Bernard Squarcini se livre

Bernard Squarcini lors de la remise du rapport sur les chiffres de la criminalité pour l'année 2011. / © Crédit Martin Bureau / AFP
Bernard Squarcini lors de la remise du rapport sur les chiffres de la criminalité pour l'année 2011. / © Crédit Martin Bureau / AFP

L’ancien patron du contre-espionnage français vient de publier un livre, avec Etienne Pellot, sur les nouveaux enjeux des services de Renseignements.

Par Antoine Albertini édité par Jean Crozier

Bernard Squarcini a occupé les fonctions de directeur central du renseignement intérieur du 2 juillet 2008 au 30 mai 2012.

Il avait été nommé à la tête de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) née de la fusion, effective au 1er juillet 2008, de la Direction de la surveillance du territoire (DST) et de la Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG).

Dans le livre qu'il publie, avec Etienne Pellot, "Renseignements français : nouveaux enjeux", Bernard Squarcini expose sa vision d'une feuille de route pour réformer les services de renseignement français.

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Entretien avec Bernard Squarcini
Réalisé par Antoine Albertini et Philippe Villaret

Bernard Squarcini le confesse volontiers : son livre (« Renseignement Français : Nouveaux Enjeux » Ellipses, avec Etienne Pellot, 2013) est surtout destiné aux spécialistes du Renseignement et aux décideurs.

Dense, parfois ardu, il n’en recèle pas moins une réflexion intelligible au plus grand nombre et, argumentée au plus serré.
Le préfet en disponibilité, ancien grand flic des Renseignements généraux qui a porté la DCRI (Direction centrale des renseignements intérieurs) sur les fonts baptismaux en 2008, proche de Nicolas Sarkozy au point d’avoir été accusé de servir l’ex-président de la République plutôt que la République, y livre sa vision du renseignement, dont l’un des enjeux essentiels consiste à s’adapter à une menace mouvante et protéiforme.

Bernard Squarcini plaide non seulement pour la modernisation des moyens – et une loi-cadre définissant les prérogatives des services de renseignement – mais il enfonce le clou sur les périls liés à la mouvance djihadiste et la nécessaire coopération internationale qui, seule, peut être à même de lutter efficacement contre la menace.

S’il n’évoque pratiquement pas la situation de la Corse, il revient longuement sur d’autres épisodes : les affaires Merah, qualifié de « loup solitaire », ou celle du compte bancaire suisse de Jérôme Cahuzac.
S’élevant contre les fantasmes, il dénonce aussi un culture du renseignement française « très lacunaire » et récuse les « fantasmes » de barbouzes passés maîtres dans l’art subtil des coups tordus.

L’ancien spécialiste des séparatismes violents (Corse et Basque, en particulier) redéfinit l’axe de la menace mais il ne s’attarde pas sur ces volets pour consacrer de longs développements à la problématique du terrorisme « homegrown » (littéralement « grandi à la maison »), l’œuvre d’individus isolés, souvent convertis à l’Islam radical, impossibles à détecter et prêts à passer à l’action de leur propre chef.

Une réalité que les politiques peinent à percevoir, empêtrés dans une approche instrumentalisée voire idéologique des services de renseignements quand il faudrait surtout privilégier une vision « purement technique » - point de vue que ne manqueront pas de lui reprocher ceux pour qui l’intéressé est précisément tombé dans ce travers en mettant sa connaissance intime des rouages du renseignement au profit exclusif de Nicolas Sarkozy.

Après avoir occupé des postes clés dans l’appareil de renseignement français – dont il est un pur produit - Bernard Squarcini a vu la fin de sa carrière bousculée par des révélations sur plusieurs affaires, dont celles des « fadettes » (contraction des « factures détaillées » de téléphonie mobile) : à l’été 2010, en marge de l’affaire Bettencourt, les relevés téléphoniques d'un journaliste du quotidien « Le Monde » sont épluchés, ainsi que ceux de David Sénat, conseiller du ministère de la Justice, que les services de renseignement estiment être la source du reporter.

Pour ce délit de "collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite", Bernard Squarcini, qui assure avoir agi dans le cadre de la loi de 1991 sur le secret des correspondances – avis que ne partagent pas les juges d’instructions chargés de l’affaire - sera jugé le 18 février 2014 à Paris.

Des RG à la DCRI

Né en 1955 à Rabat (Maroc)
1981 – 1983 : après sa sortie de l’école des commissaires de la Police nationale, Renseignements généraux de Brest.
1984 – 1988 : directeur adjoint des RG de Corse.
1988 – 1989 : directeur des RG au Pays Basque.
1989 – 1993 : Chef de la division « Enquêtes et Recherches » à la Direction centrale des RG
1994 – 2004 : Directeur adjoint de la Direction centrale des RG
2004 – 2007 : Préfet délégué à la sécurité en PAC puis préfet de la zone de défense des Bouches-du-Rhône
2007 – 2008 : Direction de la Surveillance du Territoire
2008 – 2012 : Directeur de la Direction centrale du renseignement intérieur
28 février 2013 : départ à la retraite, crée son cabinet d’audit en matière de sécurité, « Kyrnos Conseils »

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