Découverte des étangs de Corse dans le 2e épisode de "Corsica Salvatica", ce mercredi à 21h40 sur ViaStella...

Diana, Urbinu, Biguglia, ces noms résonnent dans l'imaginaire de tous, et pourtant, qui connaît réellement les "zones humides corses", leur histoire, les espèces extraordinaires qui les peuplent et les dangers qui les menacent ? Réponse dans un documentaire inédit intitulé "L'Homme et l'étang" à découvrir demain soir sur notre chaîne, et dans cet article...

Jadis perçus comme des lieux incultes et malsains, les étangs de Corse sont aujourd’hui classés en espaces protégés, où s’ébattent parmi les plus beaux échassiers d’Europe : hérons, grues, aigrettes et flamants roses...

Ce sont de véritables petits paradis de quiétude, pour une faune rare et précieuse qui s’y nourrit où s’y reproduit. Cependant, depuis une vingtaine d'années, ce cycle immuable est perturbé par des variations climatiques de plus en plus importantes et l'apparition de nouvelles espèces exotiques qui menacent tout l'équilibre de ce milieu fragile...
Pour comprendre alors ce que l’on pourrait perdre, Jean-Michel Martinetti est parti à la rencontre de ceux qui vivent au quotidien ces espaces : ces gardiens des étangs...

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Julien, pêcheur à l'étang de Palu depuis 40 ans... ©France 3 Corse ViaStella / Mediterranean Dream

Il y a tout d'abord Julien, le pêcheur du l'étang de Palu, qui arpente ce lieu magnifique de plus de 110 hectares depuis plus de 40 ans (voir l'extrait ci-dessus).. Véritable gardien de la mémoire et des traditions, au franc-parler et à la gouaille inimitables, mais dont le savoir et la sagesse impressionnent tout autant... Il a bien compris que la richesse de son paradis n'est pas inépuisable, et que sans une pêche raisonnée, intelligente, et qui prend compte des évolutions de notre milieu et de notre monde, celui-ci pourrait bien souffrir, voire disparaître.

Il y a aussi Christian, photographe spécialiste des oiseaux, caché dans les affuts et les tours du petit étang de Tanchiccia et de ses roselières (seulement 30 hectares), près de Serra-di-Ferro, véritable Eden des ornithologues ! Lui aussi est conscient de la chance de pouvoir observer "ses merveilles" : héron cendré, grand cormoran, poules d'eau ou aigle botté... Au fil des rencontres et des témoignages, chacun nous fera part de son rapport passionnel avec ces lagunes, dont ils connaissent les moindres secrets...

Quels sont les principaux étangs de Corse, et comment se sont-ils formés ?

Les étangs et les zones lagunaires sont des étendues d'eau peu profondes qui se forment lorsque l'eau de mer est séparée de l'océan par une barrière de sable, de galets ou de récifs coralliens. Ceux-ci permettent à l'eau de mer de pénétrer, mais empêchent la marée de se retirer complètement. Au fil du temps, les sédiments s'accumulent, créant des plages de sable et des dunes qui servent de barrière naturelle entre la mer et l'eau douce.

La formation des lagunes méditerranéennes débute il y a bien longtemps. À la fin de la dernière glaciation il y a 10 000 ans, le climat se réchauffe, la calotte glacière fond… Le niveau de la mer s’élève progressivement. Au cours de sa remontée, qui s’est stabilisée au niveau actuel il y a environ 6 000 ans, les  vagues et les courants qui transportent des sables le long du rivage construisent lentement un cordon sableux, le lido. Ce cordon sableux sépare la mer des eaux saumâtres qui ont envahi les parties les plus basses de la plaine littorale. Seuls les "graus", interruptions permanentes ou intermittentes des lidos, maintiennent une communication entre les étangs et la mer.

Ce mélange d’eau douce et d’eau salée, sa variabilité au cours des saisons et des années font la richesse et la particularité des lagunes. La Corse est la région qui en compte le plus en France, avec près de 70 sites recensés.

Les étangs et les zones lagunaires de Corse se sont formés principalement dans les zones côtières basses de l'île. Ils ont été créés par des processus naturels, tels que la montée des eaux, comme nous l'avons expliqué précédemment, l'érosion côtière, la sédimentation et l'accumulation de débris marins, ou encore l'effondrement causé par des mouvements tectoniques. L'activité humaine, comme la construction de barrages pour l'irrigation, peut aussi en être à l'origine....

