Ajaccio : immersion avec les sapeurs-pompiers du service départemental d'incendie et de secours

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Les pompiers sont généralement vus en action. Mais toute opération demande une grande organisation et tout commence au service départemental d'incendie et de secours. Les sapeurs-pompiers de Corse-du-Sud ont ouvert les portes de la structure à France 3 Corse ViaStella.

À travers les fenêtres du bâtiment à la structure métallique rouge de l'Avenue Noël Franchini, à Ajaccio, le jour n'est pas encore tout à fait levé. Sur la table, entourée d'écrans de contrôle diffusant notamment le nombre d'interventions en cours, des viennoiseries.

Peu avant 7h30, heure de leur prise de service, les six opérateurs du jour, sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires, arrivent les uns après les autres. L'odeur du café envahit doucement la pièce. Tous s'apprêtent à entamer une journée de 12 heures.

Alors que l'équipe de nuit réunit ses affaires, les chefs de salle font un point sur les événements marquants de la garde qui vient de s'achever. Une fois l'aparté terminé, les six opérateurs du jour prennent leur poste. Trois d'entre eux occupent la salle des appels 18 et 112, les trois autres celle du centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (Codis).

"Une fois les informations prises par les opérateurs 18, elle bascule vers le Codis. Ce sont ces opérateurs qui suivent toutes les opérations en cours dans le département. Ils suivent l'opération par voie radio, ils vérifient que l'opération se déroule correctement ou s'il y a besoin de renfort le tout en fonction des demandes du terrain", explique le chef de salle.

Jusqu'à 800 appels par jour

En hiver, la structure reçoit entre 250 et 300 appels quotidiens. En période estivale, ce chiffre peut atteindre 800. Par conséquent, les pompiers s'adaptent. Ainsi, en cas de journées de forte intensité, le centre de traitement des appels peut accueillir jusqu'à 12 opérateurs.

Et le poste est particulièrement important. "Il ne faut pas passer à côté d'un cas grave, explique Roland, sapeur-pompier professionnel affecté au CTA ce jour-là. Il faut de l'expérience qui s'acquiert aussi grâce au terrain. On comprend mieux ce qui peut se passer. Une personne qui vient décrocher un 18 et qui n'a pas l'expérience du terrain, c'est assez compliqué. Une fois que l'on a eu la formation théorique, il y a une formation de 80 heures en doublure pour que les gens puissent bien assimiler la particularité de cette mission. Tout part de là, c'est le premier maillon de la chaîne et si ça part mal de là, c'est sûr qu'au bout de la chaîne, on va le ressentir."

Une chaîne de prise de décisions facilitée, à Ajaccio, par l'organisation de l'établissement. Ainsi, il fait partie des rares à regrouper en un même endroit le CTA et le Codis. "Ça nous permet d'échanger sur des informations et donc de ne pas en rater. Dès lors que les structures sont séparées physiquement et que les gens ne se côtoient pas, il faut téléphoner pour avoir des informations. Les informations passent beaucoup plus rapidement et il y a donc une meilleure gestion sur le terrain", reprend le chef de salle.

Au CTA, le téléphone sonne. Régis, un autre sapeur-pompier professionnel, prend l'appel. Un feu de maquis vient de se déclarer à Alata. Tout se met alors en mouvement. L'information est envoyée au Codis, elle est reçue par Antoinette qui lance l'opération et mobilise la caserne d'Ajaccio.

Le déclenchement d'une intervention : 

Les renseignements indispensables pour une bonne prise en charge :

"J'ai vu la lune, il n'y avait plus ma forêt et j'ai pleuré"

Parmi les six opérateurs en poste, trois ont accepté de raconter leur parcours à France 3 Corse ViaStella.

  • Régis, 45 ans, sapeur-pompier professionnel

"J'ai fait des études de commerce et je travaillais dans un bar restaurant. Je suis devenu pompier volontaire en 2003 parce que je voulais défendre le rural, nos biens et notre patrimoine. J'ai fini par arrêté mon activité dans la restauration, car je suis devenu père et ce n'était plus compatible. J'ai été embauché en 2007 en tant que personnel administratif et je suis passé pompier professionnel en décembre 2020. Depuis que je suis pompier, une intervention m'a particulièrement marquée, celle du feu d'Aullène en 2009 [en juillet 2009, un incendie a ravagé près de 4.000 hectares de végétation dans la région ndlr.]. Le lendemain de l'opération, une fois le feu éteint, quand j'ai vu la lune… De ne plus voir ma forêt, j'ai pleuré."

  • Antoinette, 64 ans, sapeur-pompier volontaire

"Je travaille comme agent administratif au centre d'incendie toute la semaine et lorsque j'ai des disponibilités ou que je suis réquisitionnée, je suis pompier. J'ai commencé en 1993 dans l'extrême sud parce qu'ils avaient besoin d'un coup de main aux appels 18. Ça m'a plu et j'ai continué. J'ai aussi fait du terrain, et lorsqu'il y avait un centre de traitement des appels à Porto-Vecchio, je gérais plusieurs centres de secours. Être une femme dans ce métier représente des avantages, quand on est sur le terrain, on peut se faufiler dans des endroits où les hommes ne peuvent pas passer et puis parfois ça rassure aussi les victimes lorsqu'il s'agit par exemple de femmes enceintes ou de personnes âgées. On a une approche différente. J'aime être à la réception des appels, car il faut savoir rassurer les gens aux premiers mots. Mais bon, c'est bientôt fini pour moi tout ça, je prends ma retraite à la fin de l'année."

  • Christophe, 54 ans, sapeur-pompier professionnel

"J'ai commencé en 1984. J'avais 16 ans et demi et il m'a fallu une autorisation estivale pour faire la saison estivale. Et ça a été la naissance d'une vocation, c'est un métier utile notamment pour la préservation de notre biodiversité. J'ai été saisonnier de 1984 à 1989. J'ai passé l'examen pour devenir professionnel la même année et j'ai été embauché en 1990. Je travaille au Codis depuis 2002, c'est très intéressant, car les opérations sont toujours variées, on ne sait jamais sur quoi on va tomber et puis il faut aussi parfois savoir sortir les vers du nez aux requérants."