Coming out en entreprise : lesbiennes, gays, bi,transgenres, peu de jeunes LGBT+ osent être visibles


Souvent visibles pendant leurs études, les jeunes diplômés LGBT+  sont encore peu nombreux à oser faire leur coming out en intégrant une entreprise, par peur d’être jugés, discriminés. Certains ont franchi le pas et oeuvrent pour l’inclusion. Des "rôles modèles" pour tous les autres.

Difficile de franchir le cap du coming out en entreprise pour les jeunes diplômés LGBT+
Difficile de franchir le cap du coming out en entreprise pour les jeunes diplômés LGBT+ © Georges Gobet/ AFP
"Au moment de mon intégration, j’entamais une histoire d’amour avec une femme. Mais je n’en parlais pas au boulot." Cadre dans l’informatique, Agathe, 30 ans, est salariée dans une grande entreprise parisienne, depuis un an et demi. Elle s’assume en tant que lesbienne depuis seulement une année. Mais dans le cadre de son travail elle préfère rester invisible. Et témoigner ici de façon anonyme : "en arrivant, je portais une alliance à l’annulaire gauche, et quand une collègue m'a demandé si j’étais mariée, j’ai répondu que j’étais en couple sans préciser avec qui. Le lundi, devant la machine à café, je racontais mon week end, évoquant toujours des ami.es, mais jamais ma compagne. J’avais beaucoup d’amie.es…" 

 

Agathe : "peur  d'être jugée pour mon orientation sexuelle"
Agathe : "peur d'être jugée pour mon orientation sexuelle" © Antony Rodriguez Rojas

Peur d’être jugée pour son orientation sexuelle

Agathe avoue : "’j'ai peur d'être jugée pour mon orientation sexuelle, d’avoir besoin de me justifier. Je trouve que les femmes sont suffisamment discriminées. Pourquoi 51 % d’une population est-elle ainsi "minorisée" ironise t-elle. Je n’avais pas envie de me coller une étiquette supplémentaire. Et devenir, en plus, l’homo de l’open space a qui on pose des questions sur la pma ou d'autres thématiques liés à l’homosexualité. Alors que j'étais moi même en train de m'assumer". Enfin la jeune femme dit avoir un caractere bien trempé, et ne souhaite pas que certains esprits malfaisants puisse y voir une association déplacée. 

Une fenêtre sur la visibilité grâce au réseau LGBT interne

Etre invisible, s’inventer une autre vie, sans jamais pouvoir prononcer le prénom de la personne qu’on aime, et omettre une partie de soi même, devient pesant, et fatigant. Les propos d'Agathe ici résonne avec ceux des autres salarié.e.s dan sla même situation.
Elle finit par découvrir que son entreprise est LGBT friendly. Elle contacte le réseau interne, rencontre la correspondante, et d’autres salariés LGBT+, ainsi que des alliés : "c’est un lieu d'échange ouvert ou la parole est sincère . On y organise des débats, avec des acteurs engagés d’autres entreprises, ou de la  vie publique. " L'esprit de communauté s’ouvre à elle : “on ne se sent plus seule. On a un sentiment de fierté, d’appartenance, de reconnaissance."

Elle "sort du placard"... Mais avec une poignée de personnes : “ mes premiers échanges avec des collègues très proches se sont hyper bien passés.  Pour eux, c’était un non événement. Je me suis rendue compte que la majorité des gens est ouverte. Et les éventuels détracteurs sont recadrés par d'autres salariés. Aujourd'hui je suis dans un environnement de travail très safe. Jamais je n'ai entendu de remarques homophobes".
Pour Agathe néanmoins, pas question de coming out, au delà de ce petit cercle. 

Crainte d’être freinée dans son parcours professionnel

Une petite voix lui chuchote toujours à l’oreille, l'incitant à rester dans l’ombre : “ dans l’inconscient patriarcal et hétéronormé, la femme est objet et victime de sexisme. Je n’ai pas envie de me prendre des remarques graveleuses car en plus d’être une femme, je suis lesbienne. Avec une sexualité fantasmée. D'ailleurs, quand deux femmes s’embrassent dans la rue, il y a toujours un homme pour proposer un plan à trois. Avec ma compagne, on s’est faites filmées et agressées verbalement de façon violente dans le metro.”

Et la jeune femme ne se sent pas dans un climat de confiance intégral : "je suis jeune, au début de ma carrière, je n’ai pas envie que ce soit un frein possible à mon évolution. Mais je n’ai aucun élément objectif pour le prouver." 
 