Parmi les plus connus, on peut citer l'étang de Biguglia, situé près de la ville de Bastia. C'est le plus grand de l'île, et même l'un des plus vastes de France métropolitaine. Il s'étend sur environ 1700 hectares (1400 pour le seul plan d'eau). Classé réserve naturelle, il est un important site de reproduction pour les oiseaux migrateurs.

Il y a également l'étang de Diana , connu pour son huître "nustrale", près d'Aleria. Troisième par sa superficie (570 hectares), il est le plus profond de Corse avec un maximum de 11 mètres de profondeur.

D'autres zones lagunaires importantes en Corse incluent les étangs de Palu, d'Urbinu (le second en superficie avec près de 800 hectares), tous 2 situés près de Ghisonaccia, ou encore Sisco et Arca.  Ils offrent des habitats uniques pour la faune et la flore lde l'île, attirant nombre de visiteurs avec leurs paysages magnifiques et leurs activités de loisirs...

La faune et la flore des étangs de Corse

La faune et la flore des étangs de Corse sont très variées et riches en biodiversité. Ces zones humides abritent de nombreuses espèces animales et végétales spécifiques.

Concernant la faune, les étangs insulaires sont connus pour leur population d'oiseaux migrateurs, tels que les flamants roses, les aigrettes ou encore les hérons cendrés.

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Quelques informations sur le flamant rose de nos étangs... ©France 3 Corse ViaStella / Mediterranean Dream

Quelques informations sur le flamant rose de Corse...

Beaucoup de ces oiseaux utilisent principalement l'île comme une "étape", passant l'hiver plus au Sud, en Afrique, et l'été en Europe du Nord. Ils abritent également des espèces d'amphibiens, comme le crapaud corse, la grenouille verte ou encore le triton marbré. Les eaux des étangs sont également peuplées de poissons, notamment la truite Fario, la carpe, le gardon, le mulet (précieux non pas pour sa chair, mais pour ses œufs appelés boutargue, comme on nous l'explique dans le documentaire), ou encore la perche...

Signalons encore plusieurs espèces de crabes et d'anguilles, ces dernières ayant la particularité de naître en mer, puis de grandir dans nos étangs pour repartir finir leur vie dans la grande bleue...

Côté flore, les étangs corses sont entourés d'une végétation dense et variée, composée principalement de chênes verts, de pins maritimes, de roseaux et de joncs. Les rives sont également bordées de plantes aquatiques telles que le nénuphar, le potamot ou encore la renoncule aquatique.

Un milieu en danger, et qu'il est nécessaire de protéger...

Cependant, ces écosystèmes sont fragiles et menacés de destruction par l'urbanisation, le changement climatique, la pollution, la surpêche. On peut aussi signaler l'introduction d'espèces invasives comme du crabe bleu, cité dans le documentaire.
Cette espèce exotique agressive, arrivée de la côte est des États-Unis, est un véritable "serial killer". Nageur, se reproduisant facilement, il peut parcourir près de 15 kilomètres quotidiens, détruisant tout sur son passage ! Anguilles, poissons, algues, crustacés sont ses proies favorites, il déchire également les filets des pêcheurs, qu'il lui arrive même de blesser !

Il est donc essentiel de prendre des mesures de préservation pour garantir la survie de cette faune et de cette flore exceptionnelles, et éviter un "drame écologique"... Une prise de conscience a eu lieu en France dans le courant des années 70, entraînant la création du Conservatoire du Littoral en 1975. Cet établissement public, sans équivalent en Europe, a pour mission d'acquérir des parcelles du littoral menacées par l'urbanisation, ou dégradées, pour les transformer en sites restaurés, aménagés dans le respect des équilibres naturels. Il est aujourd'hui financé par les communes, la collectivité et l'Europe, mais aussi par le mécénat. 

L'exemple de l'étang de Chjurlinu-Biguglia, classé réserve naturelle en 1994, est certainement à suivre... D'autres classifications comme la "Ramsar"(convention des zones humides, du nom de la ville iranienne où elle a été adoptée), ou "Natura 2000" permettent de rassembler des fonds et d'œuvrer plus facilement pour la préservation et la protection de ces zones humides, trésors naturels...

