Déconfinement en Corse : comment les acteurs de la culture envisagent la suite

Le calendrier de sortie du confinement présenté par Emmanuel Macron prévoit une réouverture des lieux culturels le 19 mai. Pour les gros festivals et les concerts, ce sera le 30 juin. Sur l’île, les acteurs du monde culturel oscillent entre enthousiasme, pessimisme et prudence.

Illustration. Les cinémas, fermés depuis le 30 octobre dernier, pourront rouvrir sous certaines conditions le 19 mai prochain.
Illustration. Les cinémas, fermés depuis le 30 octobre dernier, pourront rouvrir sous certaines conditions le 19 mai prochain. © Joël Saget/AFP

"C’est une bonne nouvelle, ça commençait à devenir long !". Depuis le cinéma Ellipse qu’il dirige à Ajaccio, Michel Simongiovanni a accueilli positivement l’annonce du déconfinement progressif qui débutera le 3 mai.

Le mercredi 19 mai, il pourra rouvrir ses salles fermées depuis fin octobre. "Avoir des perspectives de réouverture est une très bonne nouvelle, confie-t-il. Néanmoins, il y aura encore quelques contraintes et quelques conditions à respecter." Pour les cinémas, il faudra dans un premier temps ne pas dépasser une jauge de 35 % de spectateurs par salle et se passer des séances du soir.

Néanmoins, le décalage du couvre-feu à 21 heures va permettre de légèrement étendre la programmation. "On pourra maintenir la séance de 18h30, indique Michel Simongiovanni. On va adapter notre effectif et nos plannings à cette première phase-là. Sachant que si tout se passe bien, on devrait retrouver un fonctionnement quasi normal d’ici le 30 juin." Une date synonyme de levée totale du confinement, comme l’a annoncé Emmanuel Macron ce vendredi 30 avril.

Pour Michel Simongiovanni, la seule véritable inquiétude se situe au niveau d’un éventuel déconfinement territorial. Si les mesures détaillées par le chef de l’État sont nationales, ce dernier a en effet indiqué que "des freins d’urgence pourraient être actionnés dans les territoires où le virus circulerait trop". "Dans notre activité, explique le gérant de cinéma ajaccien, la régionalisation serait compliquée car on dépend d’un marché national dans lequel Paris représente une très grosse part. Dans le sens où il y a un couperet sur la région parisienne, est-ce que ça ne va pas amener une certaine frilosité chez les distributeurs de films qui craindraient de perdre Paris pour la réouverture ? C’est pour moi le seul petit point à éclaircir mais c’est encore un peu tôt. Je pense que d’ici la semaine prochaine, on aura un retour."

En plus des salles obscures, celles de spectacle et de théâtre ainsi que les monuments et les musées pourront de nouveau recevoir du public dès le 19 mai. Là encore, sous certaines conditions et avec des jauges limitées à 800 personnes en intérieur et 1.000 en extérieur.

Porto Latino en sursis

À partir du mercredi 9 juin, les lieux de culture pourront accueillir 5.000 visiteurs, avec présentation d’un pass sanitaire. Dans la foulée, le 30 juin, le pays devrait être totalement déconfiné.

Toujours soumis à la présentation d'un certificat sanitaire, le public pourra alors assister à des festivals et autres concerts susceptibles de rassembler plus de 1.000 personnes (en intérieur ou extérieur).

Cela n’empêche pas Tony Baldrichi, organisateur de Porto Latino, de s’interroger sur la tenue du festival musical initialement programmé du 5 au 8 août au pied de la citadelle de Saint-Florent : "Malgré les annonces qui donnent un petit peu d’oxygène, sur le principe de la situation sanitaire, la confiance est assez réduite dans le sens où il faut s’engager absolument maintenant pour organiser l’événement au mois d’août."

"Même si la vaccination s’accélère, je ne sais pas du tout ce que ça va pouvoir donner. Surtout si, d’ici là, on nous impose une configuration assise qui n’est pas forcément optimale en ce qui nous concerne sur le plan rentabilité et organisationnel. Ça nous met des contraintes supplémentaires pour un plaisir moindre. De plus, les artistes sont eux aussi un peu frileux ; certains annulent pas mal de dates de tournée car ce n’est pas rentable. Je ne sais pas si nos partenaires suivront. Il faut aussi savoir comment les pouvoirs publics se positionnent. Tout cela est encore un peu confus. Je ne sais pas si on ne va pas devoir annuler. On va réfléchir", ajoute-t-il. L'an passé, le festival n'avait déjà pas eu lieu.

L’organisation de concerts nécessite en effet une planification plusieurs mois en amont afin de valider la venue des chanteurs et musiciens pour mettre les billets en vente. Et pour Porto Latino, le temps presse. "Si, à la-mi-mai, on n’a pas contractualisé les artistes ainsi que nos prestataires techniques, on ne pourra pas faire le festival et on devra rembourser les billets déjà vendus. Malgré les annonces, je suis donc un peu pessimiste. L’encouragement financier n’est pas au beau fixe. On ne sait pas si on va être aidé ; ce n’est pas très clair."

"Ne pas oublier que le virus est encore là"

Ces questions-là, on ne se les pose pas forcément dans la vallée du Ghjunsani où l’association Aria organise chaque été depuis 23 ans les Rencontres Internationales de Théâtre en Corse. "Pour nous, ça ne change pas grand-chose, explique Marie-Paule Poveda, directrice de la structure. Notre problématique était moins du côté du public que vis-à-vis de nos stagiaires. L’an passé, on avait fait plus de spectacles et on n’avait pas maintenu les gros stages de réalisation. Cette année, on a fait le choix inverse : on a maintenu les rencontres internationales entre les écoles de théâtre."

La directrice de Rencontres Internationales de Théâtre précise : "Vingt-cinq jeunes vont venir de toute l’Europe avec pass sanitaire et tout le protocole à respecter. Comme nous avons continué à travailler pendant toute l’année, on va adapter le protocole. On maintient donc toutes nos manifestations prévues en juillet et en août mais en limitant de moitié le nombre de stagiaires. On continuera d’accueillir les compagnies de théâtre et on aura aussi des spectacles."

Ces rencontres théâtrales ont aussi l’avantage de se dérouler en plein air. Un atout non négligeable pour Marie-Laure Poveda : "On se doutait un peu que l’été venant, en étant en extérieur, ça rassurerait un peu tout le monde. À partir du moment où on respecte tous les gestes barrières et qu’on est en plein air, on réduit beaucoup de risques. On en avait déjà fait l’expérience l’an dernier : sur les 2.000 personnes accueillies pendant les rencontres, aucun cas de Covid n’avait été détecté. Néanmoins, il faut rester prudent et ne pas oublier que le virus est encore là. Il faut donc se montrer avant tout responsable, combatif et également créatif."

Si les professionnels du théâtre et du cinéma se montrent optimistes, ce n'est pas le cas des gérants de discothèque. Les boîtes de nuit, elles, resteront fermées même après le dernier point de passage du calendrier soumis par Emmanuel Macron. Aucune date n'a été précisée pour leur réouverture.

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