Un jeune LGBT+ sur deux visible en entreprise

Seule une personne LGBT+ sur deux est « visible » dans son entourage professionnel, selon le  baromètre autre cercle – Ifop 2020. Et 80 % des jeunes LGBT se déclarent prêts à faire leur coming out dans leur entreprise. Mais un sur deux seulement finit par le faire, selon une étude BCG pour Tetu.

Des chiffres qui justifient l'engagement de l'Autre Cercle. Dans le cadre de la journée mondiale du coming out, cette association qui oeuvre pour l’inclusion des personnes LGBT+ dans le monde de l’entreprise, organise la 2e édition française des Rôles Modèles LGBT+ et Allié·e·s au Travail, en partenariat avec Radio-France et La tribune : "Ces rôles modèles LGBT+ contribuent à faire bouger les lignes et adressent des signaux à toute l’organisation, en démontrant que l’on peut réussir dans sa vie professionnelle, quelles que soient son orientation sexuelle et son identité de genre.", explique Alain Gavand, initiateur et chef de projet de cette édition.
 
Si parmi les rôle modèles LGBT+ 2020, les femmes représentent 40% des lauréat·e·s, contre 25% l’année dernière, il y a encore peu de candidatures dans la catégorie des « Rôles Modèles LGBT+ Jeunes Diplômé·e·s. Selon Alain Gavand, "cela nous montre les craintes des nouvelles générations à se rendre visibles lors de leur premier poste, malgré des aspirations à l’être."

"Les entreprises doivent créer un environnement qui permet à celles et ceux qui le souhaitent d’être visible"
, explique Alain Gavand.Pour le Vice-Président de la Fédération de L'autre cercle & Président du Jury des #RolesModelesLGBT 2020, "lorsque la plupart des salarié·e·s LGBT+ ne sont pas visibles, c’est que demeurent encore des craintes quant à d’éventuelles #discriminations, des #LGBTphobies, ou encore des #stigmatisations."


Une salariée autorisée à s’exprimer, mais assistée

Parmi les entreprises qui ont signé la Charte d’engagement LGBT+ de l’Autre Cercle, Aviva France  affiche sur son site : " Aviva France s’est ainsi engagé à pérenniser un environnement de bienveillance et une égalité de traitement pour les personnes LGBT+."  

Nous avons considéré ne pas pouvoir interviewer librement une jeune lesbienne que nous avons contactée dans cette entreprise. Un responsable de la direction “Relations Medias & Réputation” nous a expliqué que, "selon le process de l’entreprise, un membre du service de presse assiste aux entretiens. "
Nous avons alors décliné cette interview dans ces conditions, qui d'un point de vue journalistique, ne permettaient pas selon nous, un témoignage libre de cette jeune femme. Voici la réponse du responsable médias : "cela n’enlève en rien la spontanéité du ou de la porte-parole ; au contraire l’expérience nous prouve que cela les met en confiance et que cela améliore la qualité de l’entretien. La liberté d’expression n’est pas le sujet, puisqu’elle peut vous dire ou ne pas vous dire ce qu’elle souhaite. La diversité non plus. Il n’y a aucun symbole ici, juste des process internes.”

Certes, dans la plupart des grandes entreprises françaises, les salariés interviewés au titre de leur appartenance à une société commerciale sont accompagnés par un membre du service de communication. Mais il s'agit en général de questions sur leur travail au sein de cette société. Notre demande concernait les difficultés éventuelles que rencontrent certains jeunes LGBT pour s'afficher dans leurs premiers postes. Il s'agissait donc bien d'évoquer les possibles freins ou obstacles à la parole d'un.e jeune dans son environnement. Demander à un témoin de parler devant un représentant officiel de la direction ne nous semblait pas relever de l'aide à l'expression libre. Faire son coming out, gérer sa parole, son image revet une dimension personnelle très forte. Les exemples sont nombreux de filles et de garçons qui même dans une ambiance très inclusive n'osent pas se lancer. Pour des raisons qui leur appartiennent. D'où l'importance de pouvoir faire parler une lesbienne et de partager son histoire, ses anecdotes au besoin intimes, et sa visibilité réelle et heureuse dans son entreprise avec d'autres jeunes. C'est la notion même de l'exemplarité. Ceci montre combien il est difficile mais nécessaire de faire évoluer sur des thèmatiques personnelles, encore délicates à aborder, notre culture collective.