Comment agir ?

Il existe plusieurs axes essentiels pour la protection de nos lagunes : 

  1. Sensibiliser la population : par l'information des locaux et touristes sur l'importance écologique et la fragilité de ces zones.
  2. Lutter contre la pollution : par la mise en place de mesures limitatives, comme la réglementation des rejets industriels, la gestion des déchets et la surveillance des pratiques agricoles nocives (engrais chimiques et pesticides...).
  3. Réglementer la pêche : par l'instauration de quotas, afin de limiter le nombre de prises et de protéger les espèces menacées.
  4. Préserver l'habitat naturel : en limitant l'urbanisation et les constructions sur les zones de protection des lagunes.
  5. Encourager un tourisme durable : respectueux l'environnement et des communautés locales.

Ces actions nécessitent la collaboration de tous les acteurs concernés, politiques, pêcheurs,  agriculteurs, entreprises et associations de protection de l'environnement, pour garantir la protection des lagunes de Corse sur le long terme....

3 questions au réalisateur de la série, Jean-Michel Martinetti...

Comment vous est venue l’idée de réaliser une série sur la biodiversité corse ?

C’était une évidence. La préservation de la biodiversité est une priorité mondiale. Et la Corse, en tant que hot spot de cette biodiversité, se devait d’avoir une telle série documentaire. Et puis aujourd’hui, il y a une réelle demande de connaissance, de contact la nature. L’homme est plus sensible à l’impact qu’il peut "causer" à son milieu naturel. Je pense que nous n’avons plus le même regard qu’il y a 30 ans sur notre environnement. On aime côtoyer les animaux, on aime vivre entouré d’espaces naturels. Je pense que l’homme, inconsciemment, cherche à retrouver son "espace originel", il ne lui tourne plus le dos...

Celle-ci peut-elle à votre avis provoquer une prise de conscience sur les dangers qui menacent la faune et la flore de l’île ?

Oui, bien évidement. La connaissance s’oppose à l’ignorance, et pour moi l’ignorance, c’est la destruction. La nature est tellement riche, surtout en Corse. Lorsque l’on montre son côté merveilleux et indispensable à la vie, on comprend immédiatement l’importance de sa préservation. Je vais vous donner un exemple... Les abeilles sauvages et domestiques représentent 80% des pollinisateurs. Si demain elles venaient à disparaître, la quasi-totalité du monde végétal disparaitrait lui aussi, car il ne pourrait plus se reproduire. Plus de forêts, plus de fleurs, tout notre environnement serait complètement chamboulé. Alors on comprend bien l’importance que peut avoir un tout petit être piqueur sur notre monde. Une chose que j’ai apprise avec cette série, dans un ordre plus général, avec le changement climatique, c’est que la nature a la formidable capacité à évoluer seule et elle le fait depuis des millénaires. L’importance de notre action c’est de lui donner le temps et la capacité à le faire...

Comment s'est déroulé le tournage de cet épisode des étangs ?

Des heures d’émerveillement, à capter les oiseaux migrateurs. Le monde sauvage est imprévisible. Derrière chaque image, ce sont des heures d’attente. Et puis surtout, pour moi, les étangs ont une dimension humaine, à l'image de Julien, le pêcheur... Au-delà d’être un ami, c’est un témoin vrai de la vie de l’étang. Alors tous les jours, il se passait quelque chose. Un jour de pêche, il se fait couper le doigt par un crabe bleu, un autre il apprivoise le cygne Toto, qui décide de rester à l’étang. Mais surtout, il m’a fait partager le passé des pécheurs, quand lui-même était petit bastiais. En fait, tous les étangs de Corse étaient exploités en famille. Les hommes péchaient notamment l’anguille à l’étang de Palu. Ils mettaient le poisson au train et, dans la matinée même, leurs femmes les vendaient au marché de Bastia. Le Corse consommait de l’anguille et de la boutargue. La production locale était au cœur de notre alimentation. Vous voyez, naturellement, on n’importait pas de l’autre bout du monde, on consommait local et on préservait la planète...

Alors ne manquez pas "L'homme et l'étang", ce mercredi 3 mai à 21h40 sur ViaStella, et en replay dès le lendemain sur notre plateforme France.TV.
Prochain épisode de notre série, le mois prochain dans "L'homme et l'abeille" !