Mediapro : “La télé-dépendance est plus importante pour les clubs de Ligue 2” comme l'AC Ajaccio

Alors que le principal diffuseur du Championnat de France de football Mediapro refuse d’honorer ses obligations de paiement, l’économiste du sport Pierre Rondeau pense qu’une baisse des droits TV pourrait avoir une conséquence plus importante sur les clubs de L2, dont l’ACA.

Quelle est la situation ?

Son interview a fait frémir le football français et son économie démentielle. Dans un entretien à L’Equipe, le président de Mediapro, principal diffuseur du Championnat de France à travers sa chaîne Téléfoot, a dit vouloir "renégocier le prix" des droits TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2. La raison invoquée ? La crise liée au Covid-19.

Une annonce qui a secoué le football français. Parce que Mediapro a acquis les droits de la Ligue 1 pour 780 millions/par an et 34 millions/an pour la Ligue 2 pour les quatre prochaines années.

Un montant auquel s’ajoutent 330 millions/an de Canal + pour la L1 et 30 millions/an de beIN Sports pour la L2. Une enveloppe globale qui a explosé avec l’arrivée du groupe sino-espagnol.

Les clubs vivent essentiellement des droits TV, on parle de télé-dépendance. Mais il n’y aura pas de faillite à court-terme.

Pierre Rondeau

En attendant une conciliation avec la Ligue de football professionnelle, Mediapro refuse d’honorer sa deuxième obligation de paiement de 172 millions en octobre. Une échéance que la LFP cherche à compenser par un prêt, mais qui menace directement les clubs.

"Les clubs vivent essentiellement des droits TV, on parle de télé-dépendance, explique Pierre Rondeau, économiste du sport. Mais il n’y aura pas de faillite à court-terme, il y aura un crédit", de la LFP. Et d'ajouter : "La faillite du foot français, ça a un côté médiatique."

Le budget de l’ACA s’appuie sur un modèle économique largement financé par les droits TV

Qu’est-ce qu’une renégociation des droits TV à la baisse impliquerait pour le football français ? Des ajustements pour les mastodontes de la L1, et des difficultés pour les petits clubs, notamment l’AC Ajaccio en Ligue 2.

Et si le scénario de pertes économiques importantes devrait être évité pour l’ACA "comme pour 80% d’autres clubs" selon son président Christian Leca, interrogé par France Bleu et "pas inquiet du tout", une baisse des droits TV aurait des conséquences sur tous les clubs.
 
L’ACA, dont le budget s’appuie sur un modèle économique largement financé par les droits TV, est concerné. "La télé-dépendance est importante pour les clubs de L2 car ils ont moins de ressources que les clubs de L1", souligne Pierre Rondeau.

"Si les droits TV baissent, ça va forcément impacter les charges, les salaires…"

Pierre Rondeau

Selon nos estimations, et en se basant sur le rapport général de la DNCG, la part des droits télés représentait entre 60 et 70% des revenus hors-transferts de l’ACA pour l’exercice 2018-2019. Soit environ 5 millions d’euros.

Une somme importante, compte-tenu du budget du club acéiste estimé à 10-11 millions d’euros. "Si les droits TV baissent, ça va forcément impacter les charges, les salaires…", continue Pierre Rondeau. Mais les difficultés pourraient s’étendre sur les prochaines saisons, surtout. Car dans l’immédiat, la LFP va débloquer en urgence des fonds pour honorer les paiements d’octobre, puis éventuellement décembre.

Et parce que Mediapro n’est pas le seul à payer : sur les 64 millions d’euros annuels versés aux clubs de L2, 30 millions viennent de beIN Sports.

Selon Pierre Rondeau, le risque se situe à moyen terme. Si Canal + et beIN Sports profitent des difficultés de Mediapro pour demander également une ristourne sur les droits TV.

L'opportunité d'être moins télé-dépendant ?

Et si les droits TV étaient renégociés à la baisse pour 2020-2021, et même jusqu’en 2024 ? Les clubs ont plusieurs possibilités : utiliser les fonds propres du club pour hypothéquer, se servir de leur trésorerie ou s’appuyer sur un actionnaire. 

Dans le cas inverse, "un club peut régresser" sportivement en "jouant sur les variables d’ajustement, la masse salariale, les transferts", juge Pierre Rondeau. "La baisse des dépenses peut avoir un impact négatif sur le sportif et créer des inégalités", continue l’économiste du sport. 

Qui croit que le football peut sortir grandi de cette crise "en changeant de modèle économique et en étant moins dépendant de la TV". En attendant, les clubs attendent toujours le paiement de Mediapro.
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