Covid et port du masque : "Je n'ai pas vécu un accouchement normal"

Accoucher masquée ? La plupart des maternités demandent le port du masque pour accoucher afin de limiter la propagation du virus. Une situation pas toujours bien vécue. À l'hôpital de Bastia, les futures mamans peuvent retirer le masque durant la poussée.  

Illustration - Conséquence de l'épidémie de Covid, de nombreuses maternités obligent les femmes à porter un masque lors de l'accouchement.
Illustration - Conséquence de l'épidémie de Covid, de nombreuses maternités obligent les femmes à porter un masque lors de l'accouchement. © MYCHELE DANIAU / AFP
Andria, 2 mois et demi a tôt fait d'effacer les mauvais souvenirs de sa maman. Et pourtant Carole garde un drôle de souvenir de l'arrivée de son petit garçon. "Je n'ai pas vécu une grossesse normale, ni un accouchement normal", livre Carole. 

Cette maman trentenaire a accouché au centre hospitalier de Bastia le 2 août en pleine épidémie de Coronavirus. Et comme de nombreuses femmes, elle a été obligée de porter un masque à la maternité. 

15 heures sur les 36 heures de travail. "J'ai été autorisée à le retirer lorsque j'étais seule dans la chambre avec mon compagnon et durant la poussée", précise Carole. 

C'est un critère de difficulté en plus, parce qu'on doit gérer notre respiration en plus de la douleur.

Carole

Infirmière, elle n'est pas opposée à la pratique qu'elle considère comme une protection pour le personnel, pour soi et pour l'enfant. "Je comprends et ça me semble normal."

Mais le port du masque reste pour Carole un critère de difficulté supplémentaire. "L'accouchement est déjà un passage difficile, et le masque oblige à gérer notre respiration en plus de la douleur", nuance-t-elle. 

"Au final, c’était un moment merveilleux, ce qu’on a au bout m’a permis de passer outre cette petite difficulté en plus, conclut la jeune femme. Dans la mesure où on m'a laissé l'enlever pendant la poussée ça va, si j'avais dû le garder je peux comprendre que ça aurait été plus compliqué à gérer"

Aucune directive des autorités sanitaires

Selon une étude menée par le collectif "Stop aux violences obstétricales et gynécologiques", 80 % des établissements imposeraient le port du masque pendant l'accouchement. "C'est beaucoup plus que lors du confinement où ils auraient été 46 %", explique sa fondatrice et porte-parole Sonia Bish. 

Le collège national des gynécologues et obstétriciens français a publié des recommandations le 30 septembre dernier. Il écrit notamment : "Le port du masque est recommandé en présence des soignants. Pendant les efforts expulsifs, le port du masque est souhaitable, car il protège les soignants et la femme elle-même. Il ne peut être imposé."

Aucune directive des autorités sanitaires n'a, pour l'heure, été publiée. "Donc chaque maternité décide dans son coin, sans qu'aucun contrôle des bonnes pratiques ne soit réalisé", estime Sonia Bish. 

Il n'y a pas de tensions dans l'approvisionnement en masques.

Docteur Thomas Popowski, chef du service maternité à l'hôpital de Bastia

Au centre hospitalier de Bastia, qui a enregistré 1.000 naissances depuis le début de l'année, les femmes, préalablement testées négatives à la Covid, peuvent retirer leur masque chirurgical lors de la poussée.

"Nous sommes conscients que c'est compliqué et que les femmes doivent avoir toutes leurs capacités pour que l'accouchement se passe le mieux possible", soutient le docteur Thomas Popowski, chef du service maternité. 

Dans son service, les professionnels comme les sages-femmes et auxiliaires de puériculture portent un équipement de protection individuelle adapté, dont un masque FFP2.

"Il n'y a pas de tensions dans l'approvisionnement en masques", précise le docteur. La personne accompagnante est également autorisée à l'arrivée dans le service, durant l'accouchement et durant le séjour à la maternité, d'une durée moyenne de trois jours. 

Depuis le début de l'épidémie de Coronavirus, l'hôpital a pris en charge une dizaine de patientes positives à la Covid-19. Selon le professionnel, aucune conséquence notable n'a été remarquée sur ces dernières et leur enfant. 

"J'ai besoin d'être éclairé"

Le port du masque en salle de travail s'invite aussi sur les plateaux télé. Une problématique sur laquelle le collectif a interpellé le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 8 octobre dernier, sur BFMTV. 

"Je vais saisir le collège des gynécologues et des obstétriciens et probablement aussi le haut conseil de santé publique, pour ce genre de problématique j'ai besoin d'être éclairé. […] Néanmoins, il ne me paraît pas incohérent de continuer à se protéger."

 #StopAccouchementMasque

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes s'inquiètent de devoir porter un masque lors de leur accouchement. 

Sous le hashtag #StopAccouchementMasque les témoignages se multiplient. "Certaines parlent d'une transpiration importante, de difficultés à respirer, d'impossibilité de gérer leurs contractions, d'envie de vomir. Il faut écouter les femmes et les croire", appuie Sonia Bish. 

Il faut écouter les femmes et les croire.

Sonia Bish, fondatrice du collectif "Stop aux violences obstétricales et gynécologiques


En plus de ces témoignages, le collectif s'appuie également sur les pratiques des pays étrangers pour faire entendre leur position. "Au Royaume-Uni, le masque est proscrit lors de l'accouchement, que cela soit pendant le travail ou la poussée", souligne la jeune femme. 

Sonia Bish insiste, l'accouchement "n'est pas anodin". Pour éviter les complications, les femmes doivent se sentir sereines et en sécurité. Deux critères difficiles à assure en période de Covid, voire impossible avec un port du masque imposé. "De plus en plus de femmes enceintes paniquent", alerte la jeune femme qui martèle que la naissance doit avant tout rester un acte humain. 

 
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