"C'est un traitement inhumain", Michel Cazalas, accusé de meurtre et atteint d'un cancer avancé, maintenu en détention

Michel Cazalas est en détention provisoire depuis fin 2018 dans l'attente de son procès pour le meurtre d'Arnaud Girard. Il souffre d'un cancer du foie en phase terminale. Ses avocats demandent sa prise en charge dans un établissement spécialisé. À cette heure, il a pu être hospitalisé.

De gauche à droite : André Paccou, porte-parole de la LDH Corse, Elisa Cazalas, et Me Dominique Paolini et Me  Anna-Maria Sollacaro, conseils de Michel Cazalas, lors d'une conférence de presse visant à sa remise en liberté, le 30 avril.
De gauche à droite : André Paccou, porte-parole de la LDH Corse, Elisa Cazalas, et Me Dominique Paolini et Me Anna-Maria Sollacaro, conseils de Michel Cazalas, lors d'une conférence de presse visant à sa remise en liberté, le 30 avril. © Axelle Bouschon / FTV

Ce que réclame aujourd'hui Elisa Cazalas et sa famille, ce sont des soins, "des vrais soins, dans un hôpital spécialisé" pour son père, Michel Cazalas. Accusé du meurtre d'Arnaud Girard, le 18 octobre 2018, à Sartène, l'homme est en détention provisoire depuis novembre 2018. Âgé de 55 ans, il souffre depuis plusieurs années d'un cancer du foie, désormais en phase terminale et inopérable.

"Quand je suis allée le voir la semaine dernière, je l'ai trouvé très, très maigre, avec un teint livide. Il était dans tous ses états, et m'a même parlé de suicide, de pendaison. Il voulait absolument me voir, parce qu'il pense être sur sa fin, il est arrivé à la limite de ce qu'il peut résister."  

La famille de Michel Cazalas et sa défense, Me Anna-Maria Sollacaro, Me Paul Sollacaro et Me Dominique Paolini, appellent à sa libération, pour qu'il puisse rejoindre un établissement de soins spécialisés, à Toulouse. S'il est hospitalisé depuis hier, leur demande est à ce jour toujours refusée, alors que la date de son procès approche, le 17 mai prochain.

Maintien en détention de Michel Cazalas : sa famille "très inquiète" de son état de santé

Pronostic vital engagé à très court terme

Les premières inquiétudes de la famille et de la défense de Michel Cazalas quant à ses conditions d'incarcération remontent à l'été 2020. Me Anna-Maria Sollacaro raconte alors avoir demandé à deux reprises une expertise médicale auprès de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bastia, certificats médicaux à l'appui. "Les deux fois, elle nous a été refusée, et nous avons même eu droit à quelques railleries de la part du parquet général."

Les mois passent et l'état de santé du détenu se dégrade. Michel Cazalas, dans un premier temps incarcéré en Corse, est transféré aux Baumettes, puis à l'UHSI (unité hospitalière sécurisée interrégionale) de Marseille en octobre 2020. Il est finalement renvoyé au centre de détention de Borgo en mars dernier, à l'approche de son procès. "Nous avons alors constaté qu'il n'était plus que l'ombre de lui-même, et n'arrivait déjà plus à se mouvoir", témoigne Me Anna-Maria Sollacaro.

La défense est alors contactée par l'administration pénitentiaire du centre. Sa directrice, Julie Latoux, se dit alors "très préoccupée", indiquent les avocats. "Le travail exceptionnel et très humaniste de Mme Julie Latoux est à souligner." Constatant la situation de Michel Cazalas, cette dernière demande l'intervention du médecin-coordonnateur du centre, le Dr Jean-François de Bernardi, le 12 avril. 

Nous avons écrit une lettre à l'avocat général François Thévenot pour lui dire que nous sommes en train de laisser mourir quelqu'un entre quatre murs, et qu'il faut prendre des mesures sans délai.

Il produit alors un certificat attestant que l'accusé se trouve dans un état critique, avec un "pronostic vital engagé à très court terme". "Nous avons une nouvelle fois saisi la chambre de l'instruction, qui a en retour planifié une audience au 28 avril", au dépit des avocats, qui "supplient" la mise en place d'une procédure accélérée.

"Nous avons écrit une lettre à l'avocat général François Thévenot pour lui dire que nous sommes en train de laisser mourir quelqu'un entre quatre murs, et qu'il faut prendre des mesures sans délai. La date du 28 avril a été maintenue", regrette la défense.

