Législatives 2022 : 5 questions à François Filoni, candidat dans la deuxième circonscription de Corse-du-Sud

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Écrit par Sébastien Bonifay

François Filoni l'assure, le Rassemblement National en Corse, aujourd'hui, n'a plus rien à voir avec le Front National d'il y a une quinzaine d'années. Et il compte bien le prouver dans les urnes, en juin prochain.

L'une des figures principales du Rassemblement National insulaire, qui a été en première ligne durant la campagne de Marine Le Pen à la présidentielle, va à son tour se confronter au verdict des urnes pour les législatives qui viennent. Il se présente dans la deuxième circonscription de Corse-du-Sud. 

Qu'est-ce qui vous a convaincu de briguer le siège de député de la deuxième circonscription de Corse-du-Sud ?
Je ne pensais pas être candidat, au début. Mais les situations, au niveau national et en Corse, sont très inquiétantes. J'ai estimé qu'il était de mon devoir de conduire les troupes pour ce scrutin, fort de ma maturité politique. De 2015 a 2020, ne nous mentons pas, il n'y avait pas de structure du Rassemblement National en Corse. On a repris la structure, on a travaillé, on a des représentants partout, dans tous les coins de corse, de l'étudiant à l'agriculteur en passant par l'enseignant. Le RN d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec le FN d'il y a 10, 15 ans. 

Des discussions vont s'ouvrir, entre Paris et la Corse, concernant la question de l'autonomie de l'île. Quelle sera votre position si vous êtes élu au palais Bourbon ? 
Au Rassemblement National, on n'est coincés sur rien. On pense qu'avec plus de décentralisation on peut faire avancer les choses. Mais on doit veiller à ne pas se retrouver avec une Corse paupérisée, ouverte à tous les vents. L'environnement, chez nous, est affairiste, voire mafieux. Et avec une telle situation, qu'est-ce que les pouvoirs mis entre les mains des élus pourront bien peser dans le rapport de forces qui existe ? 

Il faut prendre le problème à la racine. Il faut lutter contre les monopoles, contre la porosité entre certains élus et certains affairistes. Sans cela on avancera jamais. Et puis il faut savoir ce qu'on veut y mettre, dans la décentralisation, et ce qu'on peut en faire. Concernant les déchets, on est la région d'Europe qui enfouit le plus, avec le coût de traitement le plus important. Concernant les transports, on a l'Office, et les transports de marchandise sont pourtant les plus chers d'Europe, deux fois plus chers que ceux qui relient la Sardaigne au continent...

Moi, je milite pour un concordat. Mettre tout le monde autour de la table, et faire ressortir les points sur lesquels tout le monde est d'accord. Mettre ça en œuvre, ce serait déjà un premier pas. Si l'on attaque par les points sur lesquels on diverge, dans 40 ans on en sera toujours au même point. 

Mais permettez-moi de préciser une chose. Que je sois élu ou pas, il faut que le RN fasse partie des discussions. Marine Le Pen a fait 58 % au deuxième tour de la présidentielle, il faut en tenir compte. Jordan Bardella a d'ailleurs envoyé un courrier à Gérald Darmanin pour que nous soyons intégrés au processus.

En Corse, les scores cumulés de Marine Le Pen et Eric Zemmour à la présidentielle sont très importants. Mais au niveau local, habituellement, l'extrême-droite ne transforme pas l'essai. N'eut-il pas été plus profitable pour le RN insulaire de se rapprocher de Reconquête! ? 
Je ne vous cache pas que nous avons eu des discussions. Des discussions sages, et apaisées. J'ai de très bonnes relations avec les représentants de Zemmour sur l'île, et j'ai regretté qu'on ne soit pas arrivés à trouver une solution. Je pensais que l'on pourrais avancer sur cette question. Seulement, il nous a manqué du temps. Mais c'était une belle opportunité de montrer  on aurait pu montrer qu'on peut travailler, nous les souverainistes, ensemble. 

Si vous faites votre entrée à l'Assemblée nationale, ce sera pareil ? De qui vous rapprocherez-vous ?
Je militerai pour que ceux qui s'inscrivent dans le camp du souverainisme, ceux qui veulent que ce soit le peuple qui décide, à travers des référendums, sur des lois importantes, travaillent ensemble. Que ce soit avec les zemmouristes ou d'autres, moi je suis pour que l'on discute avec tout le monde, comme je l'ai toujours fait. 

Enfin, quels seront les combats que vous mènerez en priorité pour votre circonscription, si vous êtes élu ? 
Ils sont nombreux. La valorisation énergétique de nos déchets, une zone franche qui protègera notre économie contre tous ces travailleurs détachés qui viennent la pomper, sont certains d'entre eux.
Mais il y a un point majeur, c'est la succession. En Italie, elles sont taxées à partir d'un million d'euros. En Allemagne, 400.000 euros. Et nous, en France, 100.000 euros ! C'est ridicule. Je vous rappelle que l'OCDE considère que c'est l'impôt le plus illégitime. Et d'ailleurs il y a 14 pays qui ne le pratiquent pas. 
Un logement, quand on le laisse à son enfant, c'est la continuité de son sang. Si on veut l'enracinement des Corses sur leur terre, encore faut-il ne pas la perdre, cette terre... C'est à ce prix, l'enracinement des populations. 
Enfin, la défense de la langue corse, et l'enseignement de l'histoire de notre île. Il y a eu un faux procès fait à Marine Le Pen au sujet de la langue. Marine pense que tout ce qui enracine l'identité des cultures locales, c'est le meilleur rempart contre le wokisme. La France est une mosaïque. Si elle est une et indivisible, elle n'est pas uniforme. C'est important de le préciser. Elle veut qu'on renforce l'enseignement du Corse, dans le scolaire et le parascolaire.