Covid-19 : la Corse face à un retard global de la vaccination sur le reste de la France

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Écrit par Hugo Lauzy
Une dose de vaccin Pfizer reçue par une individu dans la commune d'Aregno en Haute-Corse, le 22 juillet 2021.
Une dose de vaccin Pfizer reçue par une individu dans la commune d'Aregno en Haute-Corse, le 22 juillet 2021. © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Un an après l'ouverture officielle de la vaccination à la population en France, la Corse figure parmi les pires régions métropolitaines en termes de couverture avec 66% de la population vaccinée. Des statistiques en chute libre ces derniers mois alors que la région figurait pourtant dans le rang des meilleurs élèves en début d'année.

Le 27 décembre 2020. Une date synonyme d'ouverture de la campagne de vaccination dans les Ehpad en France. Douze mois et cinq vagues épidémiques plus tard, le vaccin est désormais accessible à toutes les personnes de plus de 5 ans et plus de 50 millions de vaccinations ont été réalisées.

Actuellement, 77% des Français disposent d'un schéma vaccinal complet, qui représentent 51,6 millions de personnes. Mais la campagne a encore évolué comme le Covid-19 depuis septembre, avec l'injection de doses de rappel et l'apparition du contagieux - autant que toujours aussi mystérieux - variant Omicron.

Au 26 décembre, 52,7 millions de personnes ont reçu au moins une dose de vaccin depuis le début de la campagne de vaccination, soit près de 79% de la population française. Enfin, 22 002 825 doses de rappel ont été réalisées depuis le 1er septembre.

La Corse, région française la moins vaccinée en pourcentage de population

De nombreuses disparités sont toutefois observées en fonction des régions et des départements en ce qui concerne la couverture vaccinale sur l'ensemble de la métropole. Et c'est en Corse que le taux de vaccination est le plus faible et où 66% de la population générale a reçu au moins une injection. Une statistique qui ne doit pas être confondue avec celle complémentaire de 75% de la population éligible de plus de 12 ans en Corse.

Un écart sensible de sept points avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (73%), pourtant avant-dernière au classement des régions métropolitaines, et de dix sept points par rapport à la Bretagne (83%) et région la plus vaccinée de France. Pourtant, la Corse qui a démarré ses premières vaccinations à partir du 6 janvier faisait partie des meilleurs taux de vaccination sur la France lors des premiers mois de l'année. Alors comment expliqué ce ralentissement de la courbe de vaccination par la suite ?

Pour l'Agence régionale de santé de Corse, la dynamique de départ est due à deux facteurs : "Au début de la vaccination il y a un an, il y a avait des priorisations au niveau national. En Corse, nous avons ouvert les vannes, c'est-à-dire qu'énormément de personnes pouvaient aller dans les centres de vaccination même s'il n'était pas dans la fourchette priorisée, analyse un responsable de l'Agence régionale de santé de Corse. Cela fait que l'on a commencé très fort avec de bons chiffres dès le début de la vaccination, parce que nous avions une couverture vaccinale haute et une population volontaire."

La différenciation entre vaccinés non-résidents et résidents en Corse comme facteur explicatif

Au cours de l'année, l'élargissement de la vaccination à différentes tranches d'âge a augmenté la cadence, mais la différence du taux de vaccination peut s'expliquer en raison du brassage de population notamment durant la période estivale. "Nos chiffres ont continué à augmenter car l'on est une zone touristique et les centres de vaccination ont fonctionné avec énormément de touristes. On voyait très bien ce phénomène sur la Corse, mais les chiffres donnés étaient toutes vaccinations confondues", continue-t-il. Une marge qui a mécaniquement gonflé les statistiques de vaccination vers le haut se défendent les autorités sanitaires comme les professionnels de santé. 

"Les données de couvertures vaccinales jusqu’à présent calculées en tenant compte des lieux de vaccination, sont désormais exprimées en tenant compte du lieu de résidence des personnes vaccinées" depuis le 15 décembre dernier, précise l'ARS. Les couvertures vaccinales estimées sont alors plus adaptées et représentatives de la réalité par rapport aux niveaux de circulation virale dans les territoires. Des personnes ont en effet pu se faire vacciner contre la COVID-19 dans des départements autres que ceux dans lesquels ils résident, notamment pendant la période estivale ou du fait de l’attractivité de certains centres de vaccination. 

Renforcer et axer la vaccination autour des 20-35 ans

Une voie dans laquelle Antoine Grisoni, président de l'Union régionale des professionnels de santé, médecins libéraux (URPS-médecins libéraux) de Corse, s'insère lui aussi. "La population lors des périodes estivales a tendance à tripler et vous avez près de 600 000 habitants en données corrigées de juin à octobre en réalité, alors que nous avons 330 000 habitants déclarés comme résidents", juge-t-il. Un ensemble de facteurs supplémentaires, dont la ruralité et l'accès aux villages les plus éloignés de Haute-Corse comme Corse-du-Sud, sont aussi à prendre en compte pour expliquer ce retard de vaccination, malgré les initiatives mises en place.

Un plafond de verre qui ne semble pas loin d'être atteint en Corse, comme dans toutes les autres régions françaises. "On a actuellement la même difficulté que sur tout le territoire et en Europe à faire vacciner ou revacciner les 20-35 ans qui sont avec les enfants les principaux pourvoyeurs de contamination", précise Antoine Grisoni. Avec 27% de personnes éligibles mais restant à être vaccinés dans la région contre seulement 10% en France, le risque d'une surtension hospitalière est de fait plus important. Aujourd'hui il y a de quoi être inquiet, car la réanimation de Bastia est saturée et celle d'Ajaccio n'est pas loin de l'être. [...] On fait le maximum et je ne vois pas comment on pourrait faire plus, donc la balle est plutôt dans le camp des non-vaccinés."

Des tranches d'âge déterminantes sur le contrôle de la cinquième vague et la diffusion du variant Omicron, comme les 18-49 ans qui ne sont pour le moment vaccinés qu'à 70,4% dans la région contre 87,2% à l'échelle nationale, selon Santé publique France. Ou encore celle des personnes de 75 ans et plus, particulièrement vulnérables, avec un taux de vaccination de 76,5% en Corse contre 91,3% dans le reste de la France. 

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