 
Adeline Morais Afonso : "je me suis sentie à l'aise et je n'ai jamais été victime d'homophobie ".
Adeline Morais Afonso : "je me suis sentie à l'aise et je n'ai jamais été victime d'homophobie ". © Alexandre Brendel.

Dans le domaine universitaire, la visibilité semble plus facile à vivre

Etudiante en master d'histoire contemporaine à la Sorbonne, et coordinatrice du programme Erasmus, à 23 ans, Adeline Morais Afonso, n’a pas la même vision de la visibilité. Pour elle, c’est naturel, voire essentiel à son équilibre. Elle n’a pas révelé tout de suite son homosexualité mais elle a finit par le dire peu à peu à ses collègues de l’administration de l’université : " certains sont encore étudiants ou ont fini leurs études il y a peu de temps. D’autres, ont  la quarantaine : “tous sont très tolérants. l’acceptent. je me suis sentie à l’aise et je n’ai  jamais été victime homophobie."

Être soi même pour être efficace

Ironie de son histoire, Adeline vise une carrière diplomatique. Un milieu où règne la discrétion : “si je deviens diplomate,  certes je devrais être discrète, mais pas forcément le cacher à tout le monde." Et cette discrétion étant  imposée à tout le monde, Adeline ne la vivrait pas comme une discrimination. Pour elle, le fait de se sentir bien au travail conditionne sa  performance professionnelle : “ Si j'étais amenée à cacher mon identité, je changerais  de travail. Car je ne peux pas être efficace si je ne suis pas moi même. "
C’est cette motivation qui a conduit Alexandre Toureh à sortir de l’invisibilité dans le cadre de son travail en entreprise.  

 
Alexandre Toureh : "à force de mentir, de faire attention à ce qu'on dit. On ferme des portes"
Alexandre Toureh : "à force de mentir, de faire attention à ce qu'on dit. On ferme des portes" © Jacques Delva
Alexandre Toureh, a fait son coming out à 19 ans, pendant sa  première année d'études aux USA . Visible à l’université, il connait ensuite la tentation du placard, dans le cadre de ses premières missions professionnelles, notamment en Inde : "on sort du cocon universitaire où on a le droit droit de se chercher, d’expérimenter. Je  l’ai fait par crainte, d'être catalogué comme une personne qui dérange, qui n'est pas productif. On a envie de faire carrière et on a peur que quelque chose vienne entraver cette carrière. "

Mais le jeune diplômé vit mal cette invisibilité : "à force de mentir, de faire attention à ce qu'on dit. On ferme des portes et s'ouvre moins avec ses collègues. Cela crée de la distance et on s'intègre moins bien. C'est important de pouvoir être soi au travail. On est plus performant, plus impliqué, Sinon on est juste un objet dans une chaîne. "

Un réseau de rencontre entre jeunes et entreprises LGBT friendly

En arrivant en France, il n’a jamais dissimulé son homosexualité. Et va même plus loin. Il s'engage en faveur de l’inclusion des jeunes LGBT+. Il crée “LGBT Talents”. Son objectif : créer des rencontres entre de jeunes talents et des entreprises LGBT friendly :  "des entreprises qui ont des vrais engagements dans la diversité, et accomplissent des actions tangibles, et pas seulement du pinkwashing. En organisant ces rencontres, on permet aux jeunes d’identifier facilement les entreprises inclusives, un lieu de travail où on ne soit pas obligé de mentir sur ses week-end, et qui véhicule nos valeurs”. 
 
A cette occasion, Alexandre rencontre des équipes d’IBM, et décide de leur envoyer son CV, et de s'afficher immédiatement : 
"j’indique avoir créé l’association LGBT Talents. Je fais mon coming out sur mon CV ! ".  Alexandre est embauché, comme consultant en transformation digitale chez IBM. 


Des clients homophobobes  

"Je n’ai rencontré aucun souci au sein d’IBM. En France et dans le monde entier, cette entreprise est un modèle en matière d’inclusion, grâce à un réseau LGBT créé depuis 20 ans. Un réseau sponsorisé par des membres du comex. C’est même une des premières entreprises avec un process de suivi des transitions des personnes transgenres."