Nouveau rejet

Lors de l'audience, les avocats se présentent munis d'un nouveau certificat médical, qui atteste "clairement que l'état de monsieur Cazalas est incompatible avec la mesure carcérale. Nous le fournissons, avec l'ensemble des éléments, à la chambre de l'instruction."

Le délibéré est rendu le 30 avril. La chambre de l'instruction de la cour d'appel, présidée par Pierre Kuentz, refuse la demande de libération de Michel Cazalas. "Le Dr de Bernardi devait apparemment être une simple personne qui passait par Borgo et s'est dit, tiens, je vais m'improviser médecin, raille Me Sollacaro. Au cours de l'audience, il est décrit comme "quelqu'un se présentant comme le coordonnateur de l'unité pénitentiaire de Borgo". On comprend bien que le docteur puisse bondir."

Ils nous reprochent à demi-mot de ne pas avoir sollicité une expertise médicale. Nous l'avons pourtant fait à deux reprises à l'été 2020. C'est de la schizophrénie magistrale !

Me Anna-Maria Sollacaro

Les magistrats estiment également que les certificats médicaux produits par le médecin au cours du mois d'avril ne démontrent pas une incompatibilité avec la détention, et que les conditions de prise du détenu en cas de libération manquent de clarté.

"La famille s'est rapprochée d'un hôpital spécialisé à Toulon qui serait en mesure de l'accueillir, et a même présenté un billet d'avion déjà réservé", souffle Me Dominique Paolini. "On nous dit, on ne sait pas où il va. L'objectif, aujourd'hui, c'est qu'il soit correctement soigné. Il faut un centre de détention adapté à sa pathologie, et aujourd'hui en Corse, il n'y en a pas."

Plus encore, "ils nous reprochent à demi-mot de ne pas avoir sollicité une expertise médicale pour monsieur Cazalas. Nous l'avons pourtant bien fait à deux reprises à l'été 2020. C'est de la schizophrénie magistrale !", s'emporte Me Sollacaro.

Maintien en détention de Michel Cazalas : pour son avocat, "ce traitement est inhumain"

"Sa place n'est pas en prison"

La défense réclame immédiatement une nouvelle audience, et convoque une conférence de presse pour alerter sur la situation de leur client. "Dans quel pays refuse-t-on à un homme, fusse-t-il en attente d'un procès d'assises, de se soigner dignement, d'avoir une fin de vie décente ?", s'interroge Me Dominique Paolini.

Les députés Michel Castellani et Jean-Félix Acquaviva sont également contactés. "Ils ont assuré de leur soutien et vont interpeller le garde des Sceaux", affirme André Paccou, porte-parole de la section corse de la Ligue des droits de l'homme, qui s'est saisie du dossier.

"Au sens où nous dit le comité européen de lutte contre la torture et les traitements inhumains et dégradants, on peut considérer que la situation de cet homme est liée à un traitement inhumain. Il est atteint d'un cancer, est en fin de vie, et sans possibilité d'être libéré. Sa place n'est pas en prison, il doit être soigné."

Maintien en détention de Michel Cazalas : pour André Paccou de la LDH Corse, "sa place n'est pas en prison"

Prochaine audience le 5 mai

En l'attente, la nouvelle demande de la défense devrait être examinée par la chambre de l'instruction le 5 mai. "Là encore, on perd des jours, pour un homme en urgence vitale", soupire Me Anna-Maria Sollacaro. 

Il a envie que ce procès ait lieu, il a besoin d'apporter des explications. Mais aujourd'hui, il n'est tout simplement pas en état de le faire.

Me Anna-Maria Sollacaro

Les avocats ont finalement obtenu l'hospitalisation temporaire de Michel Cazalas en fin d'après-midi, le 30 avril. Ils estiment néanmoins impossible sa présence lors de son procès à la mi-mai, devant la cour d'assises.

"Monsieur Cazalas n'a même pas pu se déplacer pour assister en visioconférence à son audience, le 28 avril dernier. C'est un homme extrêmement affaibli. Il a envie que ce procès ait lieu, il a besoin d'apporter des explications. Mais aujourd'hui, il n'est tout simplement pas en état de le faire, et dans ces conditions, ce serait une injure à la défense, mais aussi à la partie civile, qui ne pourrait pas obtenir correctement les réponses qu'elle souhaite", conclut la défense.

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