Après la perte de son diplôme européen d'espace protégé, Scandola tente de se réinventer

L'office de l'environnement, les élus des communes annexes et le Parc naturel régional se sont réunis à Porto, jeudi 8 avril, pour faire un point sur la gestion du site Unesco de Scandola. L'occasion d'aborder notamment la future extension de la réserve naturelle. 

La réserve naturelle de Scandola.
La réserve naturelle de Scandola. © Maia Graziani / FTVIASTELLA

Le couperet est tombé depuis plus de quatre mois maintenant : la réserve naturelle de Scandola ne dispose plus du diplôme européen d'espace protégé. Le retrait de la distinction, décernée en 1985, avait fait suite à des préconisations du groupe de spécialistes du Conseil de l’Europe, en mars 2020.

Les experts pointaient alors une surfréquentation touristique du site - pouvant affecter sa biodiversité - qui n'a pas été prise en charge avec les moyens et l'investissement adéquats, et soulevaient des questions sur la protection insuffisante des espèces emblématiques comme le balbuzard, ou encore le manque de communication sur l’état de la réserve.

Depuis, les réunions s'enchaînent entre l'office de l'environnement, le parc naturel régional et les élus de la région pour évoquer la gestion du site, qui comprend la réserve, le golfe de Porto, et les calanches de Piana.

Ce jeudi 8 avril, un nouveau rendez-vous était donné à Porto, et a notamment été l'occasion de discuter des modalités d'extension de la réserve, condition sine qua non de récupération du précieux sésame.

Un périmètre jusqu'à 80.000 hectares

De 1.000 hectares actuellement, le site pourrait ainsi voir sa surface décuplée. Si les contours précis ne sont pour l'heure pas encore stabilisés, "nous travaillons sur un périmètre de 80.000 hectares", détaille Jean-Michel Culioli, chef du service "Espaces Protégés" de l'office de l'environnement de la Corse.

"Nous menons aussi une réflexion sur le large. Mais aujourd'hui, ce qu'il est important pour nous de mentionner, c'est qu'État, préfecture, Parc naturel et office de l'environnement sont tous sur la même longueur d'onde."

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ILLUSTRATION © Pascal Pochard-Casabianca / AFP

Protection renforcée des balbuzards pêcheurs

Autre point abordé : le travail conséquent mis en place pour favoriser la nidification et la ponte des balbuzards pêcheurs. Car la baisse de population de cette espèce d'oiseau protégée au cours des dernières années est un sujet "très polémique", reconnaît Jean-Michel Culioli.

La réserve naturelle de Scandola abrite le plus important nombre de couples de toute l'île : ils sont aujourd'hui entre 20 et 25 couples au sein de la zone Calvi-Cargèse, indique Jean-Michel Culioli, contre 33 couples sur l'ensemble de la Corse en 2020.

"Nous avons mis en place depuis l'an dernier un suivi en temps réel des balbuzards sur site", indique Jean-Michel Culioli.

Un ornithologue du pôle scientifique du service "Espaces protégés" de Corse est directement affecté au suivi des oiseaux marins, et des financements plus importants ont été débloqués autour du suivi des balbuzards.

"Tous les nids sont référencés depuis l'année dernière. Depuis janvier, nous avons repris le suivi, avec une originalité : nous avons mis en place sur les 25 nids des pièges photographiques qui se déclenchent toutes les 30 minutes. Les images sont stockées dans la base de données de l'office de l'environnement et nous permettent un suivi très précis de la ponte des oeufs et de ce qui se passe aux alentours des nids."

Des données aussi précises que précieuses. Elles sont par la suite mises à disposition des partenaires de l'Office de l'environnement et des services de l'Etat, dans le but de mettre en place les mesures les plus adaptées pour favoriser la reproduction des balbuzards.

Un nid de balbuzards dans la réserve de Scandola.
Un nid de balbuzards dans la réserve de Scandola. © PHOTOPQR / NICEMATIN

La charte Natura 2000, qui vise à une meilleure prise en compte des enjeux de biodiversité dans les activités humaines, a également été élargie à 17 zones de quiétude dans la réserve, contre 2 seulement en 2019. "Les acteurs qui signent cette charte ne s'approchent plus des nids", se félicite Jean-Michel Culioli. 

Une charte qui reste néanmoins pour l'heure sans obligation réglementaires, et ne s'applique pas à l'ensemble des utilisateurs. "C'est un premier pas avant d'aller jusqu'à une réglementation, notamment avec la réserve naturelle de Corse élargie."

Concertations avec les usagers et les professionnels

Élus, État, préfecture, Office de l'environnement... Les concertations au sujet de la réserve naturelle de Scandola et de la future réserve naturelle de Corse élargie suivent leur cours, assure-t-il. "On ne peut pas imaginer faire une réserve en trois mois. C'est un processus qui demande un certain temps, mais nous organisons des points d'étape fréquents, et nous allons continuer."

Avec au programme, quand les conditions sanitaires le permettront, des groupes de travail élargis aux bateliers, plongeurs, ou encore membres de la communauté scientifique. "L'objectif premier est bien entendu d'assurer la sauvegarde de la biodiversité. Mais il ne s'agit pas pour autant d'interdire les activités sociales, ou d'empêcher la pêche récréative ou la plongée. Il faut faire en sorte de permettre l'un, sans porter préjudice à l'autre."

La réserve naturelle de Scandola a perdu son diplôme européen d'espace protégé, notamment du fait de la fréquentation touristique sur le site.
La réserve naturelle de Scandola a perdu son diplôme européen d'espace protégé, notamment du fait de la fréquentation touristique sur le site. © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Jean-Michel Culioli se dit aujourd'hui confiant dans la récupération prochaine du diplôme européen d'espace protégé, décerné par la convention de Berne.

"Nous avons des équipes sur place qui sont impliquées, nous avons une volonté administrative, scientifique, nous traitons le problème dans sa globalité... Aujourd'hui nous devons réussir en concertation avec les usagers et les professionnels. Nous devons aussi profiter des modèles que nous avons déjà mis en place, comme ce qui se passe actuellement dans la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio."

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