10 séances de psy gratuites pour les enfants de 3 à 17 ans : une mesure applicable en Corse ?

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Écrit par Alix Guiho
Emmanuel Macron visite le service de pédopsychiatrie du CHU de Reims (Marne), le 14 avril 2021.
Emmanuel Macron visite le service de pédopsychiatrie du CHU de Reims (Marne), le 14 avril 2021. © CHRISTIAN HARTMANN / AFP

Emmanuel Macron a annoncé la prise en charge de 10 séances de psychologie, sans avance de frais, pour tous les enfants de 3 à 17 ans. Une mesure pour lutter contre les effets de la crise du Covid-19 chez les jeunes, qui semble difficilement applicable à la Corse, en sous-effectif.

Troubles alimentaires, du sommeil, dépression, pensées suicidaires… «Nous avons aujourd'hui un problème de santé qui touche nos enfants et adolescents, qui se rajoute à l'épidémie», a déclaré Emmanuel Macron, à l’issue de sa visite dans le service de pédopsychiatrie du CHU de Reims (Marne), ce mercredi 14 avril. Le chef de l'Etat a alors annoncé la mise en place d’un forfait de dix séances prépayées chez un psychologue pour les enfants dont la santé psychique est affectée par la crise du Covid-19.

10 séances sans avance de frais 

Ce dispositif concerne tous les enfants de 3 à 17 ans et sera activable tout au long de la crise auprès de psychologues partenaires identifiables sur une plateforme, dans le cadre d’un parcours de soin passant par tout médecin qui prescrira ce forfait d'urgence”, précise le gouvernement dans un communiqué

Agressivité, troubles du sommeil, dépression : 40% des parents ont déclaré avoir observé des signes de détresse chez leurs enfants

Les pédopsychiatres alertent sur la dégradation de la santé mentale des enfants et des adolescents et observent une pression sur leurs services d’urgence. Dans un contexte de crise sanitaire qui exacerbe les troubles psychologiques, il a été constaté fin 2020 par le gouvernement :

  • Une hausse moyenne de 40% des recours aux urgences pour ce motif, par rapport aux années précédentes. 
  • 40% des parents ont déclaré avoir observé des signes de détresse psychologique chez leur enfant lors du premier confinement 

 

“Je refuse 4 à 5 patients par jour”, une psychologue libérale à Ajaccio 

Un soutien psychologique aux familles est donc bienvenu… mais les praticiens corses sont déjà surchargés, à l’image de Vanina Bonavita, psychologue libérale à Ajaccio : “Je constate une forte augmentation des demandes de consultations depuis un an. Je ne parviens plus à absorber... je refuse 4 à 5 patients par jour”. Parmi sa patientèle âgée de moins de 18 ans, beaucoup de syndromes dépressifs, d’angoisses, de tensions, de conflits familiaux, de souffrance liée à l’isolement, d’addictions aux jeux-vidéos, d’aggravation des phobies sociales/scolaires. 

“Les effets du confinement sont violents pour le psychisme, explique-t-elle. Souvent, quand il y a des traumatismes antérieurs, ça les fait remonter à la surface. Et parfois, entre difficultés conjugales et relationnelles, ça se passe mal dans la sphère familiale. Les mesures sanitaires exacerbent les tensions existantes ou en créent.” La communication avec l’extérieur, elle aussi, est mise à mal : “L’utilisation intense des réseaux sociaux pour communiquer avec les autres peut être source de conflits et si l’on se voit en vrai, c’est pour un laps de temps très court. Les ajustements ne se régulent plus.”  

Des centres médico-psychologiques surchargés en Corse : “Un an d’attente pour obtenir un rendez-vous”  

Même manque d’effectif constaté dans le public. Dans les centres médico-psychologiques, les consultations sont déjà gratuites. Mais les délais d’attente sont extrêmement longs. C’est ce que confirme une psychologue d’un centre corse, qui préfère rester anonyme : “On n’y arrive pas. Dans certaines zones, la demande est bien plus forte que ce que l’on peut offrir. Mon temps d’attente est d’un an, s’il n’y pas d’urgence psychiatrique. En ce moment, on ne reçoit donc que les urgences avec risque suicidaire, présent notamment chez l’adolescent.” 

Les professionnels pointent du doigt un “effet d’annonce” 

Le syndicat national des psychologues (SNP) se dit “en colère”. Il pointe du doigt un “effet d’annonce” et dénonce l’absence de concertation. Contacté par téléphone, son secrétaire général Patrick-Ange Raoult alerte sur la nécessité de permettre un accompagnement sans reste à charge, “sans que le prix à payer soit le sabordage de la profession”. 

Au-delà de la  prescription d’un médecin obligatoire “qui ralentit le temps de prise en charge”, il dénonce la tarification proposée dans les expérimentations CNAM située entre 22 et 32 euros la séance. “Impensable, quand on sait que le coût des charges d’un psychologue de ville varie entre 30 et 60%. Le gouvernement a déjà échoué avec les “chèques psy” pour les étudiants, avec le même genre de tarification, qui n’a pas mobilisé les psychologues”, constate Patrick-Ange Raoult. Il salue l’initiative des mutuelles qui ont quant à elles proposé de rembourser au minimum 4 séances au tarif de 60 euros. 

Sans concertation, les psychologues refusent de participer au dispositif 

L’annonce d’Emmanuel Macron a été une surprise pour la profession : “On ne sait rien des modalités, rien n’a été négocié avec les syndicats, on l’a appris par la presse !”, raconte Fabien Geronimi, psychologue clinicien à Borgo. Cette annonce intervient dans la continuité des expérimentations CNAM. Et si le “forfait psy” des 10 séances se déroule dans les mêmes conditions que ces expérimentations, ce praticien refusera de participer au dispositif : “Le découpage des séances n’était pas pertinent, avec 30 minutes seulement au début, il ne respectait aucun protocole de soin connu en psychothérapie”. 

“Imaginez recevoir une victime d’inceste et lui dire de partir au bout de 30 minutes” 

Même son de cloche dans le cabinet de Carole Finidori, psychologue à Sainte-Lucie de Porto-Vecchio, qui “n’a pas attendu l’Etat pour réagir à la crise” en faisant des consultations bénévoles auprès des soignants et en adaptant ses tarifs en fonction des difficultés économiques rencontrées par ses patients cette année : “C’est toute notre manière de professer qui est chamboulée. Une première consultation c’est 45 minutes/1 heure minimum. Vous avez des patients qui entrent puis s’effondrent devant vous car ils vont très mal. Et là on nous parle de  les recevoir 20-30 minutes ? Imaginez recevoir une victime d’inceste et lui dire de partir au bout de 30 minutes… On va où là ?” 

 

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