Levée du statut de détenu particulièrement signalé de Ferrandi et Alessandri : les réactions politiques

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Écrit par P.S.

Gilles Simeoni, Paul-Félix Benedetti, Laurent Marcangeli, Jean-Charles Orsucci et l'ensemble des élus de Corse ont réagi avec satisfaction à la levée du statut de détenu particulièrement signalé d'Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri. Ils attendent d'autres avancées de la part du gouvernement.

"C'est un premier pas important" salue Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse, ce vendredi 11 mars, après l'annonce de la levée du statut de détenu particulièrement signalé (DPS) par le Premier ministre.

"C'est l'aboutissement d'un combat qui a été mené depuis plusieurs années avec un vote de l'Assemblée de Corse, de la plupart des communes de corse,  le soutien de la société corse tout entière, l'engagement des associations de défense des prisonniers et ces derniers jours, ces dernières semaines, de mobilisations portées principalement par la jeunesse", déclare-t-il. Mais il tient à rappeler : "C'est un moment important mais qui n'est que l'application du droit."

"Le moment est venu de poser un acte politique fort", selon Simeoni

Pour lui aujourd'hui, "la moitié du chemin est faite". Gilles Simeoni demande désormais le rapprochement à la prison de Borgo d'Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri, ainsi que d'Yvan Colonna "si son état de santé le permet".

L'élu nationaliste attend d'autres étapes : "il faut aller au-delà de cette décision qui n'est que l'application du droit".

"Maintenant le moment est venu de poser un acte politique fort depuis Paris, c'est-à-dire de reconnaître la dimension historique et politique de la question corse et de dire que l'on va ouvrir un véritable dialogue avec la Corse, avec ses élus, avec l'ensemble des forces vives pour construire ensemble une solution politique globale."

Interrogé sur cette décision qui intervient après une semaine de vives tensions lors de manifestations en Corse, quand la voie démocratique et pacifique a échoué, Gilles Simeoni répond : "Il ne faudrait pas faire la démonstration que les violences permettent d'aboutir là où la démocratie ne le permet pas. Ce que je dis avec force et détermination aujourd'hui à Paris c'est que la Corse veut la paix, c'est que la Corse veut la démocratie. Mais que la paix ça se construit avec la justice et la démocratie c'est avant tout respecter le suffrage universel et la volonté des corses. Il faut montrer que la démocratie fonctionne, que le suffrage universel est respecté. Jusqu'à aujourd'hui Paris ne l'a pas fait et ne le faisant pas, il porte une part exclusive de responsabilité dans la situation actuelle."

"Le compte n'y est pas", pour Benedetti

Paul-Félix Benedetti, à la tête du parti indépendantiste Core in Fronte demande lui aussi au gouvernement d'aller plus loin. "Cette annonce est potentiellement de nature à faire évoluer les comportements mais le compte n'y est pas", dit-il.

"Aujourd'hui la revendication est une revendication de fond, une lame historique qui veut montrer les aspirations de la Corse. Aujourd'hui il serait temps de prendre la mesure qu'il y a la volonté d'une émancipation forte pour notre île, la reconnaissance de son peuple, et l'ouverture sans préalable d'une négociation cohérente à la hauteur de ce qui a été fait précédemment, entre autres par François Mitterand en 1981. Je crois que l'heure est au changement."

L'élu à l'Assemblée de Corse demande désormais au gouvernement de convoquer "au plus vite une première réunion pour montrer leur bonne volonté et leur prise en compte du problème politique."

"Il ne faut pas être dans la surenchère", dit Marcangeli

Sur l'évolution politique de la question Corse, Laurent Marcangeli, maire d'Ajaccio et président du groupe d'opposition Un Soffiu Novu à l'assemblée de Corse, rappelle que le calendrier, avec les élections présidentielles et législatives à venir, ne se prête pas vraiment au changement.

"Evidemment qu'il faut discuter de nos institutions, de ces corses qui demandent un avenir différent pour l'île parce qu'ils sont majoritaires à l'avoir dit dans les urnes aux élections territoriales, précise l'édile. Mais aujourd'hui on ne peut pas lancer le processus parlementaire parce que l'Assemblée nationale ne fonctionne plus. Il ne faut pas être dans la surenchère. " Sur la levée du statut de DPS, l'élu, qui a affiché son soutien à Emmanuel Macron dans la campagne présidentielle, se dit "satisfait". 

"C'est une demande que je fais depuis de nombreuses années, que j'ai réitérée depuis plus de dix ans. C'est une première étape. Une deuxième étape doit intervenir rapidement nous disant quand messieurs Ferrandi et Alessandri vont être rapprochés à la maison d'arrêt de Borgo puisque c'est une demande forte qui est basée sur le droit, qui est attendue par leur famille et par une majorité de Corse."

Laurent Marcangeli espère que cette décision sera de nature à faire baisser les tensions dans l'île. Pour faire cesser la violence il suggère : "maintenant nous autres élus, responsables politiques, syndicaux la société civile, devons avoir un dialogue particulièrement responsable avec nos jeunes."

"Gérald Darmanin a carte blanche", explique Orsucci

Quand nous appelons Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et président du groupe LREM Andà Per Dumane à l'Assemblée de Corse, il raccroche tout juste d'une conversation avec le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Il l'assure : "La volonté du gouvernement lorsque la situation sera au calme en Corse, le plus rapidement possible, est de pouvoir faire revenir en Corse Pierre Alessandri et Alain Ferrandi".

S'il "regrette" que la tentative d'assassinat d'Yvan Colonna "a surement été un élément déclencheur", dans le dialogue entre Paris et la Corse, il espère que la voie démocratique reprendra le dessus. "Ce que je sais et ce que je ressens, c'est qu'il n'y a pas de sujet tabou. Gerald Darmanin a carte blanche pour entamer avec Gilles Simeoni les discussions nécessaires à ouvrir un nouveau cycle politique entre la Corse et Paris. Je crois que je peux le dire et l'affirmer, sa volonté c'est de venir et de rencontrer le plus rapidement possible le président de l'exécutif, dans de bonnes conditions évidemment. Pour le ministre, la volonté, c'est qu'il y ait un retour au calme en Corse."