Coronavirus : En pleine tempête sanitaire, ils continuent de pêcher pour nous permettre de consommer encore du poisson

Malgré la crise et les difficultés, Antoine Richard tient bon. Il fait partie des derniers pêcheurs de l'Île d'Oléron à sortir encore en mer avec son équipage. Il n'a qu'une seule idée en tête : assurer l'approvisionnement du marché. 

© Antoine Richard
Ambiance surnaturelle ce mardi dans le port de pêche de la Cotinière, à Saint-Pierre d'Oléron....Pas l'ombre d'un Saint-Pierrois ni d'un touriste. Et ¾ des bateaux restés à quai comme en plein hiver alors qu'il fait si beau... Les pêcheurs ont préféré cesser leur activité depuis la chute des ventes après la fermeture des marchés italiens et espagnols, le manque de visibilité et l'inquiétude grandissante des équipages. Sur la centaine de bateaux de pêche, seulement une trentaine a quitté le port cette nuit. Parmi eux, le Bélouga d'Antoine Richard, un jeune patron marin pêcheur qui fêtera ses 22 ans lundi prochain. Il est sorti en mer à bord du Bélouga, comme chaque nuit de la semaine, à 2 heures du matin, pour lever des centaines de casiers. Et relever des filets.
L'équipée d'Antoine RICHARD : Mathis FREU et Corentin MIGNE.
L'équipée d'Antoine RICHARD : Mathis FREU et Corentin MIGNE. © Antoine Richard
Pas de confinement mais pas de prise de risque ; Antoine a demandé à deux de ses matelots de rester à terre ; Valentin avait un peu de fièvre et ne se sentait pas très bien. Quant-à Eric Benoit, le plus ancien (l'aîné) de l'équipe - 52 ans - que tout le monde appelle Zico, il revient des Seychelles où il était en vacances. Il est aujourd'hui confiné chez lui. Antoine ne pêche plus qu'avec 2 matelots au lieu de 4 en temps normal : Mathis Freu et Corentin Migne, 22 ans tous les deux. Mais afin de maintenir son entreprise de pêche à flot, Antoine a pris la responsabilité de poursuivre son activité et il a décidé de s'adapter

On cherche à pêcher des espèces précises comme la sole et le bar qui se vendent encore à peu près bien en criée

Antoine n'a jamais vécu ce genre de situation et a connu mieux moralement parlant :

Tous les jours, on se dit que c'est la dernière pêche. On est dans l'incertitude la plus totale. Mais on continue tant que la criée reste ouverte et on profite des bonnes conditions de travail

© Antoine Richard
Ces derniers mois, de novembre à janvier, la petite pêche cotière artisanale a beaucoup souffert du mauvais temps. Ironie du sort, les conditions climatiques sont idéales depuis une dizaine de jours. Résultat, lundi, Antoine et ses équipiers ont pêché 80 kilos de soles et 250 kilos de seiches.

la pêche est un peu moins bonne que le week-end dernier où on avait pris une centaine de kilos de bars et de soles par jour 

note le jeune chef d'entreprise qui s'efforce de garder le moral malgré l'effondrement des prix en criée.

Des bars de ligne à 8 euros en moyenne le kilo ce lundi matin contre 25 avant la crise sanitaire, de la sole à 12 euros contre 18 avant le début des hostilités. “80 % de baisse pour la lotte” constate Nicolas DUBOIS, le directeur de la criée de la Cotinière qui a pris la décision jeudi 19 mars de ne maintenir que trois criées par semaine contre onze habituellement. Les lundis, mercredis et vendredis à 5 heures du matin. Une décision prise avec la direction de la mer du département des Charentes-Maritimes et comprise de tous :

Ma philosophie, c'est de fournir des produits alimentaires, ne pas stopper une filière dynamique pour que les pêcheurs puissent continuer à travailler et  pour que le consommateur puisse avoir une certaine diversité dans son assiette

Nicolas avoue pourtant partir travailler “la boule au ventre” :

Je suis content de faire perdurer l'outil économique et de ravitailler les habitants mais à quel prix ?

Il promet pourtant qu'il fera tout pour que la criée de la Cotinière reste ouverte.

© Antoine Richard
De quoi rassurer Antoine. Médaillé d'or du meilleur apprenti de France, il est le plus jeune marin pêcheur à patronner un bateau sur l'île d'Oléron. Dans sa famille, on est pêcheur de père en fils depuis 5 générations. Eric, son père travaille aujourd'hui dans l'ombre d'Antoine. C'est lui qui gère les matelots, les ventes, le matériel et l'administratif. Il appréhende le moment où tout va s'arrêter, où les pêcheurs manqueront de matières premières. Il se demande comment il fera en cas de panne et s'inquiète :

Si tout s'arrête, beaucoup de monde va rester grippé. Il manquera d'huile pour tout faire repartir.

Le Bélouga, le bateau d'Antoine aura 18 ans en juin. Un bateau de 12 mètres de long sur 5 mètres 50 de large
Le Bélouga, le bateau d'Antoine aura 18 ans en juin. Un bateau de 12 mètres de long sur 5 mètres 50 de large © Antoine Richard
Après une longue journée de travail de 13 heures de pêche, Antoine et son équipage sont rentrés au port ce mardi avec 90 kilos de soles et 250 kg de seiches. Ils s'apprêtent à repartir demain après une courte nuit de sommeil.
Tous attendent avec impatience la fin de cette crise sanitaire. Dans quelques semaines, ils doivent changer de bateau et embarquer à bord d'un navire plus écologique et plus confortable, qui leur permettra de faire face aux intempéries. "Ça va nous changer la vie, ce sera un nouveau départ” assure Eric BENOIT.
Le départ pour une nouvelle vie, la vie d'après le Covid-19...   
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