contre le Covid-19 n'épargne décidément personne. Après le grand public, c'est au tour du corps médical de se quereller sur le sujet. Alors que la vaccination a été étendue depuis le 6 février dernier à l'ensemble des professionnels de santé, la Direction générale de la santé indique que sur les 600 000 doses du vaccin AstraZeneca destinées aux soignants, seules 25% d'entre elles ont été utilisées. En Ile-de-France, 34% du personnel médical de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) a reçu une première injection le 26 février, entre 16 et 17 % pour le reste des services. 

Colère des médecins parisiens 

Tandis que le Covid-19 est devenu la première maladie nosocomiale dans les hôpitaux et que 44 000 personnes ont contracté le virus en milieu hospitalier depuis le début de l'épidémie, le professeur Gilles Pialoux considérait ce lundi 1er mars sur Franceinfo la couverture vaccinale des soignants "totalement insuffisante". Le chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'Hôpital Tenon à Paris enjoint le gouvernement à rendre cette vaccination obligatoire pour les soignants : "Ce n'est pas la première vaccination qui serait obligatoire pour les soignants, pour qui les vaccinations DT Polio, contre l'hépatite B, ou le BCG sont déjà requises", argumentait-il. 

Même son de cloche du côté du professeur François Chast, chef du service clinique de l'hôpital Necker (Paris) : "Ce qui me frappe, c'est que les médecins sont assez volontiers enclins à critiquer les pouvoirs publics sur l’organisation, les décisions ministérielles, la gestion de la crise sanitaire et quand il s'agit d'eux-mêmes, ils ont du mal à gérer la crise dans leurs propres services hospitaliers ou en Ehpad", déclarait-il sur France Inter ce mercredi 3 mars.  

Tours et Orléans misent sur la pédagogie  

Dans la région Centre-Val de Loire, les avis sont beaucoup moins tranchés. Alors que l'Agence régionale de Santé (ARS) comptabilisait le 28 février dernier 482 personnes hospitalisées et 143 autres en réanimation sur tout le territoire, la tendance est plutôt à l'incitation et non à l'obligation. "Le personnel est attaché à la notion de consentement aux soins, c'est pourquoi nous préférons leur laisser le choix et les convaincre par le discours. Avec notamment des séances de questions/réponses organisées avec tous les professionnels de santé et les chefs du service infectiologie qui n'ont aucun tabou. Un système qui a fait ses preuves puisque l'adhésion à la vaccination augmente", détaille Samuel Rouget, directeur des ressources humaines au CHRU de Tours.

Même stratégie adoptée à Orléans, qui semble rassurer le personnel : "C'est important de nous laisser le libre choix, le personnel est d'ailleurs de plus en plus favorable à la vaccination, commente Cédric Montagne, secrétaire général de la CGT CHRO. Après, même si je pense personnellement qu'il est important de se faire vacciner pour débloquer la situation, il faut aussi comprendre le fait que certains professionnels de santé préfèrent encore attendre, considérant que l'on manque encore de recul sur l'efficacité de ces vaccins.

Un taux de vaccination bas mais en progression constante

Parmi les 10 000 employés du CHRU de Tours, 2 821 d'entre eux avaient reçu leur première injection au 26 février. Un chiffre qui pourrait paraître faible pour certains, encourageant pour d'autres : "Au début il nous fallait une semaine pour vacciner 100 personnes, aujourd'hui il ne nous suffit que d'un jour pour atteindre ce nombre qui doublera sûrement dans deux semaines, précise Samuel Rouget. En un mois seulement de nombreux professionnels ont changé d'avis sur la question, c'est très rapide.

Des disparités persistent encore toutefois en fonction du poste des professionnels de santé. En effet, 53% des médecins du CHRU de Tours ont déjà reçu leur première dose, 30% la deuxième. De leur côté, seuls 28% des infirmiers se sont fait vacciner à ce stade, 19% chez les aide-soignants. Une différence notamment expliquée par les craintes qui persistent encore concernant AstraZeneca et ses effets secondaires, mais pas seulement : "L'accès à l'information diffère selon la fonction. En effet les médecins peuvent plus facilement se renseigner sur l'efficacité des vaccins que les autres salariés", note Samuel Rouget. Par ailleurs, la limitation du nombre de créneaux par jour et la nécessaire équité dans la distribution des doses entre soignants et patients ne viennent en rien améliorer la situation. 

S'il entend les appréhensions de certains de ses collègues, Valentin Maisons, interne en néphrologie au CHR d'Orléans, espère toutefois une accélération de la cadence : "Après toutes ces vagues Covid-19, nous sommes lassés et épuisés. On veut que ça s'arrête, pour nous et pour nos proches."

Pour l'heure, 132 373 personnes ont reçu leur première injection en Centre-Val de Loire, 66 335 leur deuxième. 

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