La saga inachevée de Qwant, le moteur de recherche français

En pleine restructuration depuis le début de l'année 2020, le moteur de recherche français Qwant, soutenu par le gouvernement, pourrait licencier 25 salariés et fermer ses locaux Qwant Music, basés à Ajaccio.

Le moteur de recherche Qwant a été fondé en 2013.
Le moteur de recherche Qwant a été fondé en 2013. © MaxPPP -Bruno Levesque

Un vent de panique souffle sur Qwant. De Paris à Ajaccio, le moteur de recherche français soutenu par le gouvernement continue de se morceler. Dernier épisode en date, l'annonce d'un plan de restructuration et la menace de près de 25 licenciements (le groupe compte une centaine d'employés au total), dont douze à Ajaccio, siège de Qwant music, qui avait pour ambition de devenir le moteur de recherche de la musique.

En juillet 2017, le moteur de recherche français était arrivé en Corse avec des moyens, de l'ambition et le projet de développer sa marque en créant Qwant Music. 3,2 millions d'euros investis, dont 1,2 millions de fonds propres, et une dizaine d'embauches. 

"J'ai choisi la Corse par rapport à mes origines bien sûr, mais aussi parce que nous avons reçu un accueil plus que favorable des instances locales qui ont compris le projet, expliquait alors Éric Leandri, originaire d’Ajaccio et cofondateur de Qwant. Nous avons signé la charte de l'emploi local permettant ainsi l'embauche d’insulaires sur un projet d'envergure mondiale."

Les partenariats de sponsorings avec les clubs du Gazélec interrompus

Trois ans plus tard, le projet d’envergure mondiale n'en est plus vraiment un. Éric Leandri a quitté la direction du groupe en janvier 2020, à l’aube d'une année difficile. Un nouveau PDG, Jean-Claude Ghizzoni, est arrivé, et la politique du groupe a subi quelques modifications.

À Ajaccio, le groupe avait notamment tissé sa toile en devenant sponsor du club de football du Gazélec, ainsi que son petit frère du volley. Ces partenariats vont être interrompus pour réduire les coûts, alors même que les deux clubs n'auraient pas perçu l'intégralité des sommes promises par Qwant.

L'exemple ajaccien illustre une situation plus complexe. Si franceinfo explique que les 25 licenciements pourraient être partiellement compensés par le recrutement de 16 salariés à Nice, les dernières annonces - fermeture de Qwant music, fermeture du bureau d’Épinal - esquissent un changement dans la stratégie globale du groupe français.

Le moteur français qui voulait concurrencer Google en proposant une ligne vertueuse (protection de la vie privée de ses utilisateurs, absence de traçage à des fins publicitaires) veut se réorganiser afin de se concentrer sur son activité première, le moteur de recherche.

Le PDG de Qwant, qui n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations, indique à franceinfo que le groupe veut développer "une stratégie toute tournée vers notre moteur de recherche, l'enrichissement de son écosystème et la monétisation de ses services", ce qui induit "des changements d'organisation et une affectation de nos ressources humaines et financières différentes".

La fin des luxueux locaux dans le 16e arrondissement parisien

Le dernier changement, enfin, a tout du symbole. Pour réduire ses dépenses, Qwant, qui va également se séparer de quelques employés à Paris, va abandonner ses locaux parisiens, rue Spontini dans le 16e arrondissement. De luxueux locaux qui avaient été inaugurés en présence de Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances, et de Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d'Etat au numérique.

"Il y a une entreprise digitale française de premier plan", s'était alors félicité Bruno Le Maire au sujet d’une entreprise fondée en 2013, fleuron de la start-up française et largement soutenue par le gouvernement du président français Emmanuel Macron. Le moteur de recherche français, qui bénéficie des subventions de l’État français, est d'ailleurs utilisé dans tous les services publics du territoire. Après la réussite, il incarne désormais la restructuration et la menace de licenciements.

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