Mais, Alexandre a tout de même dû faire face à de l’homophobie, de la part des clients d'IBM avec lesquels il travaille, dans d’autres entreprises : " j’ai entendu des propos très désobligeants, très homophobes à mon égard ou non."
Alexandre n’hésite pas à remettre ses interlocuteurs à leur place : "Je leur ai dit que je ne trouvais pas ces termes acceptables Je leur ai expliqué que je n’aimais pas qu’on me traite ainsi.  Dans ces cas, conseille-t-il,  il ne faut pas hésiter à contacter la direction de l'entreprise."

Malgré l'évolution des mentalités, l'homophobie au travail frappe encore trop dans le monde de l'entreprise. Selon une Etude IFOP pour l’Autre Cercle : 32 % des jeunes LGBT + ont déjà été victimes de moqueries au travail.Contre 12 % des 50 ans et plus.
 

Sortir du placard facilite le coming out des autres 

Pour Alexandre,  devenu président du réseau LGBT- IBM il y a  6 mois, "c’est important de sortir du placard. Plus il y en a qui le font, plus cela facilite le coming out des autres : il ne faut pas hésiter à en parler de façon posée.  Quelle que soit la lettre L,G,B,T. Car mon coming out n’est pas le même que celui d’autres lettres. Cela permet d’avoir une vision globale et diverse des LGBT." 
C'est cette démarche qu'a accomplie Cyrielle Collignon.

 
Cyrielle Collignon : "quand tu changes ta présentation de genre, que tu te fais refaire les seins, tu ne peux plus le cacher."
Cyrielle Collignon : "quand tu changes ta présentation de genre, que tu te fais refaire les seins, tu ne peux plus le cacher." © Jacques Delva


Découverte d’un autre genre

Cheveux longs et blonds, féminine, Cyrielle a 32 ans. Elle arbore un sourire épanoui et serein. Sa féminité, elle l’a découvert, peu à peu, tardivement : “j’ai su que je voulais faire ma transition, à 29 ans. Issue d’un lycée de banlieue, elle, ou plutôt il à l'époque,  intègre Henri IV puis l’école Normale supérieure. Et entame une thèse en sciences sociales. Parallèlement, Cyrielle décide de créer une start up qui met en scène une chanteuse holographique à la voix synthétique : “ un jour ne me suis rendue compte que cette chanteuse virtuelle c’était peut être moi. Et dans ce monde artistique, il y a beaucoup de personnes LGBT. Pour la première fois, je rencontre des personnes transgenres et je réalise que je m’en sens pas si éloignée que cela. Elles ont été parmi les premières personnes à qui j’en ai parlé."

Cyrielle décide alors d'assumer sa transidentité : "En janvier 2018, je réalise que j’arrive a la fin mon contrat de thèse. Je ne me vois pas continuer dans la recherche car c’est un domaine précaire. Je veux trouver un  contrat en CDI, pour pouvoir effectuer ma transition , avec une sécurité financière."


A la recherche d’une entreprise LGBT Friendly 

Cyrielle veut alors s’assurer d’intégrer une entreprise qui lui offrira un accueil le plus bienveillant possible. On lui conseille les sociétés de conseil et d’audit, réputées pour avoir des politiques LGBT friendly. Elle parcourt alors  les réseaux sociaux,  en quête d'informations sur  les sociétés qui affichent leur politique d’inclusion . Et Finalement, elle est embauchée par l’une d’elle. Cyrielle est aujourd’hui spécialisée dans l’audit financier au sein de l’entreprise EY : "Je suis très heureuse d’avoir trouvé cette entreprise LGBT friendly. Je ne sais pas ce que j’aurais fait si le seul poste qu’on m’avait proposé avait été dans une entreprise qui n'était pas inclusive. A ce moment là, ma priorité était de survivre."


Un coming out en plein séminaire

2018 marque un point de bascule radical et soudain dans sa vie. Cyrielle est embauchée chez IY en mai 2018, démarre sa transition en juillet 2018, et commence à travailler en septembre :  "j'ai fait le choix de faire confiance à mon entreprise, au climat qui y règne. Mais je ne savais pas si j’allais faire mon coming tout de suite. Dans le doute, je voulais m’assurer que tout se passerait bien."

La première semaine, Cyrielle se présente dans sa nouvelle entreprise, à la Défense, en costume cravate. Car elle porte encore son identité masculine. Une nouvelle va précipiter les choses : un séminaire de team building en Grèce, la semaine suivante, en tenue détendue : "or depuis ma décision de transition médicalisée, cela m’avait donné envie de m’occuper de mon corps, et j’avais perdu 30 kilos. Je n’avais plus de vêtements légers dans ma garde de robe masculine. Seule ma garde robe féminine était à ma taille."

