Corse : le collectif Maffia No-A Vita Ie lance une pétition pour une loi de redistribution des "avoirs mafieux"

Le 14 novembre dernier, le collectif Maffia No-A vit aie a organisé son sixième débat autour du grand banditisme en Corse. Une annonce : le lancement d'une pétition réclamant une loi de redistribution des "avoirs mafieux". Un outil utilisé depuis 1996 en Italie.

ILLUSTRATION - Création du collectif Maffia NO-A Vita ie en septembre 2019.
ILLUSTRATION - Création du collectif Maffia NO-A Vita ie en septembre 2019. © FTV
"Sans le peuple, il n'y a pas de victoire contre la mafia", lance Jean-François Bernardini, membre du groupe I Muvrini. Samedi, accompagné de deux autres cofondateurs du collectif Maffia No-A Vita Ie – Leo Battesti, président de la ligue corse d'échecs, ancien militant du FLNC et Vincent Carlotti, ancien maire d'Aleria- il présente leur nouvelle initiative : le lancement d'une pétition.

Conscients du taux de frustration, de déception qui peut affecter la société corse lorsqu'il est question de grand banditisme, ils rappellent l'importance du devoir de citoyen sur cette question. "Une pétition ce n'est qu'un clic, et ce n'est pas un clic en vain. C'est un clic pour faire entendre la vérité qui est portée par 98 % des familles qui veulent vivre en paix", reprend Jean-François Bernardini.

Une pétition, c'est un clic pour faire entendre la vérité qui est portée par 98 % des familles qui veulent vivre en paix.

Jean-François Bernardini, cofondateur du collectif Maffia No-A Vita Ie
 

L'exemple italien

Depuis sa publication sur la plateforme Avaaz, le document a recueilli près de 500 signatures. Adressé au président de la République, au Parlement et au ministre de la Justice, il réclame une loi de redistribution des "avoirs mafieux".

Leur exemple : les lois antimafia italiennes. Ainsi dans le pays transalpin, dès 1982 la loi La Torre introduit pour la première fois le délit d’association mafieuse et prévoyait une disposition sur la confiscation des biens mafieux.

Le 7 mars 1996 est adoptée la loi de réutilisation des biens confisqués à des fins sociales. Désormais englobée dans le Code antimafia du 7 septembre 2011, elle prévoit l’attribution du patrimoine et des fonds illégaux saisis à la mafia aux associations, coopératives et municipalités afin de les rendre aux citoyens par le biais d’activités de promotion sociale. En France les biens confisqués à la grande criminalité sont, eux, vendus aux enchères. Cette mission est conduite par l’agence de gestion des avoirs saisis et confisqués (AGRASC) depuis 2011. Si en Italie la confiscation et l'information au public sont indissociables, dans l'Hexagone il est très difficile de connaître de quels dossiers judicaires sont issus ces ventes.

En 2018, pour la première fois en Corse, six biens ont été vendus pour un montant qui dépasse les 2,4 millions d'euros. C’est un quart du montant national des ventes de 2017 : 8,3 millions d’euros.

"La mafia ne pourra être éradiquée que si tout le monde dit : on n'en veut plus"

Le collectif Maffia no-Vita ie insiste : seule une mobilisation citoyenne pourra venir à bout de la mafia en Corse. "Ce n'est pas quelque chose qui s'organise au-dessus de la société, elle est dans la société. Et elle ne pourra être éradiquée que si tout le monde dit : on n'en veut plus", insiste Vincent Carlotti.

J'aimerais bien qu'il y ait un petit village de Corse qui dise : chez nous toute la population a signé à l'unanimité

Jean-François Bernardini, cofondateur du collectif Maffia No-A Vita ie

La structure reconnaît néanmoins que dans l'île le chemin sera long. "Il faut plus d'investissement dans la société corse", martèle Léo Battesti. "J'aimerais bien qu'il y ait un petit village de Corse qui dise : 'chez nous toute la population a signé à l'unanimité'. Je crois que c'est ça qui donne des signes et qui envoie des messages et qui nous sort de l'impuissance", complète Jean-François Bernardini.

"Les femmes ont un rôle extrêmement important à jouer dans cette affaire"

Les trois hommes soulignent tout de même quelques avancées. "En quelques mois ont été publiés deux livres sur les faits mafieux : 'Vendetta' de Violette Lazard et Marion Galland et 'Une famille dans la mafia' de Marie-Françoise Stefani. Ce n'était pas le cas il y a seulement 4-5 ans. Dans ces livres, elles mettent des faits, des noms et ce sont des femmes. Je suis persuadée que chez nous, les femmes ont un rôle extrêmement important à jouer dans cette affaire, comme elles l'ont été il y a quelques années dans leur combat contre la violence", estime Vincent Carlotti.

Fondé à Ajaccio le 25 septembre 2019, quelques jours après l'assassinat de Massimu Susini à Cargèse, le collectif anti-mafia Maffia Nò a Vita Iè souhaite « éveiller les consciences » à l'égard de « la mafioisation de la société ».



 
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