Déchets ménagers en Corse : vers une extension du site de Prunelli

Publié le Mis à jour le
Écrit par A. Stromboni

Les conclusions de l’enquête publique menée en juin dernier dans quatre communes du Fium’Orbu -Castellu sont favorables à l’extension du centre d’enfouissement des déchets de Prunelli. Ce que regrette le maire, André Rocchi, lequel estime "qu’il il y a d’autres solutions à mettre en place".

Trois semaines après l’arrêté préfectoral augmentant la capacité d’enfouissement du centre de Prunelli di Fium’Orbu à 70.000 tonnes jusqu’à la fin de l’année, le site de la Société de traitement des ordures ménagères (Stoc) pourrait connaître une autre extension. Cette fois pour une durée de 10 ans.

C’est la conclusion de l’enquête publique réalisée du 30 mai au 29 juin 2022 dans quatre communes du Fium’Orbu-Castellu : Prunelli, Ghisonaccia, Poggio di Nazza et Lugo di Nazza. 

"L’enquête conclut à un avis favorable concernant la demande d’extension de la Stoc dans la mesure où c’est un pis-aller, c’est-à-dire faute de mieux explique le maire de Prunelli, André Rocchi. Selon les conclusions, il faut absolument que les autorités s’investissent davantage et plus rapidement dans le choix d’autres solutions que ce tout enfouissement. Il a aussi été pris note de l’opposition, tant au niveau des élus que de la population, sur la poursuite de cette solution du traitement des ordures ménagères en particulier sur la Haute-Corse."

Et André Rocchi de rappeler que "Prunelli reçoit globalement toutes les ordures du département".

"Attitude collégiale"

Si, à l’origine, il avait été demandé à ce que la durée d’extension du site soit fixée à 15 ans, celle-ci a finalement été ramenée 10 ans. Néanmoins, dans la commune du Fium’Orbu, où est située la Stoc, ces conclusions sont accueillies de manière négative par une partie de la population qui a souvent montré son désaccord face au tout enfouissement. Dernier exemple en date le 4 août où un collectif citoyen avait bloqué l’accès à la Stoc.

Des élus, dont le maire de la commune, avaient également participé à une distribution de tracts sur la RT 10 au rond-point de Migliacciaru. Car au conseil municipal, majorité et opposition sont opposées à l’extension du centre d’enfouissement appelé Stoc 2, censé ne plus accueillir de déchets en 2023.

Le 11 juillet dernier, les conseillers municipaux de Prunelli avaient d’ailleurs adopté une délibération d'"opposition ferme et définitive à l'exploitation de la Stoc dans le cadre de cette enquête publique".

"Nous avons une attitude assez collégiale au sein du conseil municipal, confirme André Rocchi. Dans l’enquête, la position des élus de la commune a d’ailleurs été notée. Elle est très claire : nous nous sommes toujours positionnés sur la recherche d’une solution. Nous avons toujours pensé que nous étions à même de figurer parmi les porteurs de projet alors que nous ne figurons pas sur les décisions qui sont prises, ni même sur les initiatives que nous pourrions avoir. De la même façon, il n’est pas concevable que nous ayons peu de voix délibératives au sein du Syvadec (Syndicat de valorisation des déchets de la Corse) alors qu’il apporte des ordures ménagères sur Prunelli."

"Espace de propositions"

Le premier magistrat de Prunelli insiste sur le fait que la commune est "décidée à être un espace de propositions" tout en reconnaissant que les dirigeants de la Stoc "sont venus vers les élus avec des propositions pour faire autre chose que du tout enfouissement".

"On discute favorablement avec les élus locaux et la population pour améliorer et réduire les nuisances qu’il peut y avoir, indique de son côté Maxime Bertin, directeur général du groupe Petroni dont la holding détient la Stoc. Nous avons toujours proposé des solutions pour réduire l’enfouissement. On considère que plus on réduit l’enfouissement, plus la durée de vie des sites sera longue. Cela permettra de trouver des solutions pérennes pour la Corse, ce qui est un peu compliqué aujourd’hui. On essaie aussi de trouver des solutions pour trier au maximum les déchets, notamment la fraction fermentescible, et des solutions plus locales pour pouvoir traiter et trier les bio déchets. Tout cela avec l’objectif de réduire l’enfouissement comme les centres de sur-tri le prévoient à hauteur de 65%. Depuis 2015, nous sommes moteur dans l’esprit de réduire ", souligne-t-il en précisant "ne pas être en possession des conclusions de l’enquête publique".