C’est un jeu qui va lui permettre d’accomplir son coming out : " l'objectif était d’écrire, sur un papier, des indices sur soi. Aux autres de découvrir de qui il s’agissait : “ moi j'écris " je fais de la pole dance et j’ai déjà participé à des concours de beauté féminine". Et tout le monde se retourne vers moi en souriant, en me lançant : c’est toi, c’est cool!”. Puis sont organisés des concours de  mister et miss IY : “je participe en tant que miss. Et tout le monde me dit “pas de problème”. Je revêts donc une tenue tres feminine. Et j’en profite, pour faire mon coming out ! Ils avaient recruté un garçon en costard avec de très beaux sourcils et de très beaux ongles et pas de bol ce n'était pas un garçon", ironise-t-elle. Son annonce est accueillie avec une grande compréhension : "Tout le monde était bienveillant. On me posait des questions. .”

Pour Cyrielle, cette démarche de visibilité n'est pas une preuve de courage :  "Le coming out trans a une particularité. A un moment, on décide d’assumer qui on est. Tu peux être dans le placard quand tu es gay, passer pour quelqu’un d’hétéro. Mais quand tu changes ta présentation de genre, que tu te fais refaire les seins, tu ne peux plus le cacher. Je me suis dit, je l’assume publiquement et si ca se passe mal, on trouvera une solution."


Inclusion  dans un climat très bienveillant

Assez rapidement, Cyrielle prend contact avec sa direction des ressources humaines et la responsable diversité inclusion de son entreprise : "Quand elle me reçoit, elle me confie  “je n’y connais rien aux trans “ raconte moi, comment tu le vis, comment je peux t’aider?  "

Les responsables des ressources humaines demandent même à Cyrielle comment elle souhaite l’annoncer aux équipes : "j'ai préféré que ce soit  ma hiérarchie qui explique ma situation. Lors d’une réunion, la RH a donc fait savoir à mes équipes qui j’étais, en indiquant mon nouveau prénom : “à partir de maintenant c’est Cyrielle, faites en sorte que cela se passe bien avec elle."  La moyenne d’âge des salariés est de 25 ans, les esprits plutôt  ouverts. Cyrielle est pleinement rassurée : "je me sens en confiance".

Dans l’ensemble l’inclusion de Cyrielle se déroule dans un climat de grande bienveillance. A quelques exception près. Au cours de son traitement médicamenteux, elle a commencé à avoir une expression de genre féminine, à s’habiller en femme : "oui, au début,  quand je passais dans les couloirs, j'ai eu droit à des moqueries du genre", ou "il y a un homme en robe dans les locaux, ou bientôt ça va être la Gay pride au bureau".  Mais je ne connais pas ces personnes. Cela ne m’affecte pas. Et  aujourd’hui, Cyrielle n'entend plus aucune réflexion transphobe. 
 

Transgenre et très visible

Les membres des équipes qui lui sont proches, sont curieux, bienveillants, et s’intéressent à sa transition : “Quand j’annonce que je dois m’absenter pour une opération liée à ma transition, on me dit “c’est super, je suis vraiment heureuse pour toi”. Le gros enjeu de l'inclusion c'est aussi qu’on puisse partager nos joies, nos peines nos déceptions, et être authentique au travail."

Cyrielle se sent considérée, dans son entité, avec sa propre  histoire. Bi sexuelle, actuellement, elle vit en couple avec une femme. Et ne le cache pas non plus au sein de son entreprise. Elle raconte ses week-end avec sa copine, aux personnes dont elle est proche, en toute quiétude.
"J’avais peur de ne pas être promue à cause de ma transidentité. On aurait pu me refuser certaines missions. " Au contraire, Cyrielle est  très estimée : "on m'apprécie pour mes compétences".

Accomplir sa transition, l’assumer, être pleinement acceptée au sein de son entreprise, a bouleversé la vie de Cyrielle : "avant quelque chose manquait en terme de nuances. C’est comme si j’etais passée du noir et blanc à la couleur. Je suis plus apaisée par rapport à moi même. 
En étant pleinement moi même, je suis épanouie et heureuse, au sein de mon travail, et donc plus motivée."
 