Concernant les nuisances olfactives, notamment pointées par le "collectif contre le tout enfouissement", Maxime Bertin met en avant les "efforts et les progrès réalisés depuis 2015 pour les traiter".

"Je pense qu’il y a très peu de nuisances olfactives aujourd’hui, estime-t-il.  Après, cela peut toujours exister avec les camions qui rentrent et sortent du site ou si notre solution de traitement des odeurs a une panne. Leur traitement constitue le poste le plus important chez nous en investissement. Depuis un mois, on a d’ailleurs mis en place un nouveau portique désodorisant. Les camions sont parfumés directement afin qu’ils ne repartent pas en entrainant des odeurs de déchets."

"Territorialiser le problème"

Pour réduire le tout enfouissement, André Rocchi est partisan de "petites mesures à prendre à court terme".  "Il n’y a pas qu’une solution pour le traitement des ordures ménagères. Nous ne pensons pas que le tri est la seule solution. Il y a des petites séries de mesures à prendre rapidement. Il faut cesser de faire des plans à 5 ou 6 ans, il faut prendre des mesures à 2 ou 3 mois pour certaines choses que l’on peut réaliser immédiatement. On a plus d’enquêtes et de temps perdu que de choses efficientes sur le territoire."

Pour l’édile,  "il y  a aussi du préventif à faire. Il faut mettre une dynamique en marche mais cette dynamique ne démarre pas. Il faut territorialiser le problème des ordures ménagères tant sur la responsabilité des apporteurs, c’est-à-dire des individus, que sur celle du devenir des déchets."

Et d’ajouter : "C’est toute une nouvelle philosophie qui doit s’inscrire. Il faut donner le pouvoir à l’imagination et à la créativité. L’État a une grosse responsabilité. Il faut cesser de s’enfermer sur des décisions qui sont sclérosantes. On peut très bien travailler en faisant remonter des choses du territoire et en ayant la reconnaissance de sa spécificité."

Le collectif reste mobilisé

Désormais, les conclusions de cette enquête publique devraient déboucher sur une décision préfectorale et un arrêté pour valider l'extension de la Stoc 2. Reste à savoir quand. "Cela ne devrait pas être pour tout de suite, estime un connaisseur de ce type de dossiers. D’abord, il va falloir voir ce qui se passe, notamment au niveau régional et de la Collectivité de Corse."

En attendant, peut-être que d’autres actions citoyennes comme celle du 4 août seront menées par le "collectif contre le tout enfouissement" ?

"On va d’abord rencontrer différents acteurs pour en savoir davantage et prendre des informations techniques, confie Francis Carlotti, membre et porte-parole du collectif. Dans les prochains jours, nous devons voir le président du Conseil exécutif et le député de la circonscription. Nous avons des demandes concernant le centre d’enfouissement. D’abord par rapport à l’actuel, aussi bien au niveau des nuisances olfactives que sur les abords et les voies d’accès qu’il faut dépolluer sur plusieurs centaines de mètres. Il faut que la route qui passe devant le centre, et qui est empruntée par la population, soit plus clean."

Le collectif a également sollicité le préfet de Haute-Corse. "On attend sa réponse mais on ne va pas non plus l’attendre éternellement. Si on s’aperçoit que rien ne se fait, alors que c’est une première urgence à traiter, on verra ce qu’on fera. À travers notre collectif, on veut rassurer notre population", rappelle Francis Carlotti tout en précisant que "la démarche concerne d’abord le centre actuel".

"Pour l’enquête publique et l’extension de la Stoc 2, qui devrait arriver début 2023, l’arrêté préfectoral n’a pas encore été publié, relève-t-il. Néanmoins, même si l'extension n'est pas encore officielle, elle devrait l'être prochainement. On attend donc l’arrêté et on veillera d’abord à ce que le cahier des charges soit impérativement respecté."

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