Savoir être tacticien.ne, et discerner ses alliée.es

Cyrielle est  un modèle d’inclusion admiré : “des collegues gay au placard me demandent comment faire pour en sortir. Pour  elle, la clé de cette inclusion réussie est évidente : " j’ai été bonne tacticienne. J’ai cherché à me requalifier dans un domaine où j’avais de la chance de m’en sortir, dans un milieu inclusif. Le travail m’a plus aidé que perturbé, mais je sais que cela peut être très dur pour d’autres. "

Quel conseil donner à un jeune LGBT : "Je n’ai pas de solution miracle. Il faut favoriser sa chance comme on peut. Minimiser les risques en ciblant les entreprises inclusives. Mais tous les milieux ne sont pas égaux face à ces questions d’inclusion. Dans les plus petites entreprises il va falloir trouver la bonne personne et c’est difficile", confie Cyrielle Collignon. 
 
Pour Alexandre Toureh, “etre visible, faire son coming out, cela demande toujours du courage car on prend toujours un risque : "moins de promotion, être écarté.e, ne pas avoir tous les bénéfices. Mais ces risques sont de plus en plus minimes. Mon conseil à un jeune qui va entrer dans le monde du travail est de faire des recherches. Il y a beaucoup d’entreprises qui sont très visibles et font énormément d’actions. Posez des questions sur les réseaux. "

Quand on se rend à un entretien d’embauche, "il ne faut pas hésiter à poser des questions ciblées, explique -t-il : "est ce que vous avez un  réseau LGBT ou une personne dédiée à la diversité ?", "quels sont vos objectifs dans ces domaines ?", et il ne faut  pas hésiter à prendre contact  avec  l’Autre cercle, association engagée dans l’inclusion LGBT au sein des entreprises. "
 
"Avec nos éditions Rôles Modèles LGBT+ & Allié·e·s au travail, la puissance d’une politique d’inclusion des personnes LGBT+ pourra dorénavant se mesurer à l’aune de sa capacité à faire émerger des rôles modèles LGBT+. Cela constitue un réel indicateur ! Une organisation d’une certaine taille qui ne parviendrait pas à révéler de tels rôles modèles doit s’interroger ", conclut Alain Gavand.


La 2nde édition des Rôles Modèles LGBT+ et Allié·e·s au Travail dévoile les lauréats aujourd'hui, lors d'une cérémonie virtuelle.
 

Dans le cadre de la journée mondiale du Coming Out, la 2nde édition des Rôles Modèles LGBT+ et Allié·e·s au Travail...

Publiée par L'autre cercle sur Lundi 12 octobre 2020

France Télévisions à l’honneur


Cette édition 2020 des Rôles Modèles LGBT+ et Allié.e.s, met à l’honneur des salariés de France Télévisions, signataire de la charte d’engagement LGBT de l’Autre Cercle.
 
Il s’agit de deux des co-fondateurs, très engagés, de “France.tv pour tout.te.s”, une association qui oeuvre pour l’inclusion au sein du groupe. Elle veille à une meilleure représentation des personnes LGBT+ dans les contenus d’information et de programmes. Son action recueille aussi un grand écho auprès des téléspectateurs et internautes. 
 
Jean-Baptiste Marteau et Daniel Ielli : rôles modèles LGBT+
Jean-Baptiste Marteau et Daniel Ielli : rôles modèles LGBT+ © France.tv Pour Tout.e.s

A la barre des réseaux sociaux de l’association, Daniel Ielli est un relais infatigable. Il est aussi à l’origine d’une tribune : “ajoutons du noir aux couleurs de l’arc-en-ciel” publiée lors des émeutes aux Etats Unis, qui ont suivi la mort de Georges Floyd, et le grand mouvement connu sous le nom de #Black Lives Matter. 

Jean-Baptiste Marteau, lui, met son image de présentateur joker de France télévisions au service de la cause LGBT+. Papa d’une petite fille, il s’est notamment engagé en faveur du congé de paternité.

 
Les co-fondateurs de France.tv pour Tout.e.s avec Delphine Ernotte, lors de l’inauguration de l’association. 
Les co-fondateurs de France.tv pour Tout.e.s avec Delphine Ernotte, lors de l’inauguration de l’association.  © Anne-Corinne Moraine

Les deux journalistes de France.tv pour Tout.e.s sont ainsi honorés comme l’avait été, l’an dernier, Frédérique-Marie Lamouret, co-présidente de l’association, lors de la première édition des Rôles Modèles. 

Retrouvez  la liste des lauréats de cette édition 2020 des Rôles Modèles LGBT+ et Allié.e.s, sur le site de l'Autre Cercle